La FSU Territoriale a écrit à la présidente de la Région Réunion, Huguette Bello, pour réclamer des mesures concrètes en faveur des agents contractuels de la collectivité. Le syndicat, représenté par son délégué Sébastien Huet, dénonce des situations de précarité prolongée et demande une accélération des titularisations.
Au cœur du différend : des agents ayant parfois accumulé « plus de dix, voire quinze années de service » au sein de la Région, enchaînant contrats précaires et contrats de droit public. La FSU Territoriale juge insuffisante la règle des six années de contrats successifs sans interruption — qui ouvre droit à un CDI, notamment pour les agents de catégorie C — estimant qu'elle ne rend pas compte de l'ancienneté réelle ni de l'investissement de ces personnels. D'autant que plusieurs d'entre eux bénéficient d'évaluations professionnelles positives.
Le syndicat pointe aussi le cas d'agents dont les contrats n'ont pas été renouvelés malgré plusieurs années passées au service de la collectivité. Ces personnels, affirme-t-il, « ne devraient pas être laissés sans solution » après un engagement durable dans leurs missions.
La FSU Territoriale dit avoir multiplié les démarches sans obtenir de réponse favorable à ce jour. Elle note toutefois les récentes prises de position de la présidente Bello sur la lutte contre la précarité, y voyant « un signal encourageant », mais attend une traduction concrète de ces engagements. « Nous sollicitons votre intervention afin qu'une attention particulière soit portée aux dossiers des agents concernés », écrit le syndicat dans son courrier.


6 commentaires
@Lastron-Leïla, la question est légitime, mais attention à ne pas tout mettre sur le dos de la présidente. La Région est contrainte par le cadre législatif national, elle ne peut pas titulariser sur décision locale sans qu'un dispositif d'accès au corps soit ouvert. Ce que la FSU demande, c'est en réalité une pression politique pour que l'État accélère les vagues de titularisation prévues par la loi. Ce serait bien que l'article précise ce point, parce que là on peut avoir l'impression que Bello bloque alors que le levier principal n'est pas forcément entre ses mains.
L'article mentionne la règle des six années pour accéder au CDI de droit public, ce qui est exact, mais il faut préciser que cette disposition issue de la loi de transformation de la fonction publique de 2019 ne s'applique pas automatiquement : elle suppose une continuité contractuelle sans interruption supérieure à certains seuils, et c'est précisément là que les collectivités peuvent jouer sur les renouvellements pour contourner le dispositif. Ce n'est pas une hypothèse, c'est un mécanisme bien connu des gestionnaires RH territoriaux.
Je suis pas spécialiste du droit public, mais je connais bien la pression de l'incertitude quand on construit quelque chose. Quinze ans sans visibilité sur son avenir, ça détruit toute capacité à te projeter, à investir, à performer. Même dans ma boîte, si j'avais un prestataire clé sous ce niveau de précarité, je saurais qu'il donne jamais 100% parce qu'il pense à sa prochaine échéance. La Région devrait voir ça comme un vrai frein à la performance collective.
Ce type de précarité prolongée a des conséquences directes sur la santé des agents, c'est documenté. J'ai eu en consultation des personnes travaillant dans des collectivités depuis des années sans jamais savoir si leur contrat serait renouvelé, et le niveau d'anxiété chronique que ça génère est réel. Ce n'est pas qu'une question de statut, c'est une question de santé au travail. Une titularisation, c'est aussi enlever une charge mentale qui pèse sur tout le reste.
Quinze ans en contrat précaire, lé pa fasil. On parle de gens qui ont construit des projets, des équipes, et qui peuvent partir du jour au lendemain. J'aimerais savoir ce qu'Huguette Bello a réellement prévu comme plan d'action.
En Bretagne ou en Loire-Atlantique, les collectivités ont intégré des dispositifs de précarisation zéro dans leurs accords RH depuis quelques années, avec des titularisations systématiques au bout de trois ans. Ce qui interpelle ici, c'est qu'on parle d'agents ayant quinze ans de service et toujours pas de stabilité. La règle des six ans en CDI est déjà un minimum légal, pas un objectif ambitieux. Curieux de voir si la Région va bouger concrètement ou si ça restera un courrier sans suite.