Face à une sécheresse qualifiée d'« exceptionnelle », les autorités ont décidé d'ouvrir en urgence la retenue collinaire de Piton Sahales aux agriculteurs du Tampon, alors que l'ouvrage n'est pas encore officiellement en service. Quelque 160 000 m³ d'eau brute sont actuellement disponibles sur une capacité totale de 350 000 m³. Environ 170 exploitants agricoles devraient en bénéficier via 90 bornes d'irrigation, selon un système de tours d'eau organisés tous les trois jours.
La démarche est clairement dérogatoire. « L'instruction est encore en cours », reconnaît le sous-préfet de Saint-Pierre, Jean-Paul Normand. L'ouvrage est physiquement achevé, mais n'a pas franchi toutes les étapes administratives requises pour son autorisation définitive. « On n'était pas arrivé au bout de la procédure pour pouvoir donner quitus pour son utilisation », précise-t-il. La décision a pourtant été prise en moins de 24 heures, réunissant services de l'État, commune du Tampon et acteurs agricoles. « À situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle. »
Le maire du Tampon, Alexis Chaussalet, salue cette réactivité, tout en dressant un tableau plus sombre : dérèglement climatique, ressource en eau structurellement sous pression. Camions-citernes, interconnexions entre réseaux d'eau potable et réseaux agricoles, tours d'eau : plusieurs dispositifs d'urgence sont mobilisés ou envisagés en parallèle.
La commune a par ailleurs été placée en niveau d'alerte sécheresse par le préfet. Les restrictions imposées à la population sont multiples — interdiction de laver les véhicules hors stations professionnelles, arrosage des espaces verts limité aux horaires hors 8h-18h, remplissage des piscines interdit sauf mise à niveau. Les prélèvements agricoles sont eux aussi réduits, et l'irrigation par aspersion prohibée en journée.
Au-delà de la gestion immédiate, le président de la Chambre d'agriculture, Olivier Fontaine, appelle à la solidarité entre exploitants, notamment dans les secteurs les plus touchés du Sud, de l'Ouest et de Salazie. Il évoque une possible réduction de la consommation dans des filières comme la canne, afin de préserver le maraîchage. « Pas d'agriculture sans eau », résume-t-il. Pour Alexis Chaussalet, la situation impose désormais des pratiques agricoles plus sobres et une ingéniosité collective associant élus, agriculteurs et services de l'État.


6 commentaires
@Jean-Claude B., c'est exactement ce problème de communication de crise qui me frappe. L'ouvrage est ouvert en urgence, la décision prise en 24h, et l'agriculteur concerné l'apprend par un chauffeur de taxi. Les réseaux existent, les groupes WhatsApp existent, y'a des outils pour diffuser une info hyper vite à 170 exploitants. Ça fait parti des leçons à tirer de cette crise.
Ce que je trouve intéressant c'est la décision prise en moins de 24 heures, parce que dans mon métier on sait ce que ça coûte de réunir des services de l'État et des acteurs locaux autour d'une table aussi vite. Ça mérite d'être souligné. La vraie question maintenant c'est comment on évite de se retrouver dans la même situation l'an prochain, parce que le dérèglement climatique c'est pas un événement exceptionnel, c'est la nouvelle norme.
L'ouvrage est physiquement achevé depuis un moment et les papiers sont pas encore bouclés. C'est souvent comme ça ici.
Moi je suis sur le front de mer tous les jours et les clients me parlent des restrictions, ils comprennent pas toujours ce qui est interdit ou pas. Mais bon, là on parle de 170 agriculteurs qui risquaient de perdre leur récolte, lé pa fasil ce qu'ils traversent. La retenue ouverte en urgence c'est une bonne nouvelle, j'espère juste que l'eau tiendra jusqu'aux prochaines pluies.
Interdiction de remplir les piscines, c'est bien beau, mais les touristes qui réservent des locations avec piscine ils vont dire kosa quand ils arrivent et l'eau est à moitié vide ? On gère l'urgence agricole d'un côté et on coule la saison touristique de l'autre, bravo l'organisation.
J'ai eu un agriculteur du Tampon dans ma voiture hier matin, il m'a dit qu'il avait pas dormi depuis une semaine à surveiller ses bêtes et ses champs. Quand je lui ai parlé de Piton Sahales il savait même pas encore que c'était ouvert. Y'a un vrai problème de communication sur le terrain, les gens apprennent ça dans les taxis avant d'apprendre ça par les autorités.