La Région Réunion demande à l'État et au ministère de l'Éducation nationale d'appliquer à La Réunion la même décision qu'en Guyane : permettre aux enseignants nouvellement titularisés d'échapper à une affectation contrainte dans l'Hexagone. Le message, formulé dans un communiqué de la collectivité, est sans ambiguïté — pas de traitement différencié entre territoires ultramarins.
En Guyane, des enseignants orientés de force vers la métropole ont finalement pu rester sur leur territoire. Cette avancée est attribuée, selon le représentant syndical cité par la Région, à une mobilisation collective et à un dialogue conduit avec le rectorat local. C'est ce précédent que la collectivité réunionnaise brandit pour exiger un alignement.
Depuis plusieurs semaines, des enseignants et des organisations syndicales de l'île dénoncent des affectations imposées vers l'Hexagone, alors que des besoins existent au sein même de l'académie réunionnaise. La Région juge ces situations « injustes » et estime qu'elles ignorent les réalités humaines, sociales et territoriales de l'île. « Il ne peut y avoir deux poids, deux mesures entre les territoires ultramarins », écrit-elle dans son communiqué.


6 commentaires
On exporte des containers, on importe des containers, on optimise les routes vers Maurice, Madagascar, l'Inde, on fait tourner une économie régionale entière depuis Le Port. Et là on serait pas capables de garder nos propres enseignants dans leur académie alors que les besoins sont là ? C'est comme affréter un bateau plein pour le renvoyer à vide, ça tient pas la route logistiquement et humainement. Si la Guyane a obtenu gain de cause, y'a aucune raison valable qu'on soit traités différemment.
On demande à nos jeunes de former les enfants du péi et on les envoie enseigner à Lille ou à Rouen, c'est du grand n'importe quoi. Moi j'ai des clients, des touristes, qui me disent que La Réunion c'est un territoire à part, un bijou. Mais nos propres institutions font tout pour le vider de ses talents.
Il y a dans cette situation quelque chose qui rappelle ce qu'Édouard Glissant appelait le « droit à l'opacité », cette exigence de ne pas être réduit à une catégorie administrative générale qui ignore les spécificités d'un territoire. Affecter des enseignants réunionnais en métropole comme on déplace des pions sur un tableau, c'est nier que leur ancrage local est une compétence, pas un handicap. Le précédent guyanais montre qu'une autre voie est possible quand il y a volonté d'écoute.
Le principe d'égalité de traitement entre collectivités ultramarines me semble difficilement contestable sur le fond. Ce qui m'interroge, c'est la méthode : est-ce qu'il existe un cadre réglementaire précis qui permettrait un alignement automatique, ou est-ce qu'on repart à chaque fois sur du cas par cas selon la pression exercée ? Parce que s'appuyer uniquement sur un précédent, ça reste fragile juridiquement.
Ce que décrit l'article, on appelle ça une mobilité contrainte, et dans n'importe quelle entreprise normale ça serait traité comme un vrai risque humain. Obliger quelqu'un à s'éloigner de son réseau, de son territoire, sans tenir compte de sa situation personnelle, c'est souvent le premier pas vers un désengagement professionnel durable. L'Éducation nationale gagne à réfléchir à ça sérieusement, pas juste sous la pression d'un précédent guyanais.
Ces jeunes enseignants qui partent de force en métropole, loin de leur famille, de leurs parents, de leurs marmailles parfois, c'est vraiment difficile à accepter. Mon fils il a fait des études pour rester servir ici, pas pour aller geler quelque part à l'autre bout du pays. La Guyane a obtenu gain de cause, alors pourquoi pas nous ? I fo que la Région tienne bon.