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Pêche des bichiques à La Réunion : l'arrêté couvre cinq saisons

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Pêche des bichiques à La Réunion : l'arrêté couvre cinq saisons

Bichiques : face à l’effondrement des populations, les nouvelles règles de pêche sont désormais actées - Crédit Zinfos974 - Société


Le préfet de La Réunion a signé lundi 17 août le nouvel arrêté encadrant la pêche des bichiques dans les eaux marines et fluviales de l'île. Le texte, annoncé en juin à l'issue d'une consultation publique, couvre cinq saisons de pêche consécutives. La première ouvrira le 28 août 2026.

La décision fait suite à un constat préoccupant : les populations de cabots bouche-ronde sont « au plus bas », selon les services de l'État. L'arrêté cite « la baisse importante des captures annuelles déclarées par les pêcheurs » entre les périodes 1955-1996 et 2014-2024. L'une des deux espèces concernées, Cotylopus acutipinnis, endémique de La Réunion et de Maurice, a été classée « en danger d'extinction » en 2019. L'objectif affiché est de permettre « à terme de reconstituer les stocks » et de retrouver des niveaux comparables à ceux du XXe siècle.

Le calendrier est désormais arrêté pour cinq saisons. Après l'ouverture du 28 août 2026, la pêche sera autorisée jusqu'au 21 février 2027. Les saisons suivantes s'étaleront du 16 septembre 2027 au 11 mars 2028, du 4 septembre 2028 au 28 février 2029, du 24 août 2029 au 18 février 2030, puis du 11 septembre 2030 au 9 mars 2031. Chaque saison correspond à six « lunes bichiques » consécutives. En dehors de ces fenêtres, la détention, le transport, la vente, le stockage et l'achat de bichiques sont interdits.

Les pêcheurs non professionnels sont soumis à un quota journalier de 3 kg par personne, en aval comme en amont de la limite de salure des eaux. La vente de leurs prises reste interdite. Leurs horaires sont également encadrés : ils ne peuvent pas commencer avant une demi-heure avant le lever du soleil, ni continuer au-delà d'une demi-heure après le coucher. Les pêcheurs professionnels, eux, peuvent exercer à toute heure.

L'arrêté crée par ailleurs des zones d'interdiction en mer, au droit de plusieurs embouchures. Sont notamment concernés la rivière Saint-Denis, la rivière des Pluies, la ravine Charpentier, la rivière Sainte-Suzanne, la rivière Saint-Jean, la rivière du Mât, la rivière des Roches, la rivière des Marsouins, bassin Bleu, la rivière de l'Est, Langevin, la rivière des Remparts, la rivière Saint-Étienne et la rivière des Galets. La pêche reste aussi interdite dans les ports ainsi que dans les périmètres de la Réserve naturelle marine et de la Réserve naturelle nationale de l'Étang de Saint-Paul.

Chaque pêcheur devra déclarer ses captures. Les professionnels transmettront leurs données chaque mois ; les non-professionnels auront jusqu'au 1er avril suivant la saison pour remettre leur déclaration annuelle. Le carnet de pêche prévu pour ces derniers liste les informations attendues : date et durée de chaque sortie, nombre de vouves utilisées, poids brut capturé, poids de « bichique fine », poids des poissons remis à l'eau et autres espèces éventuellement pêchées. L'administration indique que ces données doivent permettre de « mieux connaître l'état des populations des cabots bouche-ronde » et d'ajuster les mesures lors des saisons suivantes.

Le dispositif sera réexaminé au bout de cinq ans, notamment sur les périodes d'ouverture et les quantités autorisées. L'État se réserve la possibilité de durcir la réglementation avant ce terme si des données scientifiques montrent la nécessité ou l'urgence d'agir, au nom du principe de précaution.

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10 commentaires

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A
Alex 17/08/2026 à 17:17

@Polo, la question du contrôle effectif est réelle, mais je pense qu'on sous-estime ce que permettent aujourd'hui les outils de traçabilité numérique. Le carnet de pêche déclaratif c'est du papier, d'accord, mais rien n'empêche d'imaginer une application simple, une photo géolocalisée de la capture, une base de données accessible en temps réel aux agents. Ce genre de solution existe et coûte pas des millions. Ce qui m'interroge surtout c'est que l'arrêté prévoit un réexamen au bout de cinq ans, mais sur quelle base scientifique exactement, et qui collecte et traite ces données en dehors des déclarations des pêcheurs eux-mêmes ? Parce que si la seule source c'est l'autodéclaration, le modèle de suivi a un problème structurel.

J
Jean-Marc 17/08/2026 à 16:39

Cinq saisons d'un coup, au moins on sait où on en est. Dans le BTP on aimerait bien avoir ce genre de visibilité sur la réglementation, parce que nous c'est le flou permanent.

M
Maéva 17/08/2026 à 16:13

@Jean-Claude B., tu touches quelque chose d'important sur la communication. Franchement, si l'État voulait vraiment que l'info arrive aux pêcheurs, il suffirait d'une campagne bien ciblée sur les réseaux, même avec un petit budget. Les communautés de pêcheurs sont actives en ligne, on le voit avec tout ce qui circule sur les groupes Facebook locaux à chaque saison des bichiques. Un arrêté signé en août pour une ouverture en 2026, ça laisse le temps de faire les choses bien côté sensibilisation.

R
Roselyne 17/08/2026 à 15:13

Nous à Salazie on entend parler des bichiques à chaque saison des pluies, les familles descendent vers les rivières comme elles ont toujours fait. Ce qui me touche dans cet arrêté c'est que l'espèce soit déjà classée en danger depuis 2019 et qu'on attende 2026 pour rouvrir une saison encadrée. L'eau on la connaît bien dans le cirque, quand elle baisse ou qu'elle change de couleur, les anciens savaient ce que ça voulait dire pour les bichiques ankor avant qu'il y ait des scientifiques pour le mesurer.

S
Sandrine 17/08/2026 à 14:32

@Polo, tu soulèves un point concret. Le quota de 3 kg journalier par personne, sans droit de vente, ça suppose que les déclarations des non-professionnels soient remises avant le 1er avril suivant la saison. C'est une obligation déclarative sans contrepartie financière directe, difficile d'imaginer un taux de conformité élevé si aucun contrôle sérieux n'est mis en place derrière.

P
Patrick974 17/08/2026 à 14:11

Ce qui m'interroge dans ce dispositif, c'est la logique économique sous-jacente. On interdit la vente aux amateurs tout en maintenant une filière professionnelle, ce qui va forcément concentrer la valeur sur un petit nombre d'acteurs. Est-ce qu'une étude de la filière bichique a été produite dans le cadre de la consultation publique, pour évaluer ce que représente réellement ce marché et qui en vit ? Cinq saisons c'est un horizon planifiable, c'est bien, mais sans données sur la structure économique du secteur on navigue un peu à l'aveugle.

J
Jean-Claude B. 17/08/2026 à 13:18

J'ai eu un pêcheur dans ma voiture la semaine dernière, il savait même pas qu'un nouvel arrêté allait sortir. C'est ça le problème, l'information arrive pas jusqu'aux gens concernés. Lui il m'a dit que de toute façon depuis deux ou trois ans y'a presque plus rien à prendre, alors les quotas ou pas les quotas...

T
Thierry Lebon 17/08/2026 à 13:10

Une précision utile pour les lecteurs : l'arrêté mentionne la « limite de salure des eaux », notion qui a une définition juridique précise dans le code de l'environnement et qui détermine notamment la frontière entre domaine public maritime et fluvial. Cela a des implications concrètes sur qui est compétent pour contrôler quoi, entre les agents de l'OFB et les affaires maritimes. Ce point mériterait d'être éclairci dans un article complémentaire.

P
Polo 17/08/2026 à 13:06

3 kg par jour pour un pêcheur amateur et interdiction de vendre, ça lé pa fasil à faire respecter sur le terrain. Moi dans mon métier je sais très bien comment ça se passe avec les quotas et les traçabilités, y'a toujours des arrangements. La vraie question c'est les moyens de contrôle qu'ils vont mettre derrière, parce qu'un arrêté sur papier c'est bien, mais si personne ne vérifie...

L
Lulu 17/08/2026 à 13:03

Moi je vends des bouchons et du carry pas des bichiques, mais mes clients m'en parlent à chaque saison, c'est vraiment un truc qui fait partie de la culture ici. Y'a des gens qui viennent au food truck et qui me racontent qu'ils rentrent de la rivière avec des kilo, que ça se vend sous le manteau... si les stocks sont vraiment au plus bas comme ils disent, tant mieux qu'ils encadrent enfin tout ça.