« Il y a des alternatives au tout enfouissement. » C'est par ces mots qu'Alexandre Laï-Kane-Cheong a ouvert sa présidence du SYDNE, le syndicat mixte chargé du traitement des déchets dans le Nord-Est de La Réunion. Devant les élus du comité syndical réunis jeudi, le maire de Sainte-Suzanne a défendu une rupture franche avec une logique qu'il juge trop centrée sur l'enfouissement.
Son bureau est désormais constitué. Patrice Selly a été élu premier vice-président, Céline Sitouze désignée deuxième vice-présidente, et Joé Bédier nommé troisième vice-président. Tous trois avaient, comme lui, contesté le choix de l'ancienne gouvernance de retenir le site de Beaufond, dans les hauteurs de Sainte-Marie, pour accueillir la future installation de stockage des déchets ultimes (ISDU).
Le nouveau président a été direct sur sa vision : « Il s'agit pour nous de ne plus considérer le déchet comme une contrainte, mais comme une opportunité ou une valeur additionnelle de notre territoire. » Recyclage, valorisation, innovation — c'est autour de ces axes qu'il entend repositionner la stratégie du syndicat. Sans attaquer frontalement ses prédécesseurs, il a refusé de réduire le débat à une « patate chaude » renvoyée d'une commune à l'autre.
Au-delà du dossier ISDU, Laï-Kane-Cheong a esquissé une ambition plus large : faire du Nord-Est « une moitié de La Réunion » travaillant de manière unitaire sur les grands enjeux environnementaux, et positionner ce territoire comme un laboratoire en matière de traitement des déchets. « Je veux être le président qui fera du Nord-Est le territoire qui proposera les modèles alternatifs », a-t-il déclaré.
Des discussions avec ILEVA et les services de l'État sont également envisagées, notamment autour de coopérations entre les deux syndicats mixtes réunionnais. Face à la saturation progressive des capacités d'enfouissement, le président du SYDNE a posé la question sans détour : « Pourquoi en 2026 nous ne serions plus capables de nous réinventer ? »


7 commentaires
@Marie-Hélène, vous citez la Fondation Ellen MacArthur, et c'est juste. Je pense aussi à Ivan Illich et à sa critique de la contre-productivité des systèmes industriels, notamment dans « La Convivialité » : à force de produire des déchets en masse, on finit par créer des institutions lourdes pour les gérer, elles-mêmes génératrices d'autres problèmes. Ce que propose Laï-Kane-Cheong, si on le lit entre les lignes, c'est moins une solution technique qu'un changement de récit, voir le territoire non plus comme un réceptacle mais comme un acteur. C'est ambitieux, et les ambitions de ce genre ont besoin d'une volonté politique qui tient dans la durée, pas seulement d'un discours d'installation. Je resterai attentif à la suite.
@Kelly, sur la question des emplois que vous soulevez, il faut aussi regarder du côté des contrats en cours : si le SYDNE change de stratégie, il y a des marchés publics déjà signés avec des opérateurs d'enfouissement, et réorienter une commande publique en cours, ça ne se fait pas sans un cadre juridique solide. La notion d'ISDU est définie réglementairement, donc toute alternative devra démontrer qu'elle traite bien des déchets ultimes au sens de la loi, pas seulement optimiser le tri en amont.
C'est bien beau de parler de laboratoire et de modèles alternatifs, mais nous les restaurateurs on voit les touristes arriver en hélico au-dessus de sites qui ressemblent à des décharges à ciel ouvert. Que ce soit Beaufond ou ailleurs, le problème c'est que la Réunion croule sous ses déchets et ça se voit. Si Laï-Kane-Cheong arrive à transformer ça en atout plutôt qu'en honte, je signe des deux mains, mais les discours à la tribune j'en ai entendu d'autres.
Moin lé content qu'on parle enfin de ça sérieusement. Sur mes parcelles à Sainte-Suzanne, les dépôts sauvages en bordure de route c'est un problème réel, surtout après les cyclones. Si le SYDNE se donne vraiment les moyens de structuriser la filière compostage et valorisation organique, les maraîchers comme moi ont beaucoup à y gagner. Ce qui sort des marchés forains, les déchets verts, les invendus, ça pourrait revenir dans les sols plutôt que partir à Beaufond.
La formule de M. Laï-Kane-Cheong sur le déchet comme « valeur additionnelle » rejoint les travaux sur l'économie circulaire développés notamment par la Fondation Ellen MacArthur, que certains lycées commencent à aborder dans leurs programmes de géographie. Ce qui sera déterminant, c'est la capacité du SYDNE à traduire ce discours en indicateurs concrets et mesurables, car les changements de gouvernance génèrent souvent des annonces enthousiastes suivies d'une mise en oeuvre laborieuse. Le rapprochement envisagé avec ILEVA est une piste sérieuse, à condition que les deux syndicats acceptent de mettre leurs données en commun plutôt que de travailler en silos.
Recycler plutôt qu'enfouir, i fo pas attendre 2026 pour ça ! Bonne direction.
Ce qui m'intéresse dans cette réorientation, c'est la question des emplois que ça va générer ou déplacer. Le recyclage et la valorisation, c'est bien sur le papier, mais si on engage des travailleurs sur des nouvelles filières, il faut qu'il y ait derrière une vraie réflexion sur les formations, les conditions de travail et les contrats. On a vu trop souvent des projets environnementaux se monter avec de la main d'oeuvre précaire. J'espère que le SYDNE sera concret là-dessus.