Condamné par défaut vendredi par le tribunal judiciaire de Saint-Denis, Dhoihir Dhoulkamal, ancien ministre des Affaires étrangères de l'Union des Comores, a écopé de deux ans de prison ferme pour escroquerie aux prestations sociales. Son épouse, Jeanine Chakir, a été condamnée à un an de prison ferme et à une interdiction de territoire français de cinq ans. Tous deux sont soupçonnés d'avoir détourné 339 052 euros auprès de la CAF et de la CGSS de La Réunion entre 2011 et 2020. Ni l'un ni l'autre n'était présent à l'audience.
Le montage est méthodique. Dès 2006, Jeanine Chakir s'installe à La Réunion avec les quatre enfants du couple et sa mère, se déclarant parent isolé sans ressources. Le couple est enregistré comme sans revenus, ce qui lui ouvre droit au RMI puis au RSA, aux allocations familiales, à l'allocation logement, à la prime de Noël et à l'allocation de rentrée scolaire. Leur adresse : la résidence Ylang Ylang, rue de la Digue à Saint-Denis.
Pendant ce temps, Dhoihir Dhoulkamal gravit les échelons politiques aux Comores. Secrétaire général à Anjouan entre 2011 et 2012, commissaire des finances, puis député de l'assemblée de l'Union des Comores à partir du 6 mars 2015, il devient ministre des Affaires étrangères le 28 septembre 2020. À ce poste, il perçoit un salaire mensuel estimé entre 1 500 et 2 000 euros — jamais déclaré. Les services fiscaux français ignoraient jusqu'à son existence.
Pour brouiller les pistes, il avait inversé son nom et son prénom dès sa première demande de RMI en 2008 : enregistré sous l'identité « Dhoulkamal Dhoihir », il présentait la copie d'un passeport à la place de ses documents français, alors qu'il avait acquis la nationalité française dès le 2 février 2000. Les noms de ses trois premiers enfants comportaient une faute d'orthographe dans les dossiers — corrigée discrètement des années plus tard, validée à chaque fois par le même officier d'état civil. Des virements mensuels de 1 000 euros alimentaient le compte d'un enfant mineur du couple, en provenance d'une société implantée à Mayotte. Son épouse, de son côté, a reçu plus de 40 000 euros en deux ans pendant la période où son mari siégeait comme député.
L'enquête, conduite par la section de recherches de Saint-Denis, s'est heurtée à de nombreux obstacles. Dhoihir Dhoulkamal bénéficiait d'une immunité diplomatique tant qu'il occupait ses fonctions ministérielles. Le 9 mai 2023, il était encore reçu officiellement au quai d'Orsay par Gérald Darmanin et Catherine Colonna, dans le cadre de négociations liées à l'opération « Wuambushu » et à la liaison Mayotte-Anjouan. Les investigations n'ont repris qu'après son départ du gouvernement comorien, le 9 juillet 2024 — sans résultat. Son épouse avait quitté La Réunion avant d'être interpellée. Aucun des deux n'a jamais été appréhendé, malgré un mandat de recherche international.
« C'est une action concertée des deux prévenus pour profiter de toutes les failles du système à La Réunion », a résumé la procureure de la République Véronique Denizot. Elle a ajouté qu'« il doit naviguer entre les Comores et Mayotte sans être inquiété par la justice française ». Le préjudice déclaré par la CAF s'élève à 251 570 euros, auxquels s'ajoutent 10 000 euros pour atteinte à l'image. La CGSS chiffre sa perte à 88 482 euros. Le recouvrement de ces sommes, selon les acteurs du dossier, paraît peu probable.


5 commentaires
@David, out frère tu dis tout ! Moi pareil, chaque trimestre je sors ma calculette pour payer la CGSS, jamais un jour de retard, et au final cet argent part dans les poches de quelqu'un qui finissait ministre. Le pire c'est qu'on va jamais revoir la couleur de ces 339 000 euros, ils l'ont dit clairement dans l'article.
Ce qui me choque autant que la fraude, c'est que l'homme était reçu officiellement au quai d'Orsay en mai 2023 pendant que l'enquête existait déjà. La communication diplomatique française d'un côté, la justice de l'autre, et visiblement les deux ne se parlaient pas. On parle de systèmes qui ne sont pas connectés, et ça coûte 339 000 euros à nos organismes sociaux.
Une précision utile pour les lecteurs : la condamnation par défaut signifie que les prévenus absents peuvent relever appel dans un délai de dix jours à compter de la signification du jugement, ce qui suspend l'exécution. Concrètement, tant qu'ils restent hors d'atteinte et que le jugement n'est pas définitif et exécutoire à leur égard, le recouvrement des sommes dues reste effectivement très hypothétique. L'article le note, mais c'est important d'en comprendre la raison procédurale.
Moi je galère à boucler les fins de mois avec mon resto, je paye mes charges à la CGSS rubis sur l'ongle, et y'a des gens qui pompe 339 000 euros sur dix ans sans que personne ne bouge ! Franchement lé pa fasil d'accepter ça.
Je guide des groupes dans les cirques depuis des années, je rencontre des gens de partout, et honnêtement ce genre d'affaire me laisse sans voix. Des gens vivent ici, dans notre péi, profitent des aides pendant une décennie, et le monsieur est en train de gravir les sommets politiques aux Comores pendant ce temps. C'est une histoire qui mérite d'être racontée, et je suis content qu'on la rapporte ici.