C'est un refus sans ambiguïté. Depuis la Foire agricole de Bras-Panon, le président de la Chambre d'agriculture de La Réunion, Olivier Fontaine, a rejeté ce vendredi tout projet de réduction supplémentaire de la densité dans les élevages de volailles. L'État envisage de ramener ce seuil de 39 à 37 kilos par mètre carré, au motif que les capacités de traitement des déchets de la filière seraient insuffisantes. « On est contre ça », a tranché le responsable agricole.
Trois projets d'unités de traitement des effluents seraient actuellement en cours d'instruction auprès de l'État. Olivier Fontaine estime qu'ils régleront la question dans un délai d'un an à un an et demi. Brider la production dans l'intervalle lui paraît donc prématuré — et risqué. Réduire les quotas, selon lui, c'est fragiliser les revenus des éleveurs et ouvrir la porte aux importations. « On ne parle que de plumes », a-t-il dit, faisant valoir que l'enfouissement reste une solution praticable en attendant.
Sur un autre volet, le président de la chambre verte a plaidé pour le développement de petites unités d'élevage au sein des exploitations : poulets fermiers, canards, pondeuses, cochons noirs. Cette diversification suppose, selon lui, un allègement des contraintes administratives et un soutien financier ciblé — notamment pour le renouvellement des cheptels, dont l'importation reste coûteuse. Il a évoqué les conférences sur la souveraineté alimentaire conduites par l'État et la préfecture, appelant à en tirer des « projets structurants et rapidement applicables » plutôt qu'une « grande bible » sans lendemain.
Autre front sensible : le dossier Tereos. Olivier Fontaine dit n'avoir reçu aucune réponse aux courriers adressés à l'industriel sur l'avenir de son capital. Il réclame de la transparence et veut que les planteurs puissent peser dans les discussions, voire entrer au capital, avec ou sans l'appui du Département. « On ne peut pas être partenaires uniquement quand ça les arrange », a-t-il lancé, rappelant qu'il portait cette revendication depuis 2010, lors du rachat de l'usine de Bois-Rouge par Tereos France. Faute de réponse, le ton du monde agricole pourrait se durcir dans les semaines à venir.
Parmi les autres annonces : le retour du service d'insémination artificielle le dimanche pour la filière bovine, suspendu récemment, est prévu d'ici juin. Olivier Fontaine a aussi réitéré son inquiétude sur la hausse des charges, des intrants et du carburant, déplorant l'absence d'aides directes adaptées aux exploitations réunionnaises, et rappelé la nécessité de préserver le POSEI dans sa forme actuelle — le vote du Parlement européen étant acquis, mais la position des États membres et de la Commission restant incertaine.


6 commentaires
Ce que dit Fontaine sur les unités de traitement en cours d'instruction, ça rejoint exactement le problème qu'on rencontre à la coopérative depuis des années : on nous demande de réduire, de freiner, d'attendre, mais les solutions alternatives elles sont pas financées à temps. La canne c'est pareil, quand les rendements baissent on nous sort des normes nouvelles mais les aides elles arrivent avec deux récoltes de retard. Brider les éleveurs maintenant sans avoir les unités opérationnelles, c'est mettre la charrue avant les boeufs.
Ce qui m'a frappée dans cet article, c'est la mention de ces fameuses conférences sur la souveraineté alimentaire qui risquent de rester lettre morte. On a là un phénomène bien documenté : des assises, des concertations, des rapports épais comme des encyclopédies, et au bout du compte très peu de mise en œuvre concrète. Fontaine a raison de s'en inquiéter. Je travaille depuis deux ans avec une association de Bras-Panon sur les circuits courts alimentaires, et à chaque réunion avec les institutions on repart avec des promesses et un calendrier flou. La question des unités de traitement des effluents en attente d'instruction, c'est exactement ce type de blocage : les solutions existent sur le papier, mais l'instruction administrative prend un temps qui, sur le terrain, se paie cash.
Ce que j'entends dans tout ça c'est une vraie demande de reconnaissance et de confiance envers les agriculteurs réunionnais. L'autonomie alimentaire ça commence par soutenir ceux qui produisent ici, pas par les freiner à chaque étape. J'espère sincèrement que les conférences sur la souveraineté alimentaire déboucheront sur quelque chose de concret et pas juste de beaux discours.
Les petites unités fermières sur les exploitations, voilà une idée concrète ! Mais il faudra vraiment simplifier les démarches, parce que là aujourd'hui monter un élevage de pondeuses c'est une montagne de papiers.
Ce qui me frappe c'est que derrière chaque quota, y'a des familles d'éleveurs qui vivent de ça. Quand les revenus baissent, c'est souvent les salariés saisonniers ou les petits contrats qui partent en premier.
Si on bride la production locale, la marchandise elle arrive d'où vous croyez ? De Maurice, de Madagascar, du Brésil via le port. J'ai vu passer des conteneurs de volailles congelées à des prix qui cassent tout, et personne ne parle du bilan carbone de tout ça. La logique de réduire les densités pour des questions de déchets, pendant qu'on ouvre les vannes à l'import, ça tient pas la route.