Emmanuel Macron a apporté son soutien à l'abrogation symbolique du Code noir, jeudi 21 mai, lors d'une cérémonie organisée à l'Élysée pour le 25e anniversaire de la loi Taubira. Une proposition de loi doit être examinée le 28 mai à l'Assemblée nationale, après avoir été adoptée à l'unanimité en commission parlementaire.
Le Code noir désigne un ensemble d'édits royaux des XVIIe et XVIIIe siècles qui encadraient juridiquement l'esclavage dans les colonies françaises. Ces textes sont aujourd'hui caducs, sans effet juridique, mais n'ont jamais été officiellement abrogés. C'est ce silence que le chef de l'État qualifie de « faute » et de « trahison de ce qu'est la République ».
Devant plusieurs personnalités engagées dans le travail mémoriel, Macron a demandé au gouvernement de soutenir le texte. Le geste est avant tout symbolique — aucune conséquence légale n'en découle directement — mais il intervient dans un débat mémoriel qui dépasse largement les frontières françaises.
La question des réparations liées à l'esclavage a aussi été abordée. Le président la juge « inachevée » et reconnaît ses limites : « Nous devons avoir l'honnêteté de nous dire qu'on ne pourra jamais réparer ce crime totalement. » Une formulation mesurée, qui ne tranche pas.
Christiane Taubira, présente à la cérémonie, a rappelé qu'une résolution adoptée fin mars par l'Assemblée générale de l'ONU — à l'initiative du Ghana — qualifie l'esclavage et la traite des Africains de « plus graves crimes contre l'humanité ». La France s'était abstenue lors de ce vote, refusant toute hiérarchie entre les crimes contre l'humanité. Macron a néanmoins reconnu la nécessité d'entendre les demandes de justice portées par plusieurs États et associations mémorielles.


6 commentaires
Quand j'emmène des randonneurs dans le cirque de Salazie, il y a des fois où on passe devant d'anciens sentiers des esclaves marrons, des traces que la forêt n'a jamais vraiment effacées. Les gens s'arrêtent, sentent que quelque chose s'est passé là, mais il n'y a rien d'officiel pour le dire. C'est un peu ce dont parle cet article, ces silences que le paysage porte encore et que les textes ont laissé sans réponse pendant trop longtemps.
Ce qui me touche dans cet article c'est la notion de « silence » que Macron reconnaît enfin. Des textes caducs mais jamais abrogés, c'est exactement ça, un silence officiel qu'on a laissé durer des décennies. Maintenant on verra si ça ouvre une vraie discussion sur les réparations ou si ça s'arrête là. Moin lé sceptique, mais c'est mieux que rien.
Je comprends l'importance du geste, mais Macron dit lui-même qu'on ne pourra jamais réparer totalement. C'est honnête, au moins. Ici au péi-la, on sait bien que certaines choses laissent des traces dans les terres, dans les familles, que les mots officiels ne règlent pas. La question des réparations concrètes, elle, reste entière. Un texte abrogé sans suite, c'est un peu comme voter une loi agricole sans budget derrière.
C'est un pas en avant, et chaque pas compte.
C'est une décision qui fait écho à ce qu'écrit Édouard Glissant sur la mémoire empêchée, cette impossibilité d'un deuil collectif tant que les textes fondateurs de l'oppression n'ont pas été formellement désavoués. L'abstention française à l'ONU en mars dernier est, elle, plus difficile à défendre. Refuser de hiérarchiser les crimes est une position philosophique respectable en théorie, mais sur ce sujet précis, dans ce contexte précis, ça ressemble à de l'esquive. Pour ceux qui veulent approfondir, le livre de Nathalie Piquionne sur la législation coloniale aux Antilles reste une référence utile.
Le Code noir n'a jamais été abrogé, c'est exactement comme ces bâtiments coloniaux qu'on laisse se dégrader sans jamais décider officiellement de leur sort. Le vide juridique, l'absence d'acte formel, ça a des effets sur la mémoire collective, sur la manière dont une société se représente elle-même. L'abrogation symbolique, c'est au moins poser un acte de lecture sur ce qu'on a hérité. Mais comme pour le patrimoine bâti, un geste symbolique sans programme derrière, ça reste une façade.