Dans un communiqué publié mardi midi, Éric Fruteau, ancien maire de Saint-André de 2008 à 2014, a réagi au déficit de 818 278,42 euros affiché par le compte administratif 2025 du centre communal d'action sociale (CCAS) de la commune. Il réclame l'intervention de la Chambre régionale des comptes et s'oppose à toute hausse de la fiscalité locale pour combler ce déséquilibre.
« Face à l'ampleur des chiffres annoncés, il est désormais évident que les autorités de contrôle, et très certainement la Chambre régionale des comptes, devront examiner cette situation avec toute la rigueur nécessaire. La transparence l'exige », écrit l'ancien élu, que la source qualifie de candidat aux dernières municipales.
Sur le fond, Fruteau juge sévèrement la gestion actuelle. « Jamais, durant ma mandature, une telle situation ne s'était produite. Nous avions pourtant traversé des crises majeures, notamment la crise financière de 2008, mais nous avions toujours su préserver l'équilibre budgétaire grâce à une anticipation rigoureuse et à une gestion responsable », affirme-t-il. Il rappelle que la dotation municipale au CCAS était passée, selon lui, de 1,6 million d'euros en 2008 à 2,1 millions en 2010.
Sur la question des responsabilités, l'ancien maire refuse le jeu des renvois entre la municipalité et le Département. « Dans ce jeu de responsabilités croisées, la balle est renvoyée du Département à la commune, et inversement. Les périmètres administratifs peuvent être complexes, les compétences peuvent s'entremêler, mais cela ne doit pas devenir un moyen de se défausser », estime-t-il.
Sa mise en garde la plus directe vise les contribuables saint-andréens. « Augmenter la fiscalité locale pour combler un tel déficit serait une faute. Les ménages saint-andréens, déjà confrontés à des difficultés importantes, n'ont pas à payer les conséquences d'éventuelles erreurs de gestion », prévient-il.
Éric Fruteau s'inquiète aussi de la façon dont l'action sociale est traitée dans cette polémique. « Ce qui m'attriste profondément, c'est surtout de voir aujourd'hui l'aide sociale montrée du doigt, accusée d'être un gouffre », écrit-il, avant de conclure : « L'aide sociale ne peut pas devenir un bouc émissaire. » Il déplore par ailleurs une gestion publique de la polémique qu'il juge contre-productive : « Saint-André aujourd'hui a cruellement besoin d'apaisement, de responsabilité et de solutions. Or, ce qui nous est donné à voir est malheureusement l'inverse : des postures, des assignations en responsabilité et une communication anxiogène. »


9 commentaires
Ça a l'air loin de mes récifs, cette histoire de CCAS, mais les familles saint-andréennes qui bossent dans le tourisme, les saisonniers, les petites mains du secteur, ce sont souvent des gens qui dépendent de ces services sociaux quand ça tourne mal. Un déficit qui se règle par une hausse d'impôts locaux, c'est exactement ce genre de décision qui fragilise des foyers qui tiennent déjà sur le fil.
@Alex, tu poses la bonne question sur les chiffres. Un déficit de 818 000 euros sur un CCAS, ça représente quoi exactement ? Si la dotation municipale tournait autour de 2 millions comme l'indique Fruteau, on parle d'un déséquilibre de l'ordre de 40% du budget, ce n'est pas anodin. Ce qui m'interroge davantage, c'est la nature du déficit : est-on sur une dérive structurelle accumulée sur plusieurs exercices, ou sur un accident ponctuel lié à une prise en charge non compensée par le Département ? La réponse change complètement le diagnostic et donc les solutions. La Chambre régionale des comptes est effectivement l'outil adapté pour trancher, mais le rapport prendra du temps, et d'ici là les bénéficiaires du CCAS eux n'attendent pas.
Ce qui m'interpelle, c'est la réaction en chaîne qu'on voit souvent dans ce genre de situation : un déficit dans un CCAS, une polémique politique, et pendant ce temps les services continuent de tourner à l'os. J'ai connu ça à Brest avec un CCAS de taille comparable, le débat sur les responsabilités avait duré des mois avant qu'une Chambre régionale des comptes ne mette tout le monde d'accord. La demande de Fruteau est la bonne, même si elle vient d'un candidat potentiel. Ici à La Réunion j'observe que ce genre de contrôle externe est souvent la seule façon de sortir par le haut sans que chaque camp puisse raconter sa version.
Sur mes tournées à Saint-André j'ai des patients du CCAS, des personnes âgées isolées qui attendent leur aide à domicile. Si ce déficit fragilise les services, c'est eux qui trinquent en premier. La question des responsabilités politiques, elle est légitime, mais pendant qu'on se renvoie la balle, les dossiers d'aide sociale eux ils n'attendent pas.
@Marie, tu as raison ma chérie, le CCAS c'est sacré, c'est pour les mamies seules, les familles qui galèrent, les marmaille qui ont besoin d'un repas chaud. Moi j'ai travaillé toute ma vie dans le soin et j'ai vu ce que l'aide sociale représente pour des gens qui ont plus rien. Alors oui, i fo que les comptes soient vérifiés, mais faut surtout que personne n'oublie pourquoi cette structure existe.
Moi je vois défiler mes clients tous les jours, des familles de Saint-André qui comptent chaque euro. Si en plus ils augmentent les impôts locaux pour boucher un déficit pareil, c'est direct que certains vont arrêter de venir. Mon loyer commercial augmente déjà, mes charges augmentent, et le pouvoir d'achat des gens dans la rue c'est pas la fête non plus. Cette histoire de CCAS ça dépasse la politique, ça touche le quotidien.
Le CCAS c'est l'aide aux familles les plus fragiles, i fo pas en faire un terrain de règlement de comptes politiques.
Je veux bien entendre la critique, mais Fruteau reste quand même un ancien élu qui se positionne avant les prochaines municipales. Est-ce que quelqu'un a la délibération du compte administratif 2025 pour vérifier ces chiffres ? Parce qu'un communiqué de presse d'un candidat, c'est pas une source neutre. La Chambre régionale des comptes, pourquoi pas, mais ça prend du temps et en attendant on a surtout des déclarations.
Un déficit de 818 000 euros dans une structure censée aider les plus vulnérables, c'est pas juste un problème comptable, c'est un signal d'alarme pour toute la commune. Ce qui me frappe, c'est que Fruteau a raison sur un point : pointer l'aide sociale comme responsable du déséquilibre, c'est une très mauvaise comm. On sait depuis longtemps que la communication de crise ça se gère en amont, pas en rejetant la faute sur les bénéficiaires. Les saint-andréens qui galèrent méritent mieux que ce bruit-là.