Le CHU de La Réunion a lancé jeudi 20 août un appel à la population : ne pas se présenter directement aux urgences sans avoir d'abord composé le 15. L'établissement traverse une « situation de forte tension sur l'ensemble de ses capacités hospitalières », avec une activité soutenue aux urgences, des services d'hospitalisation très sollicités et « des difficultés importantes pour trouver des lits d'aval » pour les patients à hospitaliser.
Résultat concret pour les patients : des délais de prise en charge plus longs et des possibilités d'hospitalisation réduites. Le SAMU-Centre 15, joignable 24h/24 et 7j/7, permet à un professionnel d'évaluer la situation et d'orienter vers la réponse appropriée — conseil médical, médecin de ville ou passage aux urgences si l'état du patient l'exige. Le CHU invite aussi les personnes dont la condition le permet à consulter en priorité leur médecin traitant.
Cette alerte survient dans un contexte hospitalier dégradé depuis plusieurs semaines. Une décision de l'Agence régionale de santé (ARS) datée du 14 août indique que le CHU avait alors traversé une « situation de saturation majeure des capacités d'hospitalisation », survenue « en dehors de tout épisode épidémique identifié ». L'ARS y diagnostiquait un « déséquilibre structurel entre les flux d'admission et les capacités d'aval disponibles ». Si une amélioration avait été observée à cette date, l'agence jugeait l'équilibre fragile, avec des tensions susceptibles de s'accentuer à la rentrée scolaire et à l'approche de septembre.
Pour dégager des capacités supplémentaires, l'ARS a autorisé à titre dérogatoire la Clinique Les Orchidées, dans l'Ouest, à ouvrir une unité de 23 lits de médecine. La clinique avait suspendu ses activités de chirurgie et d'obstétrique après un incendie survenu dans la nuit du 17 au 18 juillet sur son plateau technique opératoire, libérant des capacités d'hospitalisation et des ressources humaines. Ouverte depuis le 17 août, cette unité peut accueillir des patients adultes médicalement stabilisés, dont l'état ne nécessite plus une prise en charge sur le plateau technique du CHU. L'autorisation est accordée pour deux mois et pourra être prolongée sur décision expresse du directeur général de l'ARS.


6 commentaires
Moi j'entends tout dans mon taxi, et là depuis quelques semaines les gens parlent que de ça. La semaine passée j'ai eu une dame qui revenait des urgences après sept heures d'attente, elle était épuisée, elle m'a dit que c'est pou pa croire kosa elle a vu là-bas. Et hier j'avais un infirmier du CHU, il m'a expliqué que même eux ils savent plus où donner de la tête. Appeler le 15 avant c'est bien, mais faut que les gens comprennent vraiment pourquoi, parce que beaucoup pensent encore que c'est juste une formalité.
@Anaëlle, pour répondre à ta question, les cliniques privées ont leurs propres pressions, c'est pas le même circuit. Ce qui me frappe c'est que l'ARS parle de déséquilibre structurel, et chez nous en agriculture on connaît ça aussi, quand la structure est mauvaise au départ, une bonne saison suffit pas à rattraper le retard. L'unité aux Orchidées c'est un cataplasme utile, mais si derrière il y a pas de vraie réforme du nombre de lits et du personnel permanent, on sera au même point l'an prochain à pareille époque.
On ferme des lits depuis des années pour faire des économies, on casse les effectifs, on précarise les soignants, et là on s'étonne que le système s'effondre. C'est pas une question de saturation, c'est une question de choix politiques assumés. Les travailleurs du CHU sonnent l'alarme depuis longtemps, ils ont manifesté, ils ont signé des préavis, personne n'a écouté. Maintenant c'est le patient qui trinque.
De mon temps on avait moins de matériel mais on avait plus de bras. Aujourd'hui les soignants font ce qu'ils peuvent avec ce qu'on leur donne, et c'est souvent pas grand chose. Appelez le 15, oui, mais surtout respectez le personnel quand vous arrivez là-bas, ces jeunes infirmiers méritent mieux que ce qu'on leur fait subir.
Ça fait des années qu'on entend que le système tient à un fil, et là on voit le résultat. Moi je vis à Saint-Jo, i fo parfois des heures pour qu'une ambulance arrive, alors appeler le 15 d'abord c'est une évidence. Mais le problème de fond c'est le manque de médecins de ville dans les quartiers éloignés, les domoun n'ont pas le choix, ils filent aux urgences parce qu'ils n'ont personne d'autre.
Est-ce que quelqu'un sait si cette situation de saturation touche aussi les autres hôpitaux de l'île ou vraiment seulement le CHU ? Je me demande si la création de l'unité temporaire aux Orchidées c'est une solution innovante ou juste un pansement en attendant quelque chose de plus structurel.