Le maire de Saint-Benoît, Patrice Selly, a lancé un avertissement ce mardi, jour de rentrée scolaire : la commune ne sera pas en mesure de garantir la réouverture de ses établissements en octobre, faute de Parcours emploi compétences (PEC) en nombre suffisant. « À ce jour, pour la rentrée d'octobre, nous n'avons pas de solution pour pouvoir garantir et assurer aux parents d'élèves de Saint-Benoît la réouverture des établissements scolaires », a-t-il déclaré.
La ville disposait de 95 PEC en 2025. La Préfecture n'en a accordé que 34 cette année. Pour limiter les dégâts, 15 contrats supplémentaires ont été obtenus auprès du Département, effectifs à partir du 1er septembre, et 12 CDD ont été financés directement par la ville et la caisse des Écoles. Ces ajustements ont permis de maintenir la restauration scolaire et l'accueil périscolaire, mais dans des conditions que le maire qualifie lui-même de « dégradées ». En grande section, une seule ATSEM est désormais positionnée pour deux classes dédoublées.
La rentrée d'août est passée. Mais une trentaine de PEC recrutés durant l'année scolaire précédente arriveront à terme après les prochaines vacances. C'est ce deuxième palier qui préoccupe la municipalité. L'entretien des établissements, les cantines, la pause méridienne et le périscolaire seraient directement touchés.
Sur la capacité financière de la commune à combler ce manque par ses propres moyens, Selly est sans ambiguïté : « Non, on n'aura pas les moyens d'aller plus loin, sauf à ce que l'État décide de débloquer des enveloppes supplémentaires. » Il rappelle que Saint-Benoît, contrairement à d'autres collectivités, ne peut pas mobiliser « un million, deux millions, trois millions d'euros » pour recruter sur fonds propres, en raison de difficultés budgétaires persistantes. Sa demande est claire : « revoir à la hausse le quota de PEC, au moins pour cette année 2026. »
Le maire a également répondu aux propos du ministre de l'Économie, qui avait qualifié les contrats aidés de « tunnels vers la misère » dans une interview accordée à Libération. Des déclarations « non acceptables » selon Selly, qui y voit une méconnaissance de la réalité du terrain et une déconnexion avec ce que vivent les élus locaux à La Réunion. Sans nier les limites du dispositif, il fait valoir que les PEC permettent à des familles de retrouver le chemin de l'emploi et de dégager un revenu à la fin du mois pour assumer les charges du foyer.
Sur un autre front, la municipalité affiche une satisfaction : la gratuité des fournitures scolaires, instaurée pour cette rentrée, a bénéficié selon Selly à « quasiment 100 % » des familles concernées. Un forfait de 90 euros par élève a été versé pour les écoles élémentaires, et 40 euros par élève attribués directement aux enseignants en maternelle. L'effort total est estimé à environ 500 000 euros, étendu aux écoles privées de la commune via leur subvention. Le maire annonce comme prochaine étape la généralisation de la tenue unique, après consultation des conseils d'école.


6 commentaires
@Margaux, pour répondre à ta question, les PEC sont bien un dispositif national, pas propre à La Réunion, mais leur poids ici est sans commune mesure avec ce qu'on observe en métropole. Dans des collectivités dont les budgets de fonctionnement sont sous tension chronique, ces contrats aidés jouent un rôle que les finances propres ne peuvent tout simplement pas absorber. Ce que Selly pointe, c'est un problème de structure : quand une ville ne peut pas mobiliser deux ou trois millions sur fonds propres pour compenser une coupe d'État, la marge de manoeuvre devient presque nulle. La vraie question, c'est de savoir si l'État intègre cette réalité dans ses arbitrages budgétaires ou s'il applique une grille nationale uniforme sans tenir compte des contraintes locales.
@Nadine Saint-Louis, je comprends ton inquiétude pour ta boutique, moi c'est pareil avec les commandes scolaires en tissu que je fais chaque année. Mais ce qui me touche dans cet article c'est le tableau que ça dessine : une commune qui bricole avec trois bouts de ficelle pour garder les cantines ouvertes, une ATSEM seule face à deux classes de marmay. Y'a quelque chose de vraiment triste là-dedans. Et le ministre qui parle de tunnels depuis Paris, il a jamais vu de près ce que ces PEC représentent comme dignité pour les familles du péi.
La généralisation de la tenue unique annoncée en fin d'article, ça m'interpelle. Moi j'ai des clientes qui viennent acheter les fournitures chez moi chaque rentrée, ça représente quelque chose. Si tout passe par des enveloppes directes aux écoles, le petit commerce de centre-ville, il est où là-dedans ?
Moi je connais bien des mamans à Saint-Benoît, elles m'en parlent depuis le début de l'année. Une seule ATSEM pour deux classes, c'est pas possible tenir ça longtemps. Et si la cantine ferme en octobre, c'est pas juste un problème scolaire, c'est toute l'organisation de la journée de travail qui part en anlèr pour des familles qui ont déjà du mal à joindre les deux bouts. J'espère que la Préfecture entend ce que dit le maire.
Le ministre qui parle de "tunnels vers la misère" sans connaître le terrain, c'est un problème de com' classique, dire quelque chose de vrai en partie mais au mauvais endroit et au mauvais moment. Selly a raison de recadrer. Et la gratuité des fournitures à 500 000 euros, ça mériterait un article à part entier, wi, c'est pas rien comme effort pour une commune en difficulté.
Je découvre ce sujet et je me demande comment ça fonctionne exactement, les PEC. En métropole, on en entendait parler mais de loin. Est-ce que c'est un dispositif propre à La Réunion ou national ? Parce que si des cantines et des accueils périscolaires risquent de fermer en octobre, ça touche directement les familles qui travaillent, et je pense à nos saisonniers aussi à Saint-Gilles.