La brigade financière de La Réunion a ouvert une nouvelle enquête visant David Vital, ex-dirigeant de la société Prométhée déjà condamné en avril dernier à cinq ans de prison dont trois avec sursis pour fraude fiscale, corruption et abus de biens sociaux. Les enquêteurs soupçonnent cette fois un chef d'entreprise du BTP d'avoir versé plusieurs centaines de milliers d'euros à l'homme d'affaires, en échange d'une intervention supposée dans une affaire d'enlèvement jugée à Saint-Pierre.
Pour comprendre cette nouvelle affaire, il faut revenir au 28 juillet 2024. Ce soir-là, le fils d'un restaurateur, 19 ans, se rend dans une villa familiale à Saint-Pierre pour y rencontrer l'associé de son père. Les deux hommes sont en conflit ouvert sur la gestion de leur établissement. À peine sorti de son véhicule, le jeune homme est encerclé par six individus cagoulés, armés d'un sabre et d'un poing américain, et embarqué de force à bord d'une Volvo blanche, direction le parking du pont de l'Entre-Deux.
Sur place, le commando lui confisque la recette du jour et le menace de mort — les ravisseurs envisagent de le précipiter du pont en faisant passer le crime pour un suicide, le lieu s'y prêtant par sa sinistre réputation. Une porte de sortie lui est proposée : son père devra accepter un rendez-vous chez le comptable pour entériner une procédure collective sur le restaurant. Terrorisé, le jeune homme sert de « monnaie d'échange », selon les termes des magistrats. Son père, alerté, prévient la police. Les six membres du commando sont interpellés.
Parmi eux figure le commanditaire présumé : Jean-François L., dit « Titi », actif dans le BTP et détenteur de parts dans le restaurant visé. Il est aussi l'employeur de plusieurs membres du groupe. Tous six sont mis en examen pour enlèvement et extorsion de fonds. En septembre 2025, ils écopent de peines allant de trente mois dont dix-huit avec sursis à un an avec sursis pour le moins impliqué. « Titi » s'en sort avec deux ans de prison intégralement assortis du sursis.
C'est précisément cette issue qui a retenu l'attention des enquêteurs. Au fil de leurs investigations, les policiers de la brigade financière ont établi un lien entre « Titi » et David Vital : de nombreux chèques sans ordre émis par le chef d'entreprise auraient été encaissés par la société de l'ex-dirigeant de Prométhée, en contrepartie de factures suspectées d'être fictives. D'autres chèques auraient transité par des intermédiaires ou changé de mains autour de tables de poker fréquentées par David Vital. Certaines formules atteignaient plusieurs dizaines de milliers d'euros — jusqu'à 50 000 euros selon nos informations — pour un total estimé à plusieurs centaines de milliers d'euros.
La question que posent désormais les enquêteurs est directe : « Titi » aurait-il financé une tentative d'étouffement de l'affaire, persuadé que David Vital disposait d'une influence sur le cours de l'enquête grâce à sa proximité supposée avec certains magistrats ? Les faits visés sont la fraude fiscale, le blanchiment et le trafic d'influence. La semaine dernière, une perquisition a été menée au domicile d'un suspect, suivie de gardes à vue. L'enquête se poursuit.


0 commentaire
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier !