La Chambre régionale des comptes de La Réunion a rendu le 30 juillet un avis sévère sur les finances de Sainte-Suzanne, préconisant une hausse uniforme de 33,8 % des taux de fiscalité locale pour combler un déficit qu'elle arrête à 5,2 millions d'euros. Le maire Alexandre Laï-Kane-Cheong refuse pour l'heure d'emprunter cette voie.
Saisie par le préfet après le vote d'un budget supplémentaire en déséquilibre, la juridiction financière a établi que le compte administratif 2025 présentait un déficit représentant 12,6 % des recettes de fonctionnement, soit plus du double du seuil légal de 5 % applicable aux communes de plus de 20 000 habitants. Après correction de plusieurs inscriptions budgétaires et vérification des restes à réaliser, elle a fixé le déficit global à 5,2 millions d'euros.
Le budget supplémentaire adopté le 9 juin 2026 n'arrange pas la situation. La CRC estime que son déséquilibre global atteignait plus de 14,4 millions d'euros avant corrections, et encore 8,7 millions après révision des dépenses et recettes qu'elle jugeait insuffisamment justifiées. « Les mesures de redressement prises par la commune de Sainte-Suzanne dans son budget supplémentaire sont, par conséquent, insuffisantes pour permettre un retour à l'équilibre », écrit-elle.
Face à des marges d'économies qu'elle juge limitées, la Chambre préconise de porter le taux de la taxe foncière sur les propriétés bâties de 47,60 % à 63,69 %, celui de la taxe foncière sur les propriétés non bâties de 36 % à 48,17 %, et celui de la taxe d'habitation sur les résidences secondaires de 29,75 % à 39,80 %. Selon des simulations conduites avec la Direction régionale des finances publiques, cette hausse uniforme de 33,8 % rapporterait 3,28 millions d'euros de recettes fiscales supplémentaires dès 2026. La juridiction recommande de maintenir cet effort, de maîtriser strictement les dépenses de fonctionnement et de limiter les nouveaux investissements, avec un retour à l'équilibre visé d'ici 2029.
Le maire n'entend pas suivre cette recommandation. « Ce n'est pas une mesure qu'on va emprunter pour l'instant, parce que c'était notre engagement de campagne », a déclaré Alexandre Laï-Kane-Cheong à Zinfos974. Il affirme défendre auprès de la CRC une trajectoire alternative, fondée sur des coupes déjà engagées : non-renouvellement de contrats à durée déterminée, gel de certaines augmentations salariales, réduction des subventions aux associations. Il cite également la Fête de la vanille, dont l'ancienne formule coûtait selon lui entre 300 000 et 350 000 euros à la commune et qui ne représenterait plus aucune dépense municipale. « On veut ne pas avoir à recourir, autant que faire se peut, à l'augmentation de la fiscalité », insiste-t-il.
La municipalité avait hérité, selon ses propres déclarations, d'un déficit structurel de près de 12 millions d'euros attribué à la précédente mandature de Maurice Gironcel. Aucune hausse d'impôt n'a été décidée à ce stade. Les discussions entre la commune, les services de l'État et la Chambre régionale des comptes se poursuivent dans le cadre de la procédure de redressement budgétaire.


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