« Des tunnels vers la misère ». C'est ainsi que le ministre de l'Économie Roland Lescure désigne les anciens dispositifs d'emplois aidés, dans un entretien publié ce jour par Libération. La formule intervient alors que les collectivités et associations réunionnaises continuent de réclamer un retour sur la réduction des Parcours emploi compétences (PEC).
À La Réunion, la coupe est sévère : l'enveloppe est passée de 10 000 à 4 000 contrats en un an, soit une baisse de 60 %. Les conditions ont aussi été durcies : la durée est ramenée de dix à six mois, et la prise en charge de l'État abaissée de 50 % à 40 % du Smic horaire brut. Pour mesurer l'ampleur du recul sur une décennie, fin 2016 l'Insee recensait encore 25 100 bénéficiaires d'un contrat aidé sur l'île, dont plus de 20 000 dans le secteur non marchand.
Dans Libération, Roland Lescure assume pleinement la ligne fixée depuis 2017 : « En 2017, Emmanuel Macron a préféré des politiques en faveur de l'activité et de l'emploi plutôt que faire ce que d'autres ont fait pendant des décennies : choisir la préférence pour le chômage. Ils dépensaient beaucoup d'argent pour indemniser sans réellement accompagner des gens qui étaient exclus du marché du travail. Les emplois aidés et les emplois jeunes coûtaient une fortune, étaient présentés à tort comme des marchepieds vers l'emploi et se sont révélés être des tunnels vers la misère. Nous avons mis fin à ces politiques et cela nous a valu des critiques à l'époque. » Le ministre cite aussi le développement de l'apprentissage : « Nous sommes passés de 600 000 apprentis à plus d'un million de nouveaux apprentis par an depuis 2017. »
Ce positionnement n'est pas nouveau. Le 20 mai, alors que plusieurs centaines de personnes, dont de nombreux maires et élus, manifestaient devant la préfecture à Saint-Denis, le député socialiste Philippe Naillet avait soulevé le dossier à l'Assemblée nationale. Le ministre de l'Emploi et des Solidarités Jean-Pierre Farandou avait alors avancé un chiffre : seuls 21 % des bénéficiaires réunionnais accéderaient ensuite à un emploi durable. Le gouvernement avait reconnu les difficultés du territoire et évoqué un réexamen avec le préfet, sans remettre en cause la trajectoire. Il rappelait par ailleurs que La Réunion concentre 25 % de l'enveloppe nationale des PEC.
Les collectivités et associations font valoir que ces contrats sont devenus au fil des années une composante du fonctionnement quotidien de nombreuses structures : entretien, restauration scolaire, accompagnement dans les écoles, action sociale, environnement. Celles qui peuvent absorber le manque doivent recruter autrement, avec des répercussions directes sur leurs budgets, leurs investissements et les services rendus à la population.
L'entretien de Roland Lescure aborde également le budget 2027, qu'il décrit comme difficile. Parmi les pistes évoquées figure une possible contribution supplémentaire des retraités les plus aisés : le ministre estime que « la question de la contribution des retraités aisés à l'effort de redressement, par exemple par une indexation plus modérée de leurs pensions, mérite d'être posée », tout en assurant vouloir préserver les retraités les plus modestes. Aucun arbitrage n'est arrêté à ce stade. Il écarte par ailleurs l'idée d'un projet de loi de finances rectificative, préférant des interventions ciblées.


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