Le maire de Saint-Benoît et président du parti Banian, Patrice Selly, a adressé mercredi 19 août un courrier au Premier ministre pour demander le réexamen de la nomination d'Ugo Pizzo au poste de directeur territorial adjoint de la Police nationale à La Réunion.
Deux commissaires divisionnaires de même grade, déjà en poste dans l'île et candidats à cette fonction, n'ont pas été retenus. Patrice Selly réclame que les « critères objectifs » ayant conduit à écarter ces deux candidatures locales soient rendus publics. Il demande aussi un réexamen des conditions d'application de la priorité d'affectation pour les postes à haute responsabilité, et davantage de transparence lors des prochaines nominations de cadres de l'État à La Réunion.
L'élu précise qu'il ne conteste pas les compétences du commissaire Pizzo. C'est la méthode qu'il vise. « Je ne conteste pas les qualités professionnelles du commissaire Pizzo, mais je conteste la méthode et le message que cette décision envoie à La Réunion. À compétences et grade égaux, la préférence aurait dû aller aux candidats locaux, au nom même du principe de priorité d'affectation fondée sur le centre des intérêts matériels et moraux, qui perd tout son sens s'il s'efface dès qu'il s'agit de responsabilités stratégiques », déclare-t-il.
Patrice Selly inscrit cette nomination dans un contexte plus large. Il cite la nomination en 2025 d'un directeur venu de l'Hexagone à la tête du Pôle régional des musiques actuelles, au détriment selon lui d'une figure locale du Maloya. « À chaque fois, le même schéma se répète : des candidats extérieurs sont préférés à des candidats réunionnais tout aussi qualifiés, sans justification rendue publique. Cette répétition nourrit un sentiment légitime de défiance et le constat d'un mépris des compétences et des cadres réunionnais », dénonce-t-il.
La prise de position intervient quelques heures après celle de la CGTR, qui dénonçait ce même mercredi un « plafond de verre » pour les cadres réunionnais de la Police nationale. Patrice Selly avait déjà adopté une posture similaire fin juin, lors de la nomination de Jean-Xavier Bello à la direction de la CGSS. Il avait alors demandé que cette candidature soit écartée, estimant que le poste devait revenir à une personnalité « choisie pour ses compétences et sa connaissance du territoire réunionnais, pas pour des arrangements venus de Paris ». La nomination avait finalement été validée malgré l'opposition de 14 administrateurs contre 9.


7 commentaires
C'est intéressant parce qu'en Bretagne ou en Alsace, il y a depuis longtemps une revendication forte pour que les postes de direction dans les services de l'État soient occupés par des gens qui connaissent le territoire. Ici c'est la même logique, sauf que la distance géographique et le statut de DOM ajoutent une couche supplémentaire. Je ne prétends pas tout comprendre en deux ans, mais même moi je vois bien que beaucoup de cadres réunionnais que je côtoie ont une expertise sérieuse, et cette question de la priorité d'affectation mérite clairement d'être clarifiée publiquement.
Il y a un mot pour ça, que Frantz Fanon avait déjà bien décrit : la dépossession. Pas la violence spectaculaire, mais celle, lente et administrative, qui consiste à signifier à un peuple que ses meilleurs éléments ne sont jamais tout à fait à la hauteur des postes qui comptent. Selly met des mots politiques sur quelque chose que nos écrivains réunionnais, de Gauvin à Juminer, ont mis des mots littéraires depuis longtemps. La question des critères objectifs qu'il réclame est juste, parce qu'en l'absence de transparence, c'est toujours l'imaginaire du mépris qui comble le vide.
On vit la même chose côté artisanat. Le PRMA, j'en ai entendu parler, et honnêtement, mettre quelqu'un de l'extérieur à la tête d'une structure qui porte le Maloya, c'est comme confier une ruche à quelqu'un qui n'a jamais senti la cire. Nos abeilles d'ici connaissent les fleurs de ce péi, les saisons, les pentes. On ne remplace pas ça par un diplôme et une bonne volonté. Ce n'est pas une question de mauvaise foi, c'est une question de bon sens.
Ça fait des décennies qu'on vit ça. Au Port, on a vu le même cirque dans les boîtes, les cadres venaient de métropole, les gars du coin restaient chef d'équipe toute leur vie même s'ils connaissaient le boulot les yeux fermés. Le syndicat avait dénoncé, personne avait écouté. Là c'est la Police nationale, demain ce sera quoi ankor ? La priorité d'affectation c'est pas un vœu pieux, c'est censé être une règle. Si elle s'efface dès qu'il s'agit des postes qui comptent, autant dire franchement que c'est du vent.
Pareil pour beaucoup de choses ici à Salazie. On a des gens qui connaissent la réalité du terrain depuis des années, et on préfère faire venir quelqu'un qui ne sait même pas comment prononcer le nom des communes. Je ne dis pas que M. Pizzo est mauvais, je dis que les familles d'ici qui ont fait des études, qui se sont battues pour évoluer, elles méritent au moins une explication. Lé pa fasil d'accepter ça sans rien comprendre à la logique derrière.
Franchement c'est une bonne question soulevée.
Le même schéma qu'on voit partout dans ce péi : les décisions se prennent à Paris, sans regarder ce qu'il y a sur place. Moi je vois ça avec les réglementations sur les mouillages, les concessions dans les zones marines, toujours des gens de l'extérieur qui débarquent et décident sans connaître le terrain. Selly a raison de demander des comptes, même si j'imagine que ça ne changera pas grand chose.