Une étude publiée en août par l'Observatoire Emmaüs des budgets contraints, en partenariat avec SOS Familles Emmaüs et l'Université Gustave Eiffel, contredit l'idée reçue selon laquelle les familles modestes feraient un mauvais usage de l'allocation de rentrée scolaire (ARS). Fondée sur 20 entretiens approfondis avec des familles accompagnées par le réseau et sur les données de 1 793 ménages suivis par SOS Familles Emmaüs en 2025, elle décrit des comportements d'achat très encadrés, guidés par la contrainte budgétaire.
À La Réunion, les versements ont débuté dès le 4 août, en avance sur le calendrier hexagonal, en raison du calendrier scolaire propre au territoire. Pour la rentrée 2026, les montants s'élèvent à 426,87 euros pour un enfant de 6 à 10 ans, 450,41 euros pour les 11-14 ans et 466,02 euros pour les 15-18 ans. L'aide est soumise à des plafonds de ressources : 28 956 euros pour un enfant à charge, 35 638 euros pour deux et 42 320 euros pour trois, avec 6 682 euros supplémentaires par enfant au-delà. Dans l'Hexagone, le versement a eu lieu le mardi 18 août.
L'un des constats les plus directs de l'étude : pour une partie des familles, l'ARS ne vient pas rembourser des achats déjà effectués. Elle les rend possibles. « J'attends vraiment l'aide, parce que sinon je peux pas », témoigne Magalie, mère seule de deux enfants de 12 et 15 ans. Une autre mère interrogée résume la même réalité : « Dépenser à l'avance, j'peux pas. Et j'attends juste la prime (...) et je sais que je dois pas dépasser ça. C'est tout. »
Emmaüs pointe aussi ce qu'elle juge être une vision trop étroite du coût de la rentrée. Aux fournitures scolaires s'ajoutent, selon les situations, les vêtements, les chaussures, les transports, la cantine, la reprise d'activités extrascolaires ou le renouvellement de lunettes. Les études citées dans le rapport évaluent le coût global autour de la rentrée à environ 400 euros, un montant comparable au niveau de l'ARS. Une enquête de la CNAF citée dans le rapport estime à environ 1 300 euros le coût de la scolarité sur l'année pour les familles bénéficiaires, dont environ un tiers est concentré autour de la rentrée.
Les comportements d'achat décrits par les familles interrogées sont loin de l'image d'une dépense impulsive. Avant même d'entrer dans les magasins, certains parents font l'inventaire de ce qui peut être réutilisé, établissent des listes précises et comparent les enseignes. « En fait, je commence déjà au mois de juin à prévoir, faire des listes :


9 commentaires
20 entretiens comme base qualitative, c'est léger pour tirer des conclusions générales, non ? Je comprends l'intention de l'étude et les 1 793 ménages apportent du poids côté données, mais les témoignages cités sont issus d'un réseau qui accompagne déjà des familles, donc par définition plus organisées que la moyenne. Je ne dis pas que le rapport a tort, mais l'échantillon n'est pas neutre et ça mériterait d'être signalé dans l'article.
C'est exactement comme dans mon boulot, on fait les comptes à l'avance, on choisit les fournisseurs au centime près, on regarde ce qui reste en cave avant de commander. Ces familles-là font pareil, et personne les croit. Moi je vois des clients qui achètent leur viande au gramme près en fin de mois, c'est pas du gaspillage, c'est de la survie. Faudrait que les gens qui critiquent viennent passer une semaine à gérer un budget serré, i fo voir ça pour le comprendre.
@Thierry Lebon, vous avez tout à fait raison sur le revenu N-2, et c'est une source de difficultés réelles. Il faut juste ajouter qu'il existe une possibilité de demander une révision sur la base des revenus actuels en cas de changement de situation, même si la procédure reste méconnue et souvent peu accessible pour les familles qui en auraient le plus besoin.
Ce rapport arrive à un moment où les collectivités territoriales sont souvent interpellées sur l'accompagnement à la rentrée, entre les fonds de solidarité, les coopératives scolaires et les dispositifs d'aide directe des CCAS. Ce que pointe Emmaüs sur la pluralité des dépenses autour de la rentrée rejoint ce que les travailleurs sociaux remontent sur le terrain depuis longtemps. La question qui reste ouverte, c'est la coordination entre tous ces dispositifs, ARS, aides communales, fonds d'urgence, pour éviter que les familles aient à arbitrer entre deux besoins également légitimes.
Ce que décrit ce rapport rejoint ce qu'on trouve dans les travaux d'Alexis Spire ou de Nicolas Duvoux sur la gestion du budget dans les milieux populaires : une rigueur souvent invisible aux yeux de ceux qui n'en ont pas besoin. Les familles modestes ne dépensent pas moins bien, elles dépensent sous contrainte, ce qui exige en réalité plus de calcul, pas moins. L'ARS n'est pas une prime accordée à l'imprudence, c'est un filet tendu sur un vide. Il serait utile que ce type d'étude circule au-delà des cercles associatifs, parce que le préjugé qu'elle combat, lui, circule très bien.
426 euros pour un enfant de 6 ans, ça part vite quand t'ajoutes les chaussures, le cartable et les activités. Que des gens soient surpris que les familles gèrent ça avec rigueur, franchement ça m'étonne.
Article intéressant, mais je me permets une petite précision sur les plafonds de ressources cités : il s'agit bien du revenu net catégoriel de l'année N-2, et non du revenu actuel du foyer. Ce décalage peut créer des situations où une famille dont la situation s'est dégradée se retrouve exclue du dispositif, ou inversement. C'est un point que l'étude aurait pu mentionner pour être tout à fait complète.
Cette étude méritait d'être relayée bien plus tôt. L'image de la famille pauvre qui gaspille, c'est un biais vieux comme le monde et ça fait des dégâts. Content que des chiffres viennent mettre les points sur les i.
Moi j'ai des clientes qui montent dans le taxi et qui me disent exactement ça, qu'elles attendent l'ARS pour acheter les cartables. C'est pas du luxe, c'est du quotidien. Y'a des gens qui croient que ces familles partent en vacances avec, mais la réalité du terrain c'est autre chose, je vous le dis. Les domoun qui jugent, ils ont jamais eu à choisir entre les cahiers et les semelles trouées.