En 2020, les Hauts de La Réunion concentraient 56 % des exploitations agricoles de l'île, 54 % de la surface agricole utilisée et 73 % du cheptel, selon une étude d'Agreste. Un rééquilibrage géographique qui découle d'une politique d'aménagement engagée dès 1975.
Pendant longtemps, ces territoires sont restés en marge du développement agricole. Le relief, l'enclavement, l'absence d'infrastructures et la faible valeur des terres décourageaient toute installation. À partir de 1975, l'État a lancé un vaste programme de désenclavement des Hauts : routes, adduction d'eau, électrification, soutien à la filière bovine. Cinquante ans plus tard, les effets de cette politique se lisent dans les chiffres.
Malgré la disparition de 1 340 exploitations entre 2010 et 2020, la répartition entre Hauts et Bas est restée globalement stable. L'étude d'Agreste décrit deux modèles agricoles qui se complètent sans se ressembler.
Les Bas restent le territoire de la canne à sucre. Sur les quelque 18 800 hectares cultivés en canne à La Réunion, plus de 12 000 se situent dans les zones basses, contre un peu plus de 6 600 dans les Hauts. La canne représente à elle seule la moitié de la surface agricole utilisée de l'île.
Les Hauts ont suivi une autre trajectoire, plus diversifiée. L'élevage y tient une place centrale : près des trois quarts des exploitations spécialisées dans ce secteur s'y trouvent, avec une forte présence des filières bovines viande et lait. Près de 90 % des prairies de l'île y sont recensées. Le maraîchage et les productions fruitières complètent l'ensemble.
Sur le plan humain, les écarts entre les deux territoires restent limités. L'âge moyen des chefs d'exploitation, la part des femmes à la tête des fermes, la taille économique des structures ou les besoins en main-d'œuvre varient peu d'une zone à l'autre. Ce sont les productions et les contraintes naturelles qui distinguent les Hauts des Bas, pas le profil de ceux qui les cultivent.


6 commentaires
56 % des exploitations dans les Hauts, c'est presque le genre de stat qu'on verrait dans un jeu de stratégie genre Farming Simulator mais en vrai. Ce qui me frappe c'est que cette répartition vient d'une politique lancée en 1975, ça fait 50 ans de data accumulée. Franchement y'a un vrai truc à faire avec toutes ces infos agricoles, une dashboard interactive ou une carte heat map des productions par zone, ça rendrait tout ça beaucoup plus lisible pour le grand public.
@Mickaëla, t'as raison sur le profil similaire, mais ce que l'article dit surtout c'est que les contraintes naturelles sont différentes. Cultiver dans les Hauts avec le froid et les routes de montagne, c'est pas la même chose que dans les Bas. Quand mes fournisseurs de légumes sont bloqués après une nuit de pluie, c'est moi qui me retrouve à improviser ma carte. Le mérite est réel, mais faut pas minimiser ce que ces producteurs surmontent au quotidien.
C'est bien de valoriser les Hauts, mais on parle jamais de l'impact du ruissellement agricole sur le lagon. Quand les prairies et les cultures des hauteurs descendent vers la mer après les grosses pluies, les coraux en prennent plein la tête. Je le vois chaque saison, l'eau arrive trouble au niveau des spots de Saint-Gilles, et mes clients remontent déçus. Ça serait intéressant qu'Agreste croise ses données avec celles du suivi des récifs.
Ce qui me touche dans cet article c'est de voir que les hommes et femmes qui cultivent les Hauts ont un profil très proche de ceux des Bas. Ça prouve que ce n'est pas l'origine ou le genre qui détermine la réussite, c'est vraiment l'environnement qu'on crée autour des gens. Cinquante ans d'investissement dans les routes, l'eau, l'électricité et les résultats sont là.
Une cliente de Saint-André m'a parlé la semaine dernière de son mari qui élève des vaches dans les Hauts, lé pa fasil selon elle, mais ils s'en sortent. Je savais pas que 73 % du cheptel était concentré là-haut, ça fait réfléchir.
Intéressant de voir ces chiffres, mais ce qui m'interpelle c'est la disparition de 1 340 exploitations en dix ans. Quand les petits producteurs ferment, c'est aussi moins de clients qui passent en boutique acheter leurs outils, leurs emballages, leur matériel. Ici à Saint-Louis on le ressent, certains fournisseurs du marché ont disparu et les rayons sont restés vides.