La France a pris la présidence tournante de la Commission de l'océan Indien (COI) lors du 40e Conseil des ministres, ouvert le 8 juin à Moroni. Une passation de pouvoir suivie avec attention à Mayotte, dont l'intégration à l'organisation régionale reste bloquée par l'opposition des Comores.
Jean-Noël Barrot l'a dit sans détour devant l'Assemblée nationale le 2 juin : « L'intégration de Mayotte dans la COI sera une priorité de la présidence française. » La ministre déléguée à la Francophonie, Éléonore Caroit, s'est rendue à Moroni pour porter ce message. Le verrou reste pourtant entier. L'adhésion de Mayotte à la COI exige l'unanimité des cinq États membres — et les Comores, qui refusent de reconnaître la souveraineté française sur l'île, disposent de fait d'un droit de veto.
Le 24 avril 2025, au sommet de la COI à Antananarivo, Emmanuel Macron avait rappelé que la France était le premier bailleur de l'organisation, notamment via l'Agence française de développement (AFD), qui gère un portefeuille de 125 millions d'euros. « Nous ne pouvons pas laisser un territoire et ceux qui y vivent à l'écart d'un certain nombre de nos programmes », avait-il déclaré. La réponse du président comorien Azali Assoumani avait été tranchée, formulée avec une pointe d'ironie : « L'ADN de la COI, c'est le respect du droit international. Or, en vertu du droit international, l'île de Mayotte est une île comorienne. »
Côté mahorais, la frustration est vive. La députée Estelle Youssouffa a dénoncé le 2 juin une situation où « Paris s'incline scandaleusement face à Moroni, alors que nos impôts contribuent aux centaines de millions d'euros qui financent cette organisation dont Mayotte est exclue ». Sa collègue Anchya Bamana avait, un an plus tôt, parlé d'une « véritable humiliation ».
Face aux blocages institutionnels, Paris mise sur une intégration par contournement. Une convention signée en avril 2025 prévoit le déploiement d'agents départementaux mahorais dans les ambassades françaises à Maurice, Madagascar et au Mozambique. Un Comité d'Insertion Régionale de Mayotte (CIRM) devait accompagner ce dispositif — mais plus d'un an après son annonce, aucun bilan public n'a été communiqué. Des délégations mahoraises ont toutefois participé au Conseil des ministres de la COI et au sommet Africa Forward au Kenya. « Nous déployons un dialogue exigeant et une diplomatie pragmatique », a résumé Jean-Noël Barrot.
Le contexte géopolitique complique encore l'équation. À Madagascar, le coup d'État du 12 octobre 2025 a ouvert la voie à un rapprochement avec Moscou. La Russie a affiché son soutien aux revendications malgaches sur les îles Éparses, administrées par la France. Aux Comores, l'ouverture prochaine d'une représentation diplomatique russe à Moroni obéit à une logique similaire : en appuyant l'argumentaire d'Azali Assoumani sur Mayotte, Moscou défend une lecture du droit international qui fait écho à ses propres positions sur l'Ukraine. Maurice, de son côté, continue de revendiquer l'île de Tromelin, sous souveraineté française. Seules les Seychelles se montrent plus réservées sur ces sujets.
Dernier dossier en suspens : les Jeux des îles de l'océan Indien, prévus en 2027 aux Comores. Les athlètes mahorais n'y sont pas autorisés à arborer les emblèmes français ni à entendre La Marseillaise en cas de victoire. L'Assemblée de Mayotte a engagé une consultation pour décider d'une éventuelle participation ou d'un boycott.


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