Plus de 200 000 hectares partis en fumée en France depuis 2022. Ce chiffre pèse lourd sur les engagements pris par Emmanuel Macron lors de l'entre-deux-tours de la présidentielle, à Marseille, quand il déclarait que sa politique « sera écologique ou ne sera pas ».
La polémique a pris de l'ampleur alors que d'importants incendies ravageaient la Gironde. Le gouvernement avait publié, le jeudi 23 juillet, une série de conseils sur les réseaux sociaux à destination des personnes souffrant d'éco-anxiété, définie comme un « état de détresse physique et émotionnelle » lié aux conséquences du changement climatique. La communication est tombée en plein milieu des feux. Sur les réseaux, de nombreux internautes ont dénoncé le décalage entre ce message de prévention et les moyens réellement consacrés à la lutte contre les incendies.
Au cœur des critiques : la question des Canadair. Le député La France insoumise Manuel Bompard affirmait sur BFMTV qu'une réduction de 50 millions d'euros du budget de la sécurité civile avait « mené à l'annulation de la commande de deux Canadair supplémentaires ». La sénatrice Les Républicains Françoise Dumont formulait le même constat dans un rapport publié en novembre 2024 : « Cette annulation a contraint la Direction générale de la sécurité civile à renoncer à la perspective de commande de deux Canadair. » Depuis, une commande européenne a été lancée dans le cadre du programme rescEU, qui permet aux États membres de mutualiser leurs moyens. Le gouvernement français a par ailleurs annoncé la commande de deux appareils dans le projet de loi de finances pour 2026. Leur livraison n'est pas attendue avant 2032.
En 2022, Emmanuel Macron avait promis de « passer de douze à seize Canadair en 2027 ». Cet objectif n'est pas encore atteint.
Le 27 juillet, le président de la République a adressé un message de soutien aux sapeurs-pompiers par radio : « Je veux vous dire le soutien de toute la Nation dans ce combat qui est le vôtre. » Le lendemain, sur le terrain, une question du chef de l'État a reçu une réponse sèche. Macron demandait si les avions pouvaient être utilisés la nuit. Un pompier lui a répondu : « La nuit, on n'y voit rien, il n'y a pas assez de visibilité et de sécurité. »
Ces échanges ont rappelé des revendications bien antérieures. Le 15 octobre 2019, plusieurs milliers de sapeurs-pompiers manifestaient à Paris pour réclamer davantage de moyens, une revalorisation de la prime de feu et de meilleures garanties face aux agressions. La mobilisation avait dégénéré en affrontements avec les forces de l'ordre, qui avaient eu recours à des gaz lacrymogènes, des canons à eau et des grenades de désencerclement. Plusieurs blessés avaient été recensés. En 2013 déjà, un pompier, Quentin Charron, avait été grièvement blessé à un œil lors d'une mobilisation similaire.


3 commentaires
Un point mérite d'être précisé : la réduction budgétaire citée dans l'article porte sur des crédits de paiement, pas nécessairement sur les autorisations d'engagement initiales. Ce n'est pas tout à fait la même chose en comptabilité publique, et l'amalgame peut induire en erreur sur la responsabilité réelle de l'annulation des commandes.
200 000 hectares brûlés, ça me retourne l'estomac. On parle toujours de forêts mais les terres agricoles partent aussi. Quand le feu passe près d'une exploitation, c'est des années de travail qui disparaissent en quelques heures, les légumes, les arbres fruitiers, tout. I fo pas attendre que ça arrive dans notre péi pour réagir, parce que la saison sèche ici, elle est sèche pour de vrai.
Ce qui me frappe, c'est que le même scénario se répète. On manque de moyens, les gens sur le terrain le disent depuis des années, et les annonces arrivent après la catastrophe. J'ai fait des tournées en Gironde avant de m'installer ici, j'ai des amis pompiers volontaires là-bas. Ce qu'ils décrivent ressemble à ce que les soignants ont vécu pendant le covid : des discours de soutien à la nation, et derrière, des commandes qui n'arrivent pas avant 2032.