La mairie de Saint-Benoît et la Région Réunion s'affrontent publiquement depuis fin juin, à travers une série de communiqués portant sur le projet de zone d'activité de Beauvallon et plusieurs dossiers de financement liés au cyclone Garance.
Tout part du conseil municipal du mardi 30 juin. Le projet en débat : reclasser environ 3,5 hectares dans le secteur de la Rivière-des-Roches pour y développer des commerces et services, en complément d'une future zone de formation et d'activités économiques. La Région a rendu un avis défavorable. Le Parc national, le Département, la Cirest, la CCIR et la préfecture ont quant à eux émis des avis favorables ou sans remarques. Ces avis restant consultatifs, la modification du Plan local d'urbanisme a été votée à la majorité, avec l'abstention de l'opposition.
Lors de la séance, le maire Patrice Selly a interpellé la collectivité régionale : « Comment peut-on nous dire tous les quatre matins, comme le fait la Région, qu'on veut aider l'Est et favoriser le rééquilibrage territorial, et nous opposer un avis défavorable dès qu'on présente un projet, en invoquant un SAR [schéma d'aménagement régional] qui date de 2011 et qui est en cours de révision ? » Son premier adjoint, Ridwane Issa, a ajouté plusieurs griefs liés au fonds Restore, le dispositif de reconstruction post-Garance : le gymnase Christophe-Ramon n'a pas été retenu. La deuxième adjointe, Valentine Serrano, a soulevé le cas de l'école Raphaël-Elie, dont le financement a également été refusé.
La Région a répondu par un droit de réponse adressé au Quotidien, qualifiant les propos de « ouvertement polémiques » et y voyant « une incompréhension, sinon une mauvaise foi ». Sur Beauvallon, elle fait valoir que le secteur est identifié dans le Schéma d'aménagement régional comme un pôle à vocation régionale, destiné à l'industrie, l'artisanat, la logistique, la recherche ou la formation, et que le reclassement vers le commerce contreviendrait aux orientations en vigueur. Sur les financements, la collectivité explique que le gymnase Christophe-Ramon ne répondait pas aux exigences des fonds européens mobilisés via Restore, et que les travaux déjà engagés sur l'école Raphaël-Elie empêchent son éligibilité à une reconstruction complète. La Région a également cité ses investissements dans l'Est : 20 millions d'euros de fonds Feder pour la RN2, plus de 6 millions pour le transport en commun en site propre, 861 000 euros pour le Bassin Bleu. Elle a au passage pointé la Cirest comme « le seul EPCI » à ne pas avoir déposé de dossier sur l'adduction en eau potable dans le cadre du programme opérationnel Feder 2021-2027.
Patrice Selly a répliqué le samedi 4 juillet dans un communiqué intitulé « Saint-Benoît : nou lé pas plis, nou lé pas moin. Respecte a nou ». Il y affirme que le projet de Beauvallon respecte bien le SAR de 2011, dont le règlement autoriserait explicitement l'utilisation de 5 % du foncier du pôle d'activité régional pour des commerces et services. « La commune s'appuie sur une analyse juridique solide et tient à la disposition de la Région la note détaillée qui lui a déjà été transmise il y a trois ans, au cas où elle l'aurait égarée », écrit-il. Sur les financements régionaux mis en avant, le maire estime qu'ils correspondent à des fonds européens dont la Région n'est que gestionnaire. Il évoque aussi le dossier de l'IRTS, rappelant qu'un courrier de la présidente de Région avait confirmé en 2024 le maintien de l'établissement à Saint-Benoît et la création d'un nouveau campus à Beauvallon. « Plus aucune suite n'a été donnée à ce projet », regrette-t-il. Sur l'eau, il défend le choix de la Cirest de recourir à l'Office de l'eau plutôt qu'au Feder, jugeant ses modalités plus avantageuses.
« La vérité, c'est que notre commune a besoin d'actes, pas de communiqués », tranche Patrice Selly. « Quand la Région retire, retarde ou bloque des projets structurants par des avis défavorables, ce sont nos écoles, nos routes, nos zones d'activité, nos associations, notre jeunesse qui en paient le prix. » Le maire dit vouloir continuer à travailler avec la Région, mais prévient qu'il ne se contentera plus de ce qu'il qualifie de « belles incantations ». « Mon seul camp, c'est celui des habitants, pas celui des appareils politiques ou des jeux d'alliances », conclut-il.


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