Ce mercredi 12 août, la présidente de Région Huguette Bello et le vice-président délégué à l'économie et au tourisme Patrick Lebreton ont visité trois entreprises soutenues dans le cadre du schéma régional « La Nouvelle Économie » : Australe Concrete à Saint-Pierre, la ferme bio Lé Yabar au Tampon et l'hôtel Les Géraniums à la Plaine-des-Cafres.
Ces visites s'inscrivent dans le Schéma régional de développement économique, d'innovation et d'internationalisation (SRDEII), la feuille de route qui doit orienter le développement économique de l'île jusqu'en 2030. Depuis 2021, la Région indique avoir engagé 115 millions d'euros en faveur des très petites, petites et moyennes entreprises, via 14 dispositifs, pour plus de 12 000 structures aidées.
Australe Concrete, basée à Saint-Pierre, fabrique des solutions en béton décoratif et bas carbone. Huguette Bello a évoqué un procédé intégrant des matières locales comme l'olivine ou issues du recyclage, adapté d'un concept d'origine suédoise. Elle a cité parmi les références de l'entreprise le Trocadéro, le Muséum de Londres et des travaux liés à la piscine olympique de 2024. Elle a également mentionné la prime export, dispositif destiné aux entreprises réunionnaises souhaitant commercialiser leur savoir-faire hors de l'île. « Pour un savoir-faire, il faut savoir être », a-t-elle dit.
Au Tampon, la ferme Lé Yabar travaille sur quatre hectares autour du maraîchage, de la transformation et de la valorisation de produits du terroir : agrumes, ananas, racines, rouroute (arrow-root), songe, patate ou poire de terre. La présidente de Région a défendu la nécessité de mieux valoriser ces productions locales face aux importations, et a réaffirmé son soutien à l'octroi de mer. « Cela protège notre belle production locale », a-t-elle affirmé.
Dernière étape, l'hôtel Les Géraniums à la Plaine-des-Cafres. L'établissement a bénéficié d'un soutien régional pour sa rénovation et une montée en gamme de deux à trois étoiles. Son propriétaire exploitant, Henri Vergoz, a précisé que le projet comporte un second volet : une extension portant la capacité à 50 chambres, soit 26 chambres supplémentaires. L'investissement est estimé entre 3,5 et 4 millions d'euros, avec une demande d'aide du Fonds européen de développement régional (FEDER) d'environ un million d'euros. Henri Vergoz a indiqué que sa clientèle est aujourd'hui composée à 70 ou 75 % de locaux, contre 20 à 25 % de touristes extérieurs.
Patrick Lebreton a défendu l'intérêt du tourisme dans les Hauts, rappelant que la collectivité avait affiché la volonté de développer ces territoires. « Attirer le touriste local, c'est déjà attirer un ambassadeur du tourisme de La Réunion », a-t-il déclaré. La « Nouvelle Économie » repose sur six filières dites d'excellence — numérique, énergies renouvelables, bâti tropical, économie bleue, agroalimentaire et tourisme — et trois filières émergentes : industries de l'image, CARE et aéronautique-drones.


7 commentaires
@Sébastien V., vous soulevez un point tout à fait juste sur la distinction entre crédits engagés et crédits effectivement consommés. Je précise simplement que pour les fonds FEDER, le terme technique est « certifié » plutôt que « justifié », et la Commission européenne exige que la dépense soit réalisée et payée avant remboursement. Ce n'est pas qu'une nuance de vocabulaire, c'est une réalité qui explique pourquoi beaucoup de petites structures hésitent à s'engager dans ces dispositifs, le porteur de projet doit avancer les fonds. Le chiffre de 115 millions mériterait donc d'être décomposé : engagés oui, mais à quel stade exactement de la chaîne de paiement.
Ce qui m'intéresse dans ces visites, c'est de savoir comment ces entreprises aidées s'en sortent côté emploi derrière. Australe Concrete, Lé Yabar, Les Géraniums, on entend parler des investissements, des rénovations, des extensions, mais combien de CDI créés, à quel salaire, dans quelles conditions ? À La Possession j'ai des collègues dans l'industrie qui bossent dur pour des boîtes qui ont touché des aides régionales et qui galèrent toujours à négocier leur augmentation. Le soutien public, c'est bien, mais si derrière y'a pas une vraie dynamique sur les conditions de travail, on reste sur notre faim.
Je lis l'article et je pense à mes voisins du Tampon qui font pareil que Lé Yabar, dans leurs petits hectares, sans forcément avoir les bons contacts pour accéder aux dispositifs. Les 14 aides régionales, on en entend parler mais l'information arrive pas toujours jusqu'à nous dans les hauts. Cette saison a été difficile avec les pluies en janvier et la sécheresse derrière, les cultures ont souffert. Quand on sort à peine la tête de l'eau, on a pas forcément l'énergie de monter un dossier FEDER.
12 000 entreprises aidées depuis 2021, c'est bien beau à écrire. Mais combien sont encore debout aujourd'hui ? C'est ça la vraie question.
La ferme Lé Yabar qui valorise la rouroute et le songe, ça me fait plaisir à lire. Ces produits du terroir, i fo arrêter de les chercher en rayon au fond du magasin entre deux imports. Moi avec mon miel, je sais ce que c'est de se battre pour exister face aux marques qui arrivent de métropole ou d'ailleurs. L'octroi de mer protège, oui, mais ce qui protège encore mieux c'est que les consommateurs locaux choisissent délibérément le circuit court. La Région peut financer, au final c'est nous qui décidons quoi mettre dans notre panier.
115 millions d'euros engagés, c'est le terme qui mérite attention. Entre les sommes engagées et les sommes effectivement versées et justifiées, l'écart peut être significatif, surtout avec les dispositifs FEDER qui impliquent des délais de contrôle parfois longs. Je ne doute pas de la volonté politique, mais il serait utile qu'un bilan intermédiaire précise combien de ces fonds ont réellement été liquidés à ce jour. Ce genre de transparence renforcerait la crédibilité de la démarche.
Les Géraniums à la Plaine-des-Cafres, c'est un endroit que je connais bien, j'y amène mes groupes après les randonnées autour du Piton de la Fournaise. Voir cet établissement monter en gamme tout en gardant une clientèle locale à 70%, ça me parle vraiment. Le tourisme dans les Hauts n'a pas besoin d'inventer grand chose, la nature fait le travail. Ce qu'il faut, c'est que les hébergements soient à la hauteur pour que les gens restent deux ou trois nuits au lieu de redescendre le soir même.