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Le Sénat publie 21 recommandations pour l'économie des Outre-mer

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Le Sénat publie 21 recommandations pour l'économie des Outre-mer

Filières d’avenir : le Sénat appelle enfin à une véritable politique industrielle pour les Outre-mer - Crédit le journal de mayotte


La Délégation sénatoriale aux Outre-mer a publié ce mardi 7 juillet un rapport d'information sur les filières économiques d'avenir des territoires ultramarins, au terme d'un cycle de tables rondes et de plus de 60 auditions. Le document, porté par les rapporteures Annick Girardin, Vivette Lopez et Marie-Laure Phinéra-Horth, formule 21 recommandations et affiche une ambition explicite : « dessiner le visage économique des Outre-mer dans 20 ans ».

Le point de départ est chiffré. Les Outre-mer représentent plus de 4 % de la population française mais ne génèrent que 2,45 % du PIB national. Selon les projections de l'Agence française de développement (AFD), leur croissance pourrait rester quasi stagnante à l'horizon 2050 faute de nouveaux relais économiques. Pour les sénateurs, le problème n'est pas l'absence de projets ni d'initiatives : c'est l'incapacité structurelle à les transformer en filières solides et créatrices d'emplois.

Les filières historiques — pêche, canne à sucre, banane, nickel ou ylang-ylang à Mayotte — sont jugées insuffisantes pour porter seules le développement des territoires. Le rapport cite l'exemple de l'ylang-ylang mahorais, « qui n'a pas su résister à une concurrence internationale féroce mais se reconstruit lentement aujourd'hui », et plaide pour une réorientation vers des produits mieux valorisés — labels, transformation, gamme premium — ainsi que vers la valorisation des sous-produits : production d'électricité, compost, cosmétiques.

Sur les infrastructures, la délégation demande que les ports et aéroports ultramarins soient reconnus comme des infrastructures de souveraineté économique, avec une programmation pluriannuelle d'investissements associant l'État, les collectivités et les acteurs économiques. La souveraineté numérique est placée au même rang de priorité : le rapport préconise un plan ultramarin couvrant la sécurisation des câbles sous-marins, le développement de centres de données, le renforcement de la cybersécurité et la formation aux métiers du numérique. L'autonomie énergétique, adossée aux ressources locales de chaque bassin, complète ce tableau.

Pour répondre au manque de capitaux régulièrement signalé par les entrepreneurs lors des auditions, les sénateurs proposent deux créations institutionnelles. La première est un établissement financier public dédié aux entreprises ultramarines, qui regrouperait les activités du groupe Caisse des Dépôts, de l'AFD, d'autres opérateurs publics et les financements de France 2030. La seconde est un fonds d'investissement pan-ultramarin ciblant les entreprises innovantes en phase d'amorçage et d'accélération.

Le rapport recommande par ailleurs d'adapter certaines normes européennes aux réalités locales, notamment sur le renouvellement des flottes de pêche, le recyclage des déchets ou la responsabilité élargie des producteurs. Il préconise aussi un pilotage plus fin de l'octroi de mer pour accompagner les filières émergentes, une meilleure intégration des produits locaux dans le Bouclier qualité-prix et une préférence ultramarine dans certains marchés publics alimentaires.

Mayotte occupe une place particulière dans le document. La filière bambou y est présentée comme un biomatériau de construction compétitif face à l'importation de bois : « 80 % de la valeur reste injectée dans l'économie locale », relève le rapport, qui identifie des perspectives comparables pour une filière brique à Mayotte et en Guyane. Le data center mahorais est présenté comme un atout pour la souveraineté numérique et le développement de l'intelligence artificielle, à condition, précise le texte, de développer les modèles d'IA sur des données en français et de qualité.

Sur la formation et la transmission, le rapport propose la mise en place d'une gestion prévisionnelle des emplois dans chaque territoire, la création d'un statut de tradipraticien et l'expérimentation d'un « compagnonnage ultramarin » pour transmettre les savoir-faire locaux. Une enveloppe spécifique de l'Agence nationale de la recherche consacrée aux projets ultramarins est également recommandée.

« L'important est de rappeler quels sont les besoins des territoires ultramarins et comment leur donner l'élan nécessaire pour se développer. Il faut faire les choses pour les territoires d'Outre-mer, et pas seulement en Outre-mer. La différence est importante », déclare Annick Girardin. Les sénateurs espèrent que le rapport servira de feuille de route aux candidats à la prochaine élection présidentielle.

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