Des cigarettes électroniques non conformes représenteraient près de la moitié du marché local en moins d'un an. C'est l'un des chiffres avancés dans une étude menée par Imperial Brands, acteur du secteur du vapotage, qui documente la progression de ces produits à La Réunion. La source invite à la prudence, mais le constat rejoint ce que l'on observe déjà sur le terrain.
Les produits visés ne respecteraient pas les seuils fixés par la réglementation française : les réservoirs ou cartouches préremplis sont légalement limités à 2 millilitres, les flacons de recharge contenant de la nicotine à 10 millilitres. Certains articles présents sur le marché réunionnais s'affranchiraient de ces limites. D'autres circuleraient sans dispositifs de sécurité suffisants ou sans protection adéquate contre les fuites.
Ce qui préoccupe aussi, c'est la forme que prennent ces produits. Noms évoquant des confiseries, visuels proches de l'univers des dessins animés ou des jeux vidéo, grands formats dits « big puffs » : leur présentation tranche nettement avec celle d'un produit destiné aux adultes. Or les chiffres disponibles montrent que les adolescents réunionnais sont déjà largement exposés au vapotage. À 17 ans, 57,7 % déclarent avoir déjà expérimenté la cigarette électronique et 4,9 % en feraient un usage quotidien. Dans les collèges et lycées de l'île, 34 % des élèves avaient déjà testé la vape en 2023, et 2 % déclaraient un usage quotidien.
Des contrôles ont déjà eu lieu, notamment aux abords d'établissements scolaires, avec des saisies de puffs, désormais interdites à la vente. Des actions de sensibilisation ont également été conduites auprès des jeunes et de leurs familles. Mais l'étude insiste sur la nécessité de renforcer les contrôles auprès des distributeurs, grossistes, importateurs et vendeurs, tant que ces produits continuent d'alimenter les circuits de distribution.
Le cadre légal existe : Code de la santé publique, arrêté du 19 mai 2016 sur les produits du vapotage contenant de la nicotine, réglementation européenne sur l'emballage des substances et mélanges. La difficulté tient à l'intensité des contrôles et à l'application effective des sanctions. La situation crée par ailleurs une concurrence jugée déloyale pour les professionnels qui respectent les règles.


6 commentaires
@David, tu as raison et c'est le même problème qu'on se tape dans le BTP depuis des années. Moi je paye mes cotisations, je déclare mes gars, j'ai l'inspection du travail qui débarque sur le chantier quand elle veut. Et y'a des boîtes qui cassent les prix parce qu'elles font pas la moitié de tout ça. Les contrôles, i fo les faire vraiment, pas juste pour la vitrine, que ce soit sur les vapes ou ailleurs.
Dans la canne, on a des contraintes phytosanitaires qui nous tombent dessus à chaque campagne, des dosages réglementés à la virgule près, des contrôles de la coopérative avant même de livrer. Alors voir débarquer des produits comme ça, sans étiquetage sérieux, sans respect des seuils, vendus à deux pas des lycées, ça laisse un goût amer. Si on appliquait la même logique dans l'alimentaire, on nous fermerait nos exploitations en quinze jours.
Ça me rappelle ce qu'Ivan Illich décrivait dans "Nemesis médicale" : une société qui fabrique des risques en masse et délègue ensuite la réparation à des institutions dépassées. Ici on a exactement ça, des produits conçus pour contourner les règles, des visuels pensés pour séduire les plus jeunes, et un cadre légal qui existe sur le papier mais peine à s'imposer dans les faits. La question n'est pas vraiment réglementaire, elle est politique au sens plein du terme : jusqu'où accepte-t-on que le marché régule ce que les pouvoirs publics ne parviennent pas à contrôler ?
Moi qui galère à faire certifier chaque ingrédient de mes cosmétiques avant de les mettre en vente, je comprends la frustration des professionnels sérieux du secteur.
Les visuels style dessin animé et les noms qui sonnent comme des bonbons, c'est clairement du dark pattern appliqué au packaging physique. On connaît bien la technique dans le numérique, là c'est la même chose mais pour cibler des gosses de 13 ans. 57% à 17 ans qui ont déjà testé, c'est un chiffre qui fait mal.
On se bat pour offrir une image propre de l'île aux touristes, on soigne nos restaurants, on respecte les règles sanitaires à la lettre, et pendant ce temps des produits sans aucun contrôle circulent librement dans nos rues. Les familles qui viennent passer leurs vacances au bord du lagon, elles voient ça aussi. C'est pas le genre de vitrine qu'on veut donner du péi.