Une étude géotechnique commandée pour la future caserne du Service départemental d'incendie et de secours (SDIS) à La Marine, à Sainte-Suzanne, révèle la présence de remblais mêlés à des déchets de chantier sur des épaisseurs atteignant 2,80 mètres, avec une nappe phréatique rencontrée entre 1,20 et 1,80 mètre de profondeur. Pour le collectif d'habitants de La Marine, ce rapport confirme des alertes formulées depuis plusieurs années et justifie un plan global de dépollution des sols et du réseau d'assainissement du quartier.
L'étude, menée à partir de 17 puits à la pelle mécanique et de 12 forages pressiométriques jusqu'à dix mètres de profondeur, décrit dès la surface des remblais composés de matériaux sablo-limoneux mêlés à du géotextile, des fers, du béton et des plastiques. Le bureau d'études estime que « la présence de zones de remblais évidents et d'alluvions sur le terrain étudié laisse supposer que le terrain est une ancienne zone de dépôts ». Les géotechniciens précisent ne pas pouvoir exclure des épaisseurs plus importantes ailleurs sur la parcelle, les sondages ne donnant qu'une vision ponctuelle du sous-sol. Le rapport reste une étude géotechnique : il ne conclut pas à une pollution des sols et ne comporte pas d'analyse environnementale.
Le collectif s'appuie également sur un arrêté préfectoral du 23 décembre 2025 ayant conduit au rejet d'un projet immobilier situé à une centaine de mètres de la future caserne. Le préfet y relevait des remblais composés de déchets inertes, d'ordures ménagères et de déchets de construction sur environ deux mètres d'épaisseur, et reprochait au pétitionnaire l'absence de démarche « sites et sols pollués » et de plan de dépollution. Pour le collectif, les deux documents se répondent et pointent un problème qui dépasse largement le seul périmètre du futur chantier.
« L'étude géotechnique a été bien menée. Ce n'est pas son boulot de démontrer qu'il y a une pollution. Mais elle démontre qu'il y a ces remblais et montre aussi que la nappe est très proche de la surface », déclare Fred Honorine, membre du collectif. Selon lui, cette configuration favorise la remontée de polluants vers les jardins et les habitations : « Quand l'eau remonte, elle traverse les déchets et remonte chez les habitants. On a un problème d'environnement et de santé publique sur lequel on a alerté la mairie, la CINOR et l'État. »
Le collectif ne s'oppose pas à la construction de la caserne. « Le SDIS est une priorité. Les pompiers travaillent aujourd'hui dans des conditions déplorables et ils ont besoin d'une nouvelle caserne. Mais pas n'importe comment. Chacun doit prendre ses responsabilités pour protéger les habitants de La Marine », dit Fred Honorine. La demande porte sur l'accompagnement du chantier d'un plan de dépollution : « Il ne suffit pas juste d'évacuer les déblais, il faut les traiter. Ça représente un coût, mais la CINOR doit prendre ses responsabilités et la mairie doit jouer son rôle pour protéger sa population. »
Sur le réseau d'assainissement, le collectif juge le réseau « vétuste, non étanche et inadapté » à un secteur où la nappe affleure régulièrement. Fred Honorine cite l'exemple du ruisseau Emmanuel, où un tronçon a été réalisé en aérien, et s'interroge sur l'absence d'une solution similaire dans les secteurs les plus sensibles : « On sait qu'ici la nappe est très proche de la surface et que les mouvements de terrain sont importants. Pourquoi continuer à enterrer les réseaux alors qu'on a démontré, au niveau du ruisseau Emmanuel, qu'il était possible de les faire passer en aérien ? » Le collectif pointe aussi un canal traversant les friches depuis le secteur de Foutac jusqu'à la rivière Sainte-Suzanne, décrit dans le rapport géotechnique comme un ouvrage de deux mètres de profondeur sur deux à cinq mètres de large, longeant la limite sud de la parcelle retenue pour la caserne.
Du côté du SDIS, la présidente Sophie Arzal rappelle que la gestion du foncier relève de la CINOR, propriétaire du terrain, et de la SPLAR, maître d'ouvrage. Elle insiste sur l'urgence : « Nos équipes ne travaillent plus dans des conditions acceptables. Historiquement, lors des cyclones et des inondations, les pompiers de Sainte-Suzanne sont les premiers sinistrés. C'est inacceptable. » Elle prévient que si le dossier continue de prendre du retard, la question d'une implantation sur un autre site, voire en dehors de la commune, pourrait être posée. Le rapport géotechnique préconise de son côté une purge minimale de 1,60 mètre sous les futurs bâtiments, l'enlèvement des remblais et des poches de déchets visibles, et une surélévation du niveau de plancher à un mètre au-dessus du terrain naturel pour tenir compte du risque d'inondation.
Le maire de Sainte-Suzanne, Alexandre Lai-Kane-Cheong, dit avoir reçu le collectif il y a environ un mois et demi et convenu d'un point tous les trois mois. Il estime que la problématique dépasse le seul terrain de la future caserne et doit être traitée dans le cadre de la renégociation en cours du Programme d'actions de prévention des inondations (PAPI) de la Grande Rivière Saint-Jean : « On en a parlé avec la CINOR. Ils sont alertés sur le sujet. Mais aujourd'hui, toutes ces questions sont rebasculées dans la renégociation du PAPI. » Il souhaite mobiliser l'ensemble des collectivités concernées, dont la Cirest, pour dégager des financements de l'État et de l'Union européenne. « Les administrés se moquent de savoir qui a la compétence. Ils voient simplement que l'eau remonte. Il faut qu'on fasse quelque chose. » La CINOR n'avait pas répondu aux questions de la rédaction au moment de la publication.


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