Dans une tribune, Maître Brigitte Hoarau interpelle les responsables politiques réunionnais sur leur silence face aux violences faites aux enfants, tout en saluant les mesures annoncées le 18 juin par le Conseil départemental de La Réunion.
Le constat est connu : en France, près de 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année, soit un enfant toutes les trois minutes. La Réunion figure parmi les territoires les plus touchés. C'est dans ce contexte que le Conseil départemental, chef de file de la protection de l'enfance, a présenté le 18 juin de nouvelles mesures lors d'une conférence de presse réunissant le président du Département, la Première Présidente de la Cour d'appel de Saint-Denis et la Procureure Générale, en ciblant en priorité les enfants de moins de 3 ans.
Quatre axes ont été présentés : la création d'une équipe dédiée et d'une Direction de la prévention pour les moins de 3 ans, le lancement prochain d'un numéro d'écoute destiné aux enfants, aux femmes victimes de violences intrafamiliales et aux assistants familiaux, une sensibilisation assurée par la Cellule de recueil des informations préoccupantes dès la rentrée de septembre dans les écoles du premier degré, et la création de 30 postes de travailleurs sociaux accompagnée d'un renforcement de l'accueil familial.
D'autres mesures complètent le dispositif : formation des équipes périscolaires au repérage des situations de danger, déploiement de caravanes d'accès aux droits dans les quartiers, et renforcement des liens avec les unités d'accueil pédiatriques spécialisées dans la prise en charge des enfants victimes d'agressions sexuelles.
Maître Hoarau juge ces annonces positives, mais insuffisantes sans engagement politique durable. Elle pointe nommément l'absence de prises de parole publiques, citant Karine Lebon comme exception. Les enfants n'ont pas de lobby, écrit-elle — ils dépendent de notre courage collectif.


9 commentaires
Je me demande si les formations proposées aux équipes périscolaires seront accessibles aussi aux jeunes en stage ou en service civique qui travaillent auprès des enfants, parce que c'est souvent eux qui sont en première ligne et qui ne savent pas quoi faire quand ils repèrent quelque chose d'inquiétant.
@Patrick974, tu poses la bonne question sur le financement. Ce que je vois dans mon métier, c'est que les structures mal pensées au départ coûtent deux fois plus cher à corriger ensuite. Créer une Direction de la prévention, des équipes dédiées, des caravanes mobiles, tout ça c'est bien, mais si l'architecture institutionnelle derrière n'est pas solide, ça s'effondre comme un bâtiment sans fondations. Trente postes sur du provisoire, c'est comme poser un bardage sur une façade fissurée.
Les annonces, ça coule comme l'eau. Ce qui compte c'est ce qui reste après. J'ai vu des plans pour la pêche, des plans pour le tourisme, des plans pour tout. À la fin, les marmaille ils attendront encore.
Ce que dit Me Hoarau sur le courage collectif, ça me touche. Les marmaille de ce péi méritent mieux que des annonces qui restent sur le papier.
Ces annonces c'est bien, mais sans un vrai plan de communication autour, ça va rester invisible pour beaucoup de familles. Le déploiement de caravanes dans les quartiers c'est une bonne idée, mais comment les gens vont savoir que c'est là, si y'a pas de relais local, pas d'affichage, pas de présence en ligne ? On a des outils aujourd'hui pour toucher tout le monde, il faudrait que les institutions s'en emparent vraiment.
Les 30 postes de travailleurs sociaux annoncés, c'est bien, mais il faudrait savoir sur quelle durée ils sont financés et dans quel cadre budgétaire. Ce péi a une longue habitude d'annonces dotées de crédits provisoires qui disparaissent dès le prochain cycle électoral. Me Hoarau a raison de pointer le manque d'engagement politique durable : sans ligne budgétaire pérenne et sans indicateurs de résultats rendus publics chaque année, ces mesures risquent de rester des effets d'annonce. La question que je pose n'est pas cynique, elle est pratique : qui contrôle l'exécution ?
Ce qui me frappe c'est qu'elle cite Karine Lebon comme la seule exception parmi les élus. Les autres, où ils sont ? Une tribune comme celle de Me Hoarau ça mérite une réponse publique, pas le silence. Si les institutions veulent que les domoun fassent confiance au système, faut que les responsables politiques mouillent le maillot aussi, pas juste au moment des conférences de presse.
Le numéro d'écoute pour les enfants, il était temps ! Sur le front de mer je croise des familles tous les jours et des fois t'entends des choses qui te font mal au coeur, les marmaille ils savent pas toujours à qui parler.
Ici dans le cirque on voit des choses qu'on préfèrerait ne pas voir, et souvent les familles se taisent parce qu'elles ont peur du jugement. Ce que dit Maître Hoarau sur le silence des élus, ça résonne fort. Trente postes de travailleurs sociaux c'est bien, mais y'a des familles à Salazie qui n'ont même pas accès à ces services tellement les routes sont coupées après chaque pluie. On espère que les caravanes dont ils parlent monteront vraiment dans les hauts.