À peine plus d'un mois après la promulgation de la loi du 29 juin 2026, un nouveau collectif interpelle Emmanuel Macron pour réclamer une réparation plus complète en faveur des mineurs réunionnais déplacés vers l'Hexagone. Dans une lettre ouverte adressée au chef de l'État, les signataires reconnaissent une avancée, mais estiment que le texte « ne répond pas encore à l'ensemble des attentes de vérité et de réparation ».
Le « Collectif Justice plus Digne pour les Mineurs Réunionnais Déportés » rassemble d'anciens mineurs transplantés, leurs descendants, des familles et plusieurs associations. Parmi les premiers signataires figurent Jean-Charles Pitou, président de Génération Brisée, Joseph Laborde et d'autres personnes engagées de longue date dans ce combat mémoriel. Le collectif rend hommage à Jean-Jacques Martial, dont les démarches judiciaires et médiatiques ont contribué à faire connaître cette histoire à l'échelle nationale.
Premier point de friction : la terminologie retenue par la loi. Les signataires demandent que le terme de « transplantation » soit abandonné au profit de « déportation de mineurs réunionnais ». Le premier « atténue la violence des faits », selon eux. Ils précisent que cette qualification « ne vise pas à comparer les histoires », mais à traduire « l'arrachement, la contrainte et la rupture durable provoqués par ces déplacements ». La lettre replace aussi ces faits dans un contexte plus large, rappelant que le BUMIDOM organisait au même moment le départ de milliers de Réunionnais vers l'Hexagone, relevant selon les auteurs d'« une même logique publique ».
Sur la future commission prévue par la loi, dont l'installation est attendue avant la fin de l'année, le collectif entend peser sur sa composition et son fonctionnement. Ses membres estiment qu'« aucune personne ni aucune structure ne peut parler seule au nom de tous » et réclament une représentation effective des personnes concernées, aussi bien à La Réunion qu'en métropole, un calendrier public, un accès complet aux archives et les moyens nécessaires pour recueillir les témoignages. Ils demandent aussi l'organisation d'une « conférence nationale de la vérité et de la réparation » à La Réunion, ainsi qu'une rencontre officielle avec les organisations signataires.
La question de l'indemnisation occupe une place centrale dans la lettre. La loi prévoit une allocation forfaitaire, mais les signataires jugent qu'un montant identique pour tous ne rend pas compte de la diversité des parcours. Ils proposent un socle commun complété par une indemnisation individualisée, tenant compte de la durée du déplacement, des séparations familiales, des violences subies et de leurs conséquences sur la santé, l'identité, la scolarité, la vie professionnelle, ou encore sur les descendants. « Les situations les plus graves ne doivent pas être enfermées dans un plafond symbolique », écrivent-ils. Ils demandent par ailleurs que ces indemnisations soient exonérées d'impôts et de prélèvements sociaux, qu'elles ne remettent pas en cause les prestations soumises à condition de ressources et qu'elles puissent être transmises aux héritiers lorsqu'une victime décède avant d'avoir pu faire valoir ses droits.
Le collectif soulève également la question de la charge de la preuve, jugée trop lourde pour des victimes dont de nombreux dossiers administratifs sont incomplets, altérés ou ont disparu. Il demande que les témoignages et les archives familiales, scolaires, sociales ou médicales soient pleinement pris en compte, et réclame l'ouverture, l'inventaire et la restitution gratuite des archives aux personnes concernées. Un accompagnement « gratuit, juridique, administratif, psychologique, historique et généalogique » est aussi réclamé pour chaque demandeur. Les signataires appellent enfin à inscrire cette histoire dans les programmes scolaires et à créer des lieux de mémoire à La Réunion comme dans les territoires concernés. « La promulgation de la loi du 29 juin 2026 ne met pas fin à ce combat », écrivent-ils, en demandant au président de la République « d'ouvrir un dialogue large et transparent afin que l'État reconnaisse pleinement ce qu'il a organisé, les conséquences qu'il a laissées perdurer et ce qu'il doit réparer ».


9 commentaires
@Patrick974, tu défends la logique forfaitaire pour éviter les inégalités de traitement, je comprends l'argument, mais là on parle de trajectoires de vie entières, pas d'un remboursement de frais. Un forfait identique pour quelqu'un arraché à 4 ans et quelqu'un parti à 16 ans, ça lé pa fasil à justifier. L'indemnisation individualisée que propose le collectif, c'est pas du clientélisme, c'est juste de la justice proportionnelle.
La question de la composition de la commission est probablement celle qui conditionne tout le reste. On sait très bien, dans le domaine des instances consultatives, que le périmètre des représentants et les règles de quorum peuvent orienter les conclusions bien avant que les travaux n'aient réellement commencé. Le collectif a raison d'anticiper sur ce point plutôt que d'attendre la publication des décrets d'application. Ce qui est dit sur le calendrier public et l'accès aux archives va aussi dans le bon sens, encore faut-il que les administrations concernées jouent le jeu, ce qui n'a rien d'automatique.
Ce qui me frappe dans cette histoire c'est justement le mot 'déportation' que le collectif réclame. Dans mon boulot on est très à cheval sur la terminologie des documents de transport, un mauvais terme sur un connaissement et c'est tout le dossier qui fout le camp. Là on parle de vies entières, pas de marchandises, alors oui le mot compte. 'Transplantation' ça sonne comme on déplace des containers, pas des enfants.
@David, tu soulèves un point qui mérite qu'on s'y arrête un instant. Le principe de l'allocation forfaitaire identique a une logique administrative : il évite les inégalités de traitement liées à la qualité du dossier ou aux ressources pour se faire accompagner juridiquement. Mais en pratique, il crée une autre inégalité, celle entre quelqu'un déplacé quelques mois et quelqu'un qui a grandi toute son enfance coupé de sa famille et de sa culture. La proposition d'un socle commun plus une part individualisée me semble techniquement défendable, à condition de définir des critères objectifs et vérifiables, sinon on ouvre la porte à des contentieux interminables qui épuiseront les victimes avant qu'elles ne voient quoi que ce soit.
Mon beau-père faisait partie de ces enfants, il nous en a parlé une fois et une seule, les larmes aux yeux, avant de ne plus jamais vouloir en entendre parler. Alors quand je lis qu'on va leur sortir un chèque pareil pour tout le monde sans regarder ce qu'ils ont vraiment vécu, ça me met hors de moi. Alé, on n'est pas des numéros de dossier.
Le détail sur l'exonération fiscale des indemnisations est important et souvent négligé dans ce type de dispositif. Si une personne âgée touche une somme forfaitaire et que ça la fait basculer dans une tranche supérieure ou lui fait perdre des aides soumises à condition de ressources, le bénéfice réel peut être sérieusement réduit. Le collectif a bien fait de le mentionner explicitement, c'est une précision technique qui change beaucoup de choses en pratique.
Respect total pour ceux qui portent ce combat depuis si longtemps.
Ces familles ont attendu des décennies pour que l'État reconnaisse ce qu'il a fait, et là on leur sort une indemnisation forfaitaire identique pour tout le monde, que tu aies subi deux ans ou toute ton enfance loin du péi-la. Franchement ça lé pa fasil d'appeler ça une réparation.
La question de la charge de la preuve soulevée dans la lettre est clairement le noeud du problème. Mais j'aimerais comprendre concrètement comment la commission va traiter les dossiers incomplets : est-ce qu'il y a déjà un cadre défini, ou on attend que ça se précise au moment de l'installation ? Parce que sans méthode claire, le risque c'est que beaucoup de victimes passent entre les mailles, même avec la meilleure volonté du monde.