Quatre mois de prison avec sursis. C'est la peine prononcée mardi 26 mai par le tribunal correctionnel de Saint-Denis à l'encontre d'Aurélien Centon, conseiller départemental de La Réunion et fondateur de l'association P'tit Cœur, reconnu coupable de harcèlement moral sur une ancienne collègue.
L'affaire remonte à août 2022 et à une relation extraconjugale entre les deux protagonistes. La grossesse de la jeune femme, puis la naissance de son enfant en août 2023, vont tout faire basculer. Convaincu d'être le père du bébé, Aurélien Centon multiplie appels, messages et visites pour obtenir des réponses — alors que le compagnon de la jeune femme a déjà reconnu l'enfant et qu'elle entend élever son fils dans ce cadre familial. Le tribunal retiendra un « entêtement » frôlant « le déraisonnable ».
L'élu ne s'en tient pas à la mère. Il contacte son compagnon, ses parents, ses collègues. Il se présente à la crèche de l'enfant, au domicile du grand-père à l'Entre-Deux, et va jusqu'à se rendre sur le lieu de travail du compagnon en invoquant sa qualité d'élu. « Il a fait de notre vie un enfer, témoigne la jeune femme à l'audience. J'avais peur, je voulais que ça cesse. Il était présent dans tous les aspects de ma vie au point que je n'avais qu'une envie : disparaître. » Après plusieurs mois de ce régime, elle perd une dizaine de kilos, quitte son emploi et dépose plainte en janvier 2024.
À la barre, Aurélien Centon a contesté toute intention délictuelle. Il voulait, dit-il, « prendre des nouvelles de l'enfant » et « trouver une solution à l'amiable », fort de son expérience associative auprès des familles. Sa défense a plaidé la relaxe, décrivant « un homme blessé, désespéré, qui voulait assumer ses responsabilités ». La procureure Ludivine Fathi n'a pas retenu cette lecture : « On a tout le panel possible — comportements répétés, appels, messages, visites —, avec des conséquences sur la santé et la vie professionnelle et familiale de la victime. » Elle avait requis neuf mois de prison avec sursis.
Le tribunal a retenu quatre mois avec sursis, assortis d'une interdiction d'entrer en contact avec la victime et les membres de sa famille pendant deux ans. La procédure civile sur la filiation de l'enfant se poursuit : un premier jugement favorable à l'élu saint-paulois a fait l'objet d'un appel.


6 commentaires
@Margaux, pour la question de l'inéligibilité, je ne suis pas juriste mais j'ai cru comprendre qu'avec du sursis c'est pas automatique. Ce qui me touche plus dans cette histoire c'est cette jeune femme qui a perdu dix kilos et son emploi, qui voulait disparaître. J'en ai vu des femmes dans cet état à l'hôpital, et ça laisse des traces qui durent longtemps, bien au-delà du jugement. Faut espérer qu'elle soit bien entourée maintenant.
Un élu qui brandit son titre pour intimider le conjoint d'une femme sur son lieu de travail, c'est exactement le genre de comportement qui donne une image pourrie à ceux qui sont censés représenter le peuple. On a lutté des années pour que les travailleurs soient respectés dans leur espace professionnel, et là un gars qui a un mandat s'en sert comme d'un passe-droit pour harceler. Quatre mois avec sursis, il va dormir tranquille ce soir.
Invoquer sa qualité d'élu pour se rendre sur le lieu de travail de quelqu'un, lé pa fasil à entendre ça.
Je découvre cette affaire et je me demande si son mandat de conseiller départemental va être affecté par cette condamnation. En métropole j'ai souvenir que certaines infractions entraînent des inéligibilités, mais je ne sais pas si c'est automatique ici pour ce type de peine avec sursis. Quelqu'un peut éclairer ?
Se pointer à la crèche, au domicile du grand-père, sur le lieu de travail du conjoint... j'ai des clientes qui me racontent des histoires comme ça, on les croit pas toujours au début. Cette dame a eu du courage de déposer plainte.
Quatre mois avec sursis pour des faits qui s'étalent sur plusieurs mois et touchent à la santé, à l'emploi, à la vie familiale entière d'une personne, ça fait réfléchir sur le quantum des peines prononcées pour ce type d'infraction. La procureure en demandait neuf, le tribunal retient quatre. L'écart est important.