Depuis 2019, le CIPI a accompagné plus de 800 jeunes, dont 282 en 2025. Ce jeudi, le président du Département, Cyrille Melchior, s'est rendu à l'antenne Est de Saint-Benoît, un an après son ouverture, pour rencontrer les jeunes et les travailleurs sociaux du dispositif.
Le CIPI — Coordination pour l'initiative et la promotion de l'insertion des jeunes — affiche un taux de près de 70 % de sorties positives vers l'emploi, la formation ou un projet d'insertion. Le Département y consacre 1,2 million d'euros par an, avec un cofinancement européen. Trois antennes couvrent l'Ouest, le Sud et l'Est de l'île.
Le dispositif cible en priorité les jeunes dits « invisibles », ceux qui ont décroché des structures classiques d'accompagnement. Jacky Somarandy, responsable du CIPI Ouest, avait décrit cette approche lors de l'inauguration de l'antenne Est : « Il est destiné en priorité à des jeunes qui ne croient plus dans les institutions, qui n'ont jamais fait le pas vers un organisme d'accompagnement, qui restent chez eux, qui n'ont pas envie. Nous allons d'abord vers eux par l'entremise d'acteurs implantés dans les quartiers. »
L'accompagnement repose sur un contrat d'engagement d'un an renouvelable, sans rémunération. Il peut inclure des aides au permis de conduire, des ateliers de remobilisation, des activités sportives ou culturelles, ainsi qu'un soutien social. « L'accompagnement commence d'abord par une écoute de leur histoire de vie, des freins qu'ils peuvent avoir. Souvent, ce sont des difficultés d'ordre social : des jeunes qui ne mangent pas à leur faim, qui n'ont pas de quoi s'habiller convenablement, des conflits avec les parents ou encore des jeunes qui ne veulent plus retourner à l'école ou en formation après un vécu difficile », précisait Jacky Somarandy.
Des ateliers de gravure, de dessin ou d'activités sportives servent d'abord à reconstruire la confiance, avant toute démarche d'insertion professionnelle. À Saint-Paul, des jeunes ont conçu « Nout Gramoun », un restaurant solidaire destiné aux personnes âgées de Trois-Bassins. D'autres ont été orientés vers les Beaux-Arts ou l'ILOI après avoir révélé des aptitudes lors de ces ateliers créatifs.
Devant les participants, Cyrille Melchior a posé le cadre politique du dispositif : « Le chômage n'est pas une fatalité. Il y a des jeunes qui veulent travailler, construire leur vie, mais qui se retrouvent confrontés à des problèmes de qualification, d'éloignement et ont besoin d'un accompagnement global. » Il a aussi rappelé que « l'insertion ne se résume jamais à l'accès à un travail » et qu'elle mobilise « aussi la santé, le logement, la mobilité, le sport, la culture, l'engagement citoyen. » Le CIPI s'appuie sur un réseau de partenaires comprenant les Missions locales, France Travail, les CCAS, des associations, des entreprises et le CNARM.


4 commentaires
Les ateliers gravure et dessin qui ont mené certains vers les Beaux-Arts ou l'ILOI, ça me touche vraiment. La création c'est souvent le seul espace où un jeune cassé par la vie peut montrer qu'il vaut quelque chose.
L'exemple du restaurant solidaire « Nout Gramoun » c'est exactement ce qu'on devrait multiplier sur toute l'île. Des jeunes qui produisent, qui rendent service, qui s'ancrent dans leur quartier plutôt que de chercher un emploi qui n'existe pas ailleurs. Ce que je regrette, c'est qu'on n'entende jamais parler d'orientation vers l'agriculture ou les métiers du vivant dans ces dispositifs. Nos terres ont besoin de bras, et nos jeunes ont besoin de sens.
Mon temps, quand un jeune voulait pas travailler, on lui donnait une houe et on l'envoyait au jardin. Là i fo d'abord lui parler, l'écouter, lui payer le permis. Le monde a changé, je dis pas que c'est mal, je dis juste que le monde a changé.
Ce qui me frappe c'est qu'ils accompagnent aussi des jeunes qui ne mangent pas à leur faim. J'en vois passer dans ma boucherie, des gars qui cherchent un boulot, qui restent là sans trop savoir quoi faire de leur journée. 800 en six ans c'est pas rien, mais je me demande combien ont trouvé quelque chose de stable après, pas juste un stage de trois mois.