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Beaufonds : 2,5 M€ pour un musée dédié à l'ancienne sucrerie

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Beaufonds : 2,5 M€ pour un musée dédié à l'ancienne sucrerie

Saint-Benoît : un appel aux Réunionnais pour reconstituer la mémoire de l’ancienne usine de Beaufonds - Crédit Zinfos974 - Société


La distillerie Rivière du Mât, à Beaufonds, lance un appel à témoins pour reconstituer l'histoire de l'ancienne sucrerie du site, fermée en 1995. Anciens salariés, habitants, familles : tous ceux qui détiennent photographies, plans, films, outils ou documents d'époque sont invités à se manifester. Le but est d'alimenter un futur espace muséal dont les travaux doivent démarrer au second semestre 2026.

Le projet, estimé à 2,5 millions d'euros, figure parmi les 18 sites retenus par le Loto du patrimoine 2026. L'État, l'Europe et la Direction des affaires culturelles devraient financer près de la moitié de l'opération. La livraison est prévue fin 2027. Au programme : la réfection des maçonneries et la restauration des toitures d'un bâtiment de stockage en pierre dont la couverture en tôle ondulée est partiellement effondrée. L'aménagement intérieur et la scénographie viendront ensuite s'intégrer au parcours de visite existant.

« Aujourd'hui, chacun connaît un morceau de l'histoire de Beaufonds, mais personne n'en possède la vision complète », dit Teddy Boyer, directeur de la distillerie. « Certains ont connu l'époque de la sucrerie, d'autres celle de la distillerie. Nous voulons créer un fil conducteur qui raconte l'histoire du site depuis ses origines jusqu'à aujourd'hui. » Le directeur pointe une urgence : « Depuis la fermeture de la sucrerie en 1995, toute une partie de cette mémoire s'est progressivement effacée. »

L'histoire industrielle de Beaufonds remonte à la fin des années 1820. La sucrerie, créée par les frères Hubert Delisle, apparaît dès 1830 dans le registre de l'ingénieur Wetzell sous le nom de « Veuve Aguier et Delisle ». La distillation s'y ajoute à partir de 1886. Pendant plus d'un siècle, sucre et rhum ont marqué le quartier et plusieurs générations de familles de l'Est de l'île. Le site est racheté en 2012 par la distillerie Rivière du Mât (La Martiniquaise), qui a notamment préservé la cheminée en moellons et pierres de basalte, inscrite à l'inventaire des monuments historiques depuis le 27 juin 2002 et restaurée en 2023.

Au-delà des bâtiments, le futur musée devra documenter les innovations industrielles associées au site, dont celles liées à Maxime Rivière, figure de l'industrie sucrière et dirigeant de Quartier Français, notamment dans le fonctionnement des moulins et l'utilisation de la bagasse comme source d'énergie. Le projet s'inscrit par ailleurs dans le développement du « spiritourisme », secteur sur lequel mise la distillerie pour renforcer l'attractivité touristique de l'Est de l'île.

Les personnes souhaitant transmettre témoignages ou documents peuvent contacter la distillerie au 02 62 50 27 32 ou à l'adresse [email protected].

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Mots clés : Industrie Rhum Patrimoine

7 commentaires

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T
Tom Bib 18/07/2026 à 11:44

Ce que Teddy Boyer décrit, cette mémoire fragmentée où chacun détient un morceau sans avoir accès au tout, ça m'a fait penser à l'approche de Pierre Nora dans ses Lieux de mémoire. Il y montrait comment la mémoire collective ne se préserve pas toute seule, qu'il faut des institutions, des espaces, des récits construits pour qu'elle survive au-delà des générations qui l'ont vécue. Ce musée à Beaufonds, s'il est bien conçu, pourrait être exactement ça : un lieu qui transforme une expérience ouvrière locale en quelque chose de transmissible. La vraie question sera dans la scénographie, dans la façon dont on laisse la parole aux anciens salariés plutôt que de simplement exposer des outils derrière des vitres.

A
Anaëlle 18/07/2026 à 11:17

Est-ce que quelqu'un sait si le projet prévoit des partenariats avec des universités ou des écoles pour la partie scénographie et documentation historique ? Je me demande si des étudiants en histoire ou en design pourraient s'y intégrer, ça pourrait être une vraie opportunité de stage ou même de projet de fin d'études.

S
Sandrine 18/07/2026 à 10:57

@Bichik, tu as raison, 1995 c'est pas si loin, mais en comptabilité on dit souvent que 30 ans sans archivage structuré c'est une génération de données perdues. Ce que le projet à 2,5 M€ essaie de rattraper, en gros.

L
Lulu 18/07/2026 à 10:25

Mon père travaillait pas là-bas mais j'ai des clients qui viennent du côté de Bras-Panon, des anciens, et eux i fo les entendre raconter la sucrerie, les campagnes de coupe, les journées à n'en plus finir. Moi je dis bravo pour ce projet, parce que la mémoire du péi c'est aussi ce qui fait que les gens viennent manger chez nous, voyager, découvrir. Un musée comme ça ça attire du monde, et ça profite à tout le monde dans l'Est.

B
Bichik 18/07/2026 à 09:10

1995, lé pa si loin que ça, et pourtant c'est déjà presque oublié.

J
Jean-Claude B. 18/07/2026 à 09:05

J'ai eu un client la semaine dernière, un vieux de Sainte-Rose, il m'a dit que son père avait bossé à Beaufonds toute sa vie. Y'a des familles entières dans l'Est qui ont vécu de cette sucrerie. Si ils ont des photos ou des outils qui trainent au fond d'un tiroir, là c'est le moment de les sortir.

T
Tom de l'Étang 18/07/2026 à 09:01

Ce qui me frappe dans ce projet, c'est la notion de mémoire collective qui s'efface. J'ai des patients qui ont travaillé dans des usines sucrières pendant des décennies, et quand ils partent à la retraite, toute cette connaissance incarnée disparaît avec eux. Préserver ça avant que la génération des anciens ne soit plus là, c'est une vraie urgence, pas seulement culturelle.