La présidente de la Région Réunion, Huguette Bello, figure parmi les signataires d'une lettre ouverte adressée au Premier ministre par les présidents de Régions de France. Intitulé « Budget 2027 : ne sacrifiez pas l'avenir ! », ce texte dénonce les arbitrages budgétaires envisagés pour 2027 et réclame une réunion de travail à Matignon.
Les élus régionaux chiffrent l'effort déjà consenti : 1,7 milliard d'euros prélevés sur leurs ressources en 2025 et 2026, et une baisse des investissements de 1,3 milliard d'euros en 2025. Ils font valoir que les Régions supporteraient à elles seules un quart de l'effort demandé à l'ensemble des collectivités, alors qu'elles ne représentent que 11 % des dépenses.
Deux coupes concentrent les critiques. D'abord, la division par huit des soutiens à l'apprentissage pour les jeunes les plus modestes, évaluée à 235 millions d'euros. Ensuite, la réduction des crédits de formation professionnelle et d'emploi, à hauteur de 223 millions d'euros. Les signataires estiment que ces mesures fragilisent directement les jeunes, les travailleurs en reconversion et les entreprises des territoires.
La lettre rappelle qu'un engagement avait été pris lors du congrès de Régions de France en novembre 2025 : construire avec les élus régionaux les conditions de réussite du pays. Huit mois plus tard, les présidents de Régions disent ne pas avoir obtenu de réponse suffisante. « L'heure n'est plus aux postures », écrivent-ils, en demandant à être reçus rapidement par le chef du gouvernement.
Parmi les signataires figurent Carole Delga, présidente de Régions de France et de la Région Occitanie, Renaud Muselier, président délégué de Régions de France et président de Provence-Alpes-Côte d'Azur, ainsi que Xavier Bertrand, Valérie Pécresse, Ary Chalus, Serge Letchimy, Gabriel Serville et Gilles Simeoni.


9 commentaires
C'est drôle, ce matin j'avais une cliente qui me parlait justement de sa fille en alternance chez un coiffeur à Saint-André, elle était tellement fière. Si ces aides-là disparaissent, c'est des histoires comme ça qu'on n'entendra plus.
Cette lettre me fait penser à ce que Fernand Braudel appelait le « temps long » : les investissements qu'on sacrifie aujourd'hui, on les paie pendant des décennies. La formation professionnelle, l'apprentissage, c'est pas une dépense, c'est une infrastructure invisible. @Kelly a raison de pointer le concret, et ce que vivent les artisans comme PtiBatik en est la traduction parfaite. Ceux qui taillent dans ces lignes budgétaires ont rarement mis les pieds dans un atelier ou dans un chantier d'insertion à Bras-Panon.
Mon temps, on nous coupait déjà les vivres et on continuait quand même. Mais là, couper la formation des jeunes, c'est couper l'arbre pour avoir du bois.
@Lastron-Leïla, le ratio est effectivement frappant. Pour être précise : si les Régions représentent 11% des dépenses totales des collectivités et absorbent 25% de l'effort, ça signifie qu'elles contribuent plus du double de leur poids réel. En comptabilité on appellerait ça une charge disproportionnée par rapport à la base. Ce qui m'inquiète c'est l'effet sur la trésorerie des petites structures qui dépendent des versements régionaux, parce que quand les aides tardent ou diminuent, ce sont souvent les PME et les indépendants qui avancent les fonds en attendant.
@Lastron-Leïla, t'as raison et c'est pareil du côté des professions de santé libérales. Les aides à la formation continue, à l'installation, c'est ce qui fait qu'on reste dans les zones sous-dotées comme le sud ou les hauts. Si on coupe là-dedans, les territoires qui souffrent déjà le plus vont encore moins attirer de professionnels. J'ai quitté le 94 pour m'installer ici et je le referais, mais là on parle de sabrer exactement ce qui retient les gens d'aller ailleurs.
Ici à Salazie on vit déjà avec des routes coupées la moitié de l'année, des prix de transport qui mangent nos marges, et des aides qui mettent des mois à arriver. Si la Région n'a plus les moyens d'accompagner les producteurs des hauts, je vois pas comment les jeunes du cirque vont s'installer en agriculture. C'est pourtant eux qui peuvent reprendre les exploitations.
La réduction des crédits de formation professionnelle, ça va se sentir concrètement dans les entreprises. On a déjà du mal à financer les reconversions de nos salariés, les dossiers sont de plus en plus longs à monter, et là on risque d'avoir encore moins de leviers. Je regarde ça avec beaucoup d'inquiétude.
On représente 11% des dépenses et on absorbe 25% de l'effort, lé pa fasil comme calcul pour les Régions. La Réunion a déjà peu de marges, là ça va faire mal direct sur le terrain.
La coupe sur l'apprentissage, c'est là que ça me touche vraiment. J'ai formé deux jeunes en alternance ces deux dernières années, et sans les aides régionales, j'aurais jamais pu me le permettre avec mon petit atelier. Diviser par huit ces soutiens pour les plus modestes, c'est clairement fermer la porte à des mains qui auraient pu apprendre un vrai métier. Espérons que cette lettre sera entendue, pas juste classée dans un tiroir à Matignon.