L'Union des Femmes Réunionnaises (UFR) a salué, dans un communiqué, l'adoption par la commission des lois de l'Assemblée nationale, mercredi 20 mai, de l'abrogation du Code noir et de l'ensemble des textes ayant encadré l'esclavage dans les colonies françaises. L'association y voit une « étape historique » dans la reconnaissance, par la République, de la gravité du système colonial esclavagiste.
Promulgué en 1685 sous Louis XIV, le Code noir définissait le statut juridique des personnes réduites en esclavage dans les territoires coloniaux français. Pour l'UFR, ce texte « infâme » a organisé et légitimé, pendant plus de deux siècles, l'exploitation de populations entières et la négation de leur dignité.
« Cette abolition symbolique constitue un acte important pour la mémoire collective, pour la vérité historique et pour la transmission aux jeunes générations », déclare Pauline Lauret, présidente de l'UFR. L'organisation y lit la volonté de rompre avec un héritage juridique et politique issu de la domination coloniale.
L'association tempère toutefois son propos : le travail mémoriel ne peut se réduire au seul geste symbolique. Elle appelle à des actions concrètes en faveur de la justice sociale, de la lutte contre les discriminations et de la valorisation de l'histoire des peuples issus de l'esclavage — à La Réunion comme en France hexagonale.
L'UFR rend par ailleurs hommage aux associations, historiens, militants et descendants d'esclaves qui portent depuis plusieurs décennies le combat pour la reconnaissance de cette page de l'histoire. À La Réunion, « terre de rencontre des civilisations », la décision résonne, selon l'organisation, avec une acuité particulière. L'UFR affirme rester mobilisée pour que la mémoire de l'esclavage ne soit « jamais oubliée ».


7 commentaires
@Margaux, tu poses exactement la bonne question. Moi aussi j'ai appris très peu là-dessus au lycée ici à La Réunion, c'est dire. Est-ce qu'il y a des ressources pédagogiques que l'UFR recommande, ou des ouvrages pour aller plus loin ?
C'est pas mon domaine habituel, mais je lis l'article et je pense à mes plongeurs, ceux qui viennent de partout et qui voient La Réunion comme une carte postale sans savoir ce que le péi a traversé. Peut-être que ce genre de décision, même symbolique, ça fait partie de ce qu'on devrait expliquer aux touristes aussi. La mer, l'histoire, ça fait partie du même endroit.
Bonne nouvelle.
Je salue la démarche, sincèrement. Mais j'attends de voir ce que ça donnera sur le terrain, parce que les discriminations que dénonce l'UFR, elles sont bien réelles encore aujourd'hui, dans les marchés, dans les banques, partout. Abroger un vieux texte c'est nécessaire, et je comprends l'importance symbolique, surtout pour la transmission aux jeunes. Maintenant faut pas que ça serve à refermer le dossier au lieu de l'ouvrir vraiment.
Mon père disait : on répare pas avec des mots ce qu'on a fait avec des chaînes. Mais bon, un mot juste, ça commence quelque chose.
Un Code noir abrogé en 2025, ça dit beaucoup sur le temps qu'il aura fallu. Ce texte a existé juridiquement pendant tout ce temps, c'est vertigineux. Dans mon travail avec les tissus et les motifs, je pense souvent à ce que nos mains savent faire, à ce qui s'est transmis malgré tout. La reconnaissance symbolique lé bon, mais comme dit l'UFR, faut que derrière y'a du concret.
C'est une décision qui me touche, même si je réalise que je ne mesure peut-être pas encore tout ce que représente cette histoire pour les gens d'ici. En métropole on en parle peu dans les écoles, vraiment très peu. Est-ce que quelqu'un saurait me dire s'il y a des lieux ou des événements à La Réunion qui permettent de mieux comprendre cette mémoire ? Je voudrais pouvoir en parler avec mes hôtes de manière juste.