Près de 50 000 migrants ont franchi illégalement la frontière de Ceuta en vingt-quatre heures, selon les autorités espagnoles. L'enclave de 20 km², située au nord du Maroc et peuplée d'environ 85 000 habitants, n'avait jamais connu un tel afflux. Madrid a déployé l'armée pour sécuriser les principaux axes routiers, renforcé les effectifs de la Guardia Civil et de la police nationale, et mobilisé plongeurs, drones et moyens nautiques.
Le Premier ministre Pedro Sánchez s'est rendu sur place vendredi, accompagné du ministre de l'Intérieur Fernando Grande-Marlaska. Cet afflux s'ajoute aux plus de 1 500 arrivées déjà enregistrées ces derniers jours. Des migrants ont franchi la frontière terrestre ou contourné la digue de Tarajal à la nage, parfois à l'aide de bouées.
Le bilan humain est lourd. Au moins neuf personnes ont perdu la vie en tentant la traversée depuis les côtes marocaines. Le quotidien local El Faro de Ceuta fait état de 42 corps retrouvés dans ces eaux depuis le début de l'année.
Sur le plan diplomatique, Rabat et Madrid ont convenu de renforcer leur coopération pour gérer ces flux et accélérer le rapatriement des personnes entrées illégalement, selon une source marocaine citée par l'AFP. Des forces de sécurité marocaines ont été observées à Fnideq, ville frontalière, mais aucune réaction officielle de Rabat n'avait été publiée vendredi.
La crise a rapidement pris une dimension européenne. La présidente du Conseil italien Giorgia Meloni a critiqué la politique migratoire espagnole, estimant qu'elle favorise les réseaux de passeurs, et évoqué une possible suspension de l'Espagne de l'espace Schengen. Madrid a qualifié ces propos d'« inappropriés » et convoqué l'ambassadeur italien. En France, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a annoncé un renforcement des contrôles à la frontière avec l'Espagne. Les Pays-Bas ont appelé Madrid et Rabat à protéger les frontières extérieures de l'Union européenne.
À La Réunion, la fédération locale du Rassemblement national a réagi par la voix de son président Jean-Jacques Morel. Dans un communiqué, le RN 974 estime que la situation à Ceuta illustre une Europe « submergée » et dénonce ce qu'il qualifie d'échec des politiques migratoires européennes, affirmant que les conséquences pourraient se faire sentir jusque dans les outre-mer. Le mouvement appelle à soutenir Marine Le Pen, présentée comme, selon ses termes, « le vote ultime de salut pour la France ». Aux États-Unis, des responsables proches du président Donald Trump ont utilisé les images de Ceuta pour alimenter le débat sur l'immigration, en les comparant à la situation observée à la frontière américano-mexicaine sous la précédente administration.


5 commentaires
Je suis un peu surprise de voir ce sujet ici, c'est pas vraiment la ligne éditoriale habituelle du site. Cela dit l'angle sur la réaction du RN 974 est pertinent pour nous localement, ça je comprends. Mais j'aurais bien vu une mise en contexte plus poussée sur ce que ça implique concrètement pour les outre-mer, parce que l'affirmation que les conséquences pourraient se faire sentir jusqu'ici, elle est lancée comme ça sans aucune explication.
Le RN 974 qui s'exprime sur Ceuta pour parler des outre-mer, c'est un raccourci qui méritait peut-être un article à part entière.
Ce matin j'ai eu une cliente dans le taxi, une dame de Saint-Pierre, qui me dit que c'est la faute de l'Europe entière. Après j'en prends un autre, un jeune, il me dit que Meloni a raison. En vingt minutes, deux avis complètement opposés. C'est ça La Réunion, tout le monde a son analyse sur ce qui se passe à 10 000 kilomètres mais personne s'entend. Ce qui est sûr c'est que neuf morts en une nuit, là-dessus au moins mes clients étaient d'accord.
42 morts depuis le début de l'année dans ces eaux. C'est ça le chiffre qui compte, avant la politique.
Je comprends pas trop ce que ça vient faire sur entrepreneur.re honnêtement, mais bon. Ce qui me frappe c'est que les domoun parlent de Ceuta et en même temps dans mon centre-ville les loyers continuent à grimper et les clients se font rares. On a nos propres crises à gérer ici.