L'Union des Femmes Réunionnaises (UFR) a publié un communiqué de soutien à Sarah Assama, première adjointe de Sainte-Suzanne dont la majorité municipale a retiré les fonctions. L'association indique avoir été saisie par l'élue « pour témoigner de la situation qu'elle traverse dans l'exercice de son mandat ».
L'UFR replace cette affaire dans un contexte plus large. Selon elle, les femmes qui exercent des responsabilités publiques restent exposées à des pressions spécifiques : leur loyauté, leur légitimité ou leurs intentions sont plus facilement remises en cause dès lors qu'elles expriment une position différente de celle de leur majorité. L'association estime qu'une femme qui défend une conviction est plus aisément renvoyée à une supposée déloyauté, « là où un homme serait davantage perçu comme indépendant ou affirmé ».
« Le débat, le désaccord et la liberté de conscience ne sont pas des fautes », écrit l'UFR, qui les qualifie de « cœur même de la vie démocratique ». L'association ajoute que cette liberté « ne peut devenir un motif d'exclusion ou de sanction politique ».
Le communiqué paraît après qu'Assama a publié une tribune dans laquelle elle revient sur les circonstances de son abstention lors d'un vote portant sur des subventions aux associations. Elle y soutient que ce geste « n'était pas un acte de défiance » mais répondait à une volonté de prévenir toute situation de « conflit d'intérêts, réelle ou apparente ».
L'UFR, qui se prévaut de « bientôt 70 ans » d'engagement pour la place des femmes dans la société et dans les lieux de décision, réaffirme son soutien à l'élue. « Une démocratie véritable ne peut accepter que l'engagement des femmes soit conditionné à leur silence, à leur effacement ou à leur conformité permanente », conclut l'association dans son communiqué.


6 commentaires
En mer, quand un matelot refuse de jeter les filets parce que le fond est mauvais, on le remercie pas, on l'envoie à terre. La politique lé pareil.
Ici à Cilaos on est loin de tout ça, mais ça nous touche quand même. Les femmes qui s'engagent dans la vie publique, on sait ce que ça coûte comme sacrifices, comme efforts, et voir qu'on peut perdre sa place juste parce qu'on a dit non une fois, ça fait de la peine. J'espère que cette dame ira bien.
Moin lé pa sûr que les associations règlent grand chose dans ces histoires-là. Mais une femme qui dit non pour une bonne raison et qui se retrouve dehors, ça, j'ai du mal à trouver ça juste.
Ce communiqué de l'UFR me rappelle une phrase de Simone Weil dans L'Enracinement : l'obligation envers la collectivité ne peut pas exiger l'écrasement de la conscience individuelle. Ce qui est décrit ici, une élue sanctionnée pour avoir exercé son jugement, c'est précisément ce glissement que redoutait Weil. On peut ne pas aimer la politique de Sarah Assama, on peut discuter de ses choix, mais transformer une abstention motivée en faute de loyauté, ça dit quelque chose d'inquiétant sur la santé de nos institutions locales.
Je vois pas trop le rapport avec mon domaine, mais je lis et je me dis que c'est pareil partout : dès qu'on sort du rang, on prend des vagues. Elle s'est abstenue pour éviter un conflit d'intérêts, c'est exactement ce qu'on demande à nos élus de faire, non ?
Ce que l'UFR soulève là, c'est exactement ce dont on parle depuis des années dans les espaces de leadership féminin. Une femme qui s'abstient pour éviter un conflit d'intérêts, c'est de la rigueur, pas de la trahison. Alé, j'espère que cette affaire va au moins ouvrir un vrai débat sur comment on traite les élues qui osent penser par elles-mêmes.