Six mois de délai supplémentaire. Le procès en appel d'Olivier Hoarau, maire du Port, et de son ex-premier adjoint Fayzal Ahmed-Vali a été renvoyé au 26 novembre prochain. Les deux hommes, condamnés en première instance pour recel d'abus de confiance et blanchiment dans l'affaire des fonds Mercialys, devaient comparaître devant la chambre des appels correctionnels de Saint-Denis. L'audience n'a pas pu se tenir.
Ce report survient dans un contexte judiciaire déjà tendu. À La Réunion, les juridictions accumulent les difficultés : sous-effectifs de magistrats au tribunal de Saint-Pierre, tensions managériales à la cour d'appel de Saint-Denis, juges d'instruction débordés, volume de dossiers en hausse constante. Autant de facteurs qui allongent les délais de justice, au détriment des victimes et des justiciables.
L'affaire remonte au projet Cap Sacré-Cœur au Port. La société Mercialys, filiale du groupe Casino, avait versé quelque 400 000 euros à des associations à but non lucratif de la commune. Plusieurs d'entre elles, à vocation sportive, étaient en sommeil au moment des faits. Environ 80 000 euros auraient été détournés, transitant via des messages codés où les sommes se comptaient en kilos de mangue, de letchi ou de poisson. Cet argent aurait servi à régler des frais d'hôtel, des voyages et d'autres dépenses difficilement avouables.
Sur les cinq prévenus jugés en première instance devant le tribunal judiciaire de Saint-Denis, trois ont été relaxés faute d'éléments suffisants : le directeur de cabinet de l'époque Bernard Payet, l'épouse de Fayzal Ahmed-Vali et le cadre du groupe Casino Éric Heinz. Le pacte corruptif n'ayant pas été établi, Hoarau et Ahmed-Vali ont été condamnés le 17 décembre 2024 à 15 mois de prison avec sursis, 15 000 euros d'amende et cinq ans d'inéligibilité pour recel d'abus de confiance et blanchiment.
Leurs avocats ont immédiatement annoncé vouloir plaider la relaxe en appel, comme ils l'avaient fait en première instance. D'ici au 26 novembre, les magistrats auront à réexaminer le dossier, éventuellement dans une nouvelle composition, à l'image de ce qui s'était produit pour l'affaire Didier Robert.


3 commentaires
Les kilos de mangue et de letchi pour coder les sommes, faut avoir le culot. Moi si je rate une déclaration d'un chantier j'ai l'Urssaf sur le dos en trois semaines, et là on parle de 80 000 euros qui transitent via des assos en sommeil et l'affaire traîne depuis des années. Lé pa fasil de comprendre cette justice-là.
Ce qui me frappe c'est la mention des sous-effectifs de magistrats et des tensions managériales à la cour d'appel. On parle souvent du burnout des soignants, des indépendants, mais les magistrats vivent exactement la même chose en silence. Des dossiers qui s'accumulent, des délais impossibles à tenir, et derrière chaque report y'a des gens qui attendent depuis des mois une décision qui les concerne directement.
Je ne connais pas bien le contexte de cette affaire, mais j'ai du mal à comprendre comment un maire peut rester en fonction avec une condamnation pareille en première instance. En métropole j'ai le sentiment que ce genre de dossier aboutit plus vite, mais peut-être que je me trompe. Est-ce que quelqu'un peut m'expliquer comment ça fonctionne ici avec l'inéligibilité, est-ce qu'elle s'applique immédiatement ou seulement après l'appel ?