Espace membre :

Suivez-nous

Mortalité infantile : les Outre-mer deux fois plus touchés que la métropole

Partager sur :
Mortalité infantile : les Outre-mer deux fois plus touchés que la métropole

Rapport enterré de l'IGAS sur la mortalité infantile : pourquoi les Outre-mer concentrent les situations les plus préoccupantes - Crédit Zinfos974 - Société


Un rapport de l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS) rendu en janvier 2026 n'a été publié que le mardi 4 août, après que Le Canard enchaîné a révélé son existence. Ce document de 306 pages, signé par les inspecteurs Aquilino Morelle, Alexandre Pascal et Marie-Odile Saillard, dresse un bilan sévère de la périnatalité en France, avec une attention particulière portée aux territoires ultramarins.

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Entre 2004 et 2022, le taux moyen de mortalité infantile dans les départements et régions d'outre-mer a atteint 8,0 décès pour 1 000 naissances vivantes, soit plus du double de la moyenne métropolitaine sur la même période (3,5 ‰). La Guyane enregistre le taux le plus élevé (9,7 ‰), devant Mayotte (9,2 ‰), la Martinique (8,0 ‰), la Guadeloupe (7,8 ‰) et La Réunion (6,9 ‰). Aucun département métropolitain ne dépasse 5 décès pour 1 000 naissances sur cette période.

À La Réunion, le taux de mortalité néonatale atteint 5,1 ‰, plus du double de la moyenne hexagonale fixée à 2,5 ‰. L'île reste le territoire ultramarin le moins touché, mais l'écart avec la métropole demeure considérable.

Le rapport refuse pourtant d'imputer la dégradation nationale aux seuls Outre-mer. « La situation ultramarine, très sérieuse (...), ne saurait pour autant être tenue pour responsable de la reprise de la mortalité infantile en France : c'est bien dans les évolutions en cours dans le seul Hexagone qu'il faut chercher l'explication de la dégradation des indicateurs de santé périnatale dans la France entière », écrivent les auteurs. À l'échelle nationale, le taux de mortalité infantile est remonté à 4,1 ‰ en 2024, après avoir atteint son niveau le plus bas en 2011. Si la France atteignait simplement la moyenne européenne (3,3 ‰), 529 décès auraient pu être évités l'an dernier.

Pour expliquer la surmortalité dans les DROM, l'IGAS pointe en premier lieu les conditions socio-économiques. En 2021, entre 22 % et 25 % des femmes ultramarines présentaient une obésité avant leur grossesse, contre 14 % dans l'Hexagone. La prématurité, le faible poids à la naissance, les pathologies maternelles et les difficultés d'accès à la prévention figurent également parmi les facteurs aggravants.

Sur la question des maternités, l'IGAS prend une position claire. Les fermetures de petites structures, souvent dénoncées par des élus locaux, ne seraient pas à l'origine de la hausse de la mortalité. « Les restructurations de l'offre de soins ne semblent pas avoir eu d'effet décisif sur la reprise récente de la mortalité infantile », conclut la mission, qui juge par ailleurs qu'un relèvement du seuil minimal d'activité des maternités constituerait « une réponse mécanique, datée ».

L'IGAS demande qu'à partir de 2026, chaque département ultramarin élabore un plan d'action spécifique, copiloté par les agences régionales de santé et les conseils départementaux. Pour Mayotte, ce plan devra s'intégrer à la stratégie de refondation du territoire. Les auteurs appellent par ailleurs à un plan stratégique national couvrant la période 2027-2030, centré sur le renforcement de la néonatalogie, le suivi des grossesses à risque et la coordination entre professionnels de santé.

Source

8 commentaires

Écrivez votre commentaire...
N
Nadine Saint-Louis 06/08/2026 à 13:00

J'ai une cliente qui vient régulièrement à la boutique, enceinte jusqu'aux dents, elle m'a dit l'autre jour qu'elle avait du mal à avoir des rendez-vous rapidement pour son suivi. Je l'ai écoutée sans trop savoir quoi lui dire. En lisant ça je comprends mieux pourquoi elle avait l'air si inquiète, c'est pas juste une impression, les difficultés sont bien réelles. On parle de commerce, de loyers, de centres-villes qui se vident, mais là y'a des sujets bien plus graves qui se jouent en silence autour de nous.

B
Bichik 06/08/2026 à 12:36

On vit sur cette île depuis des générations, et certaines choses ne changent pas. Ces chiffres-là, les anciens les auraient pas su lire en statistiques, mais ils les connaissaient autrement.

B
Boug du Lagon 06/08/2026 à 11:33

Je passe mes journées dans l'eau à montrer les fonds à des touristes qui viennent de partout, et là je tombe sur ces chiffres. On se bat pour les coraux, pour les requins, pour les tortues, et pendant ce temps des bébés meurent deux fois plus souvent ici qu'en métropole et un rapport de 306 pages reste enterré pendant sept mois. On a les priorités à l'envers quelque part.

M
Mamie Câline 06/08/2026 à 10:39

Ici à Cilaos, les jeunes mamans i fo descendre bien avant le terme pour accoucher en bas, des fois elles partent des semaines à l'avance pour être sûres. C'est pas une nouveauté pour nous, cet isolement on le vit depuis toujours. Quand je lis ces chiffres, je pense à toutes ces femmes des hauts qui font ce chemin seules, loin de chez elles. J'espère de tout coeur que ce plan d'action dont parle le rapport pensera aussi à elles.

J
Jean-Marc 06/08/2026 à 10:30

Je suis pas dans la santé, je pose des carrelages et je coule des dalles. Mais j'ai perdu un petit-neveu à la naissance y'a quelques années, et je sais ce que ça fait. Que le rapport soit resté dans un tiroir pendant des mois, ça me met en rogne. On entend parler de plans, de stratégies 2027-2030, pendant ce temps les familles vivent ça maintenant. Les mots sur le papier ça coûte pas cher.

T
Thierry Lebon 06/08/2026 à 09:10

Une précision utile : le rapport date de janvier 2026 mais n'a été rendu public qu'en août, ce qui pose une vraie question sur les délais de publication des rapports officiels de l'IGAS. Ce n'est pas anodin, un document de 306 pages commandé sur fonds publics qui reste confidentiel six mois sans justification claire.

P
PtiBatik 06/08/2026 à 09:05

Presque deux fois plus de bébés qui meurent ici qu'en métropole, et le rapport dort dans un tiroir pendant des mois avant que la presse force sa publication. Ce péi mérite mieux que ça. Les domoun d'ici font des enfants, pleurent leurs enfants, et personne ne juge utile de les informer en temps réel. Il y a quelque chose de profondément violent là-dedans.

M
Mickaëla 06/08/2026 à 09:01

Ces chiffres font mal à lire, mais je suis soulagée de voir que le rapport existe et qu'il propose des pistes concrètes. Un plan d'action par département, c'est exactement le genre de démarche structurée qui peut changer les choses sur le long terme. Il faut maintenant que les acteurs de terrain, y compris dans le domaine du bien-être et de l'accompagnement des futures mamans, soient intégrés à ces réflexions. On a un rôle à jouer collectivement.