Lors de la Commission permanente du Département du 19 août, les conseillers départementaux Monique Orphé, Jean-François Hoareau et Brigitte Adame ont interpellé l'exécutif sur trois sujets touchant la jeunesse réunionnaise : l'emploi saisonnier agricole, l'efficacité du CNARM et la prévention des conduites addictives.
Sur le premier point, Monique Orphé dénonce le recours à une main-d'œuvre extérieure lors des campagnes de récolte de la canne. « Notre agriculture a besoin de main-d'œuvre et notre jeunesse a besoin d'opportunités professionnelles. Nous devons être capables de mieux faire correspondre ces besoins », déclare-t-elle. Elle réclame davantage de formation, un meilleur accompagnement vers l'emploi et une revalorisation des métiers agricoles.
C'est sur la politique de mobilité du CNARM, largement financée par le Département, que les critiques sont les plus précises. Les trois élus s'appuient sur des observations de la Chambre régionale des comptes pour exiger une évaluation du dispositif. Leur communiqué fait état de 400 départs effectifs contre 1 200 annoncés. Monique Orphé demande de « connaître le taux d'insertion durable, le taux d'accès à l'emploi, le nombre d'abandons ainsi que le coût réel de l'accompagnement proposé aux bénéficiaires », estimant que cette évaluation « constitue une exigence indispensable pour garantir leur efficacité ».
Sur les addictions, Monique Orphé juge positif le soutien apporté aux associations de prévention, mais estime que leur action ne peut suffire sans une mobilisation plus large. Elle appelle l'État, l'Éducation nationale, les collectivités, les familles et les acteurs de terrain à mieux coordonner leurs interventions. « Notre jeunesse ne peut plus attendre », insiste-t-elle.
Le groupe Une Ambition pour le Département entend faire de cette rentrée un moment de passage « des constats aux actes », selon les termes du communiqué.


9 commentaires
Le chiffre de 400 départs effectifs pour 1 200 annoncés, si tant est qu'il soit exact, nécessite une lecture prudente avant de conclure quoi que ce soit. Un écart de ce type peut s'expliquer par des désistements volontaires, des critères d'éligibilité non remplis à l'instruction, ou simplement une programmation initiale trop optimiste. Ce que demandent les élus, c'est tout à fait légitime sur le fond, l'évaluation des dispositifs financés par les collectivités devrait être la norme. Mais il faudrait aussi regarder du côté des indicateurs de pilotage que le CNARM transmet ou ne transmet pas, avant de parler d'échec.
Moi je cherche des bras toute l'année, pas juste pour la canne. Maçons, coffreurs, ferrailleurs, j'en veux. Mais entre les charges, les délais de paiement des marchés publics et les formations qui débouchent sur rien de concret, les jeunes du péi s'y retrouvent pas. Qu'on arrête de faire des rapports et qu'on mette de l'argent là où ça sert vraiment.
@David, même galère côté école de surf. La saison c'est court, les budgets publics pour les jeunes moniteurs stagiaires c'est compliqué, et on se retrouve à chercher des seasonals qui viennent d'ailleurs parce que le dispositif local suit pas. Le CNARM j'ai un pote qui est passé par là, il est parti six mois sur le continent, il est revenu sans boulot. 400 sur 1200 ça dit tout.
La mer, ça attend personne. La politique, elle fait attendre tout le monde.
La canne c'est comme la mer, ça a ses saisons et ses rythmes. De mon temps à Saint-Philippe, les jeunes du coin savaient ce que c'est de trimer sous le soleil, pas pour l'amour du labeur mais parce que c'était comme ça, y'avait pas d'autre choix. Aujourd'hui on nous dit que les jeunes refusent ces boulots, mais je me demande si on leur a vraiment expliqué d'où ça vient, ce qu'ils récoltent, le sens que ça a pour le péi. La transmission, c'est ça le vrai problème.
@David, tu mets le doigt sur quelque chose d'important. J'ai connu des dockers au Port qui faisaient des saisons à couper la canne pour compléter. Des gars costauds, motivés, qui avaient besoin de travail. Et là on nous dit qu'on fait venir de la main-d'oeuvre de l'extérieur parce qu'il n'y a personne ? C'est pas un problème de jeunesse qui refuse de travailler, c'est un problème de conditions et de salaires qu'on n'ose pas nommer clairement. Les élus peuvent interpeller tant qu'ils veulent, si derrière y'a pas une vraie revalorisation des rémunérations agricoles, ça restera du vent.
Belle déclaration d'intention.
Et pendant ce temps on importe de la main-d'œuvre pour couper la canne, lé pa fasil de comprendre ça. Moi j'ai du mal à recruter des locaux même pour la saison, mais ici on n'a pas forcément les mêmes salaires que le continent à proposer. La vraie question c'est la revalorisation, sans ça tous les discours ne servent à rien.
400 départs effectifs sur 1 200 annoncés, ça fait beaucoup de questions sans réponse. Dans mon secteur on travaille avec des jeunes au quotidien, et trouver des bras motivés c'est pas le problème, c'est l'accompagnement derrière qui manque. Là au moins les élus posent les bonnes questions, reste à voir si l'exécutif suivra.