La Ville de Saint-Denis a reconnu que des photographies publiées à l'occasion de la pose de la première pierre du futur gymnase de Champ Fleuri, le mardi 30 juin, ne montraient plus Huguette Bello, présidente de la Région Réunion, pourtant présente lors de la cérémonie aux côtés de la maire Ericka Bareigts.
C'est Le Tangue, journal satirique réunionnais, qui a relevé l'absence en premier. L'information a ensuite circulé rapidement sur les réseaux sociaux. Plusieurs clichés mis en ligne sur les comptes officiels de la Ville semblaient avoir été retravaillés pour effacer celle qui figurait au premier rang quelques heures plus tôt. Le détail a son importance : le gymnase est réalisé sous maîtrise d'ouvrage de la Région, qui en assure en partie le financement.
Dans un communiqué, le Parti Pour La Réunion (PLR), fondé par Huguette Bello, a dénoncé une « communication biaisée ». Le parti estime que « plusieurs observateurs ont relevé que la communication officielle de la maire de Saint-Denis a réussi le tour de force de publier des photographies de l'évènement occultant la présidente de la Région Réunion, Huguette Bello, alors même que cet équipement est réalisé par la Région ». Le PLR nuance toutefois : « nul doute que la maire de Saint-Denis ne peut cautionner de telles pratiques et que la publication de cette page a échappé à son contrôle ».
La mairie a reconnu les faits sans ambiguïté, tout en récusant toute lecture politique. « Il s'agit vraiment d'une initiative propre d'un agent qui a échappé au circuit de validation », affirme la municipalité, précisant qu'« aucune consigne n'a jamais été donnée pour retirer la présidente de Région de la communication municipale. C'est vraiment une bêtise qu'il a faite, c'est tout. Il n'y avait aucune volonté de notre part de retirer Mme Bello d'une photo. » La Ville ajoute qu'« une initiative personnelle est passée à travers les mailles du filet » et que le partenariat avec la Région « a été pleinement assumé tout au long de la séquence », y compris dans le discours de la maire.
Sur les suites internes, la position est sans équivoque : « Aucune sanction disciplinaire n'est envisagée contre l'agent concerné. C'est un bon agent qui a fait une bêtise. Avec le volume très important de contenus produits chaque jour, il peut arriver qu'il y ait des couacs. »
L'affaire survient dans un contexte de rivalité latente entre les deux élues, qui incarnent chacune une figure de la gauche réunionnaise. Leurs divergences alimentent depuis plusieurs années les spéculations sur un affrontement aux prochaines élections régionales. Aucun élément établi ne permet cependant d'attribuer la disparition des photographies à une décision politique. Le seul fait reconnu reste celui que la Ville a elle-même admis : une publication qui n'a pas suivi le circuit de validation interne.


8 commentaires
Une précision utile peut-être : dans une collectivité territoriale, un agent titulaire ne peut pas faire l'objet d'une sanction disciplinaire sans que soit respectée une procédure très encadrée par le statut de la fonction publique territoriale, conseil de discipline compris pour les sanctions au-delà du premier groupe. La mairie ne dit peut-être pas autre chose quand elle parle d'absence de sanction, mais la formulation "c'est un bon agent qui a fait une bêtise" mériterait d'être un peu plus précise sur ce point.
@Tonton Bébert, ça me parle ce que tu dis. En RH, quand on décide de ne pas sanctionner, il faut au moins un entretien, une trace écrite, quelque chose qui montre qu'on a traité le sujet sérieusement. Dire publiquement "c'est un bon agent qui a fait une bêtise" sans aucune suite formelle, ça envoie un signal ambigu à toute l'équipe. Les autres agents du service com se posent forcément des questions sur ce qui est toléré ou pas.
Quand j'emmène des randonneurs à Mafate, je leur explique toujours que dans les cirques, tout le monde se voit, rien ne se cache longtemps. Ce péi-la, c'est pareil, une photo modifiée ça circule plus vite que la brume descend sur Cilaos. Ce qui m'interpelle surtout, c'est que le gymnase est financé par la Région, donc effacer la présidente d'une inauguration c'est aussi effacer une partie de l'histoire du projet, celle qui appartient aux habitants de Saint-Denis.
J'essaie de comprendre comment ça fonctionne concrètement dans une mairie : qui valide les publications sur les réseaux, c'est le service com en interne ou il y a une agence externe qui intervient ? Parce que si un seul agent peut publier des photos retouchées sans que personne ne s'en rende compte, ça dit quoi de l'organisation du workflow ?
La communication des collectivités produit effectivement des volumes de contenu très importants, c'est une réalité. Mais le circuit de validation existe précisément pour éviter ce type d'incident sur des événements à fort enjeu partenarial. Qu'un gymnase réalisé sous maîtrise d'ouvrage régionale donne lieu à une publication où la présidente de Région disparaît, c'est un couac dont le caractère accidentel mérite, disons, d'être sérieusement documenté en interne.
Je veux bien croire à l'erreur humaine, mais un agent qui retouche des photos officielles pour effacer une personnalité de premier rang sans que personne ne valide, ça suppose quand même un accès aux outils, du temps, et une certaine liberté d'action. Y'a un vrai problème de process dans ce service communication, non ? L'article ne dit pas combien de temps les photos retouchées sont restées en ligne avant d'être signalées. Ce serait une info utile pour juger de la réactivité.
Ces histoires de photos retouchées, on en entend parler jusqu'à Salazie. Les familles ici elles ont d'autres préoccupations avec la saison qui commence mal et les ravines qui débordent, mais bon, ça fait causer quand même.
Un agent qui fait une bêtise, pas de sanction, on passe à autre chose. C'est toujours les mêmes qui paient quand c'est un travailleur lambda, mais là on protège le bon soldat. Dans les années 80 au Port, quand un docker faisait une erreur qui coûtait à la boîte, on n'entendait pas parler de mansuétude. La politique lé pa fasil à cacher, mais apparemment les photos oui.