Dans un communiqué transmis aux rédactions ce mardi 18 août, la présidente de Région Huguette Bello a demandé à l'État un renforcement de la Ligne budgétaire unique (LBU), principal outil de financement du logement social en Outre-mer. Un complément de 16,4 millions d'euros a été obtenu pour La Réunion, mais l'élue le juge très insuffisant.
Avec ce complément, l'enveloppe LBU atteindrait 43,5 millions d'euros en 2026, contre 85,65 millions en 2024 et 78,5 millions en 2025 — soit, selon les calculs de la Région, une baisse de 45 % par rapport à 2025. « Bien que cela représente une avancée par rapport à ce qui avait été annoncé, force est de constater que le compte n'est toujours pas bon », déclare Huguette Bello.
La présidente rappelle l'ampleur des besoins : plus de 50 000 ménages attendent un logement sur l'île, 150 000 Réunionnais souffrent du mal-logement, et seulement 1 739 logements sociaux ont été livrés en 2024. Elle pointe également l'arrêt du dispositif des Logements évolutifs sociaux (LES), « sans qu'aucune solution alternative n'ait été proposée ».
La mobilisation sur ce dossier remonte au printemps. Une manifestation avait été organisée le 20 mai, suivie d'un courrier au Premier ministre et d'une motion cosignée par les acteurs du secteur, déposée en préfecture le 24 juin. La ministre des Outre-mer avait ensuite annoncé travailler à une réévaluation des crédits, avant l'annonce du complément de 16,4 millions d'euros.
Une réunion entre l'État et les acteurs du logement doit se tenir cette semaine. La Région l'accueille favorablement, mais estime qu'elle ne règle pas la question de fond. « Une telle démarche ne saurait masquer en aucun cas le problème grave et urgent auquel nous sommes confrontés : la baisse importante de la LBU », prévient Huguette Bello.
Sur le financement, l'élue est directe : 75 % de la population réunionnaise est éligible au logement social et 85 % des demandeurs peuvent prétendre au logement très social. « Aucun acteur local, aussi engagé soit-il, ne pourra compenser un désengagement significatif de l'État », avertit-elle, citant le rapport parlementaire de Karine Lebon et François Jolivet comme « la feuille de route qu'il faut suivre ».
La Région indique par ailleurs plusieurs dispositifs déjà engagés : un objectif de 170 000 logements à construire d'ici 2050 inscrit dans le Schéma d'aménagement régional, une intervention via le Fonds régional d'aménagement foncier et urbain (FRAFU) pour la viabilisation des terrains, et 10 millions d'euros supplémentaires mobilisés sur le programme européen (FEDER) pour contribuer au financement d'opérations identifiées avec les bailleurs.


8 commentaires
Ce chiffre de 150 000 personnes mal logées, il reste abstrait jusqu'à ce qu'on mette un visage dessus. Moi je les vois passer devant ma boutique à Saint-Paul, des familles entières qui cherchent à s'installer, à créer quelque chose ici. La culture, l'artisanat, tout ça a besoin de gens ancrés dans un lieu pour exister. Comment on fait vivre une économie créative quand les gens n'ont même pas un toit stable pour dormir ?
Quand j'emmène des groupes dans les cirques, les gens de l'extérieur sont souvent surpris d'apprendre que des familles vivent dans des conditions aussi difficiles sur une île aussi belle. Il y a un vrai décalage entre l'image du péi-la et la réalité de ceux qui l'habitent. 150 000 personnes en situation de mal-logement, c'est pas rien.
Ce que personne ne dit dans ce débat, c'est l'impact sur la santé des gens qui attendent. J'ai des patients qui vivent à cinq dans un T2, qui dorment mal, qui accumulent des tensions chroniques, et quand je leur demande ce qui les pèse le plus, c'est souvent l'incertitude du logement qui revient. Quatre ans d'attente comme le dit Zoubi, c'est quatre ans de stress permanent sur le corps. On soigne les symptômes mais on ne peut pas grand-chose contre les conditions de vie.
Les réunions vont avoir lieu, les communiqués vont sortir, et dans six mois on sera au même point. C'est comme la mer, ça revient toujours pareil.
Une baisse de 45% sur la LBU et on apprend ça dans un communiqué transmis aux rédactions un mardi matin. Ce genre de décision devrait faire l'objet d'un débat public bien plus large. 150 000 personnes en situation de mal-logement à La Réunion, c'est pas un chiffre qu'on peut glisser entre deux paragraphes sans réaction.
On parle de logement social mais moi ce que je vois, c'est que mes clients habitent de plus en plus loin du centre parce qu'ils trouvent pas à se loger ici. Certains ont arrêté de venir en boutique, trop de trajet. Quand les gens sont mal logés ou logés trop loin, c'est tout le tissu commercial qui morfle aussi. 43 millions d'euros pour toute l'île c'est une blague quand on sait l'ampleur des besoins, lé pa fasil de comprendre comment l'État peut justifier ça.
J'ai une cliente qui attend son logement social depuis quatre ans, elle me le dit à chaque fois qu'elle vient. Quatre ans. Et elle fait partie des 50 000 apparemment.
Ce qui m'interpelle dans ce dossier, c'est l'arrêt des LES sans dispositif de substitution prévu. Juridiquement, ça laisse les bailleurs sociaux dans un vide opérationnel difficile à combler à court terme. La référence au rapport Lebon-Jolivet est pertinente, mais un rapport parlementaire n'a pas de valeur contraignante pour l'État. La vraie question est de savoir si la Région dispose des leviers contractuels pour forcer une réévaluation, ou si elle reste dans la position du plaideur sans recours.