Une soixantaine de mouches attrapées en une seule matinée grâce à des pièges à colle. C'est ce que rapportent certains habitants de Sainte-Suzanne depuis plusieurs semaines, surtout dans le quartier de Bel Air, mais aussi à Village Desprez, Jacques-Cargo ou en centre-ville. Vendredi, une réunion entre élus et un collectif d'une quarantaine de riverains a fait émerger une piste sérieuse : le centre d'enfouissement de déchets (ISDND) situé à proximité.
Selon nos informations, SUEZ, gestionnaire du site, aurait évoqué un problème au niveau de la couverture végétale des déchets récemment enfouis. Ce défaut d'enfouissement pourrait expliquer la recrudescence de mouches observée dans les quartiers alentour, voire au-delà. Le gestionnaire a assuré que la situation devrait « rapidement s'améliorer ». Une visite du site est prévue prochainement, à laquelle participeront les élus municipaux — sept adjoints étaient présents lors de la réunion au CASE de Bel Air.
Les témoignages en ligne parlent d'eux-mêmes. « Impossible de laisser la maison ouverte », écrit une habitante. Une autre décrit « des grosses mouches vertes et bleues dégoûtantes » présentes en permanence. Couvrir les plats, jeter des aliments jugés « contaminés », renoncer à recevoir : les contraintes du quotidien se sont accumulées depuis le passage du cyclone Garance en février 2025, point de départ mentionné par plusieurs riverains de La Marine, déjà touchés en début d'année.
Une deuxième source de pollution est dans le viseur. Le centre de valorisation multi-filières d'Inovest, exploité lui aussi par SUEZ et situé à proximité, vient de faire l'objet d'une mise en demeure préfectorale. Un arrêté du 24 avril, pris après inspection de la DEAL, pointe notamment un défaut de confinement du bâtiment et des camions transportant des déchets non bâchés, « ce qui entraîne une dispersion de déchets sur site ». Un facteur de plus qui pourrait contribuer à la prolifération sporadique constatée ces derniers mois.
L'Agence régionale de santé, elle, reste prudente. Interrogée cette semaine, l'ARS indique ne pas avoir reçu de « signalements faisant état d'un phénomène sanitaire particulier en lien avec une prolifération de mouches » et renvoie la compétence vers les communes, au titre de la salubrité environnementale. Certains habitants de La Marine restent de leur côté sceptiques quant à l'implication directe des deux sites industriels dans leur propre situation, même s'ils constatent eux aussi une recrudescence récente. Le centre d'enfouissement, arrivant à saturation, doit fermer à l'horizon 2028.


7 commentaires
@Kelly, votre réflexion sur le document unique est pertinente, mais il faut préciser que pour une installation classée comme un ISDND, les obligations réglementaires vont bien au-delà du simple DUERP interne. C'est la DEAL qui est l'autorité de contrôle, et la mise en demeure préfectorale citée dans l'article montre justement que ce circuit-là fonctionne, même tardivement. La vraie question est de savoir si les inspections ont été suffisamment fréquentes ces dernières années, notamment depuis le passage de Garance.
Ce qui m'étonne c'est que l'ARS dit n'avoir reçu aucun signalement, alors que les réseaux sont inondés de témoignages depuis des semaines. Y'a un vrai décalage entre ce que remontent les gens en ligne et ce que les institutions captent. Quelqu'un a tenté de faire un signalement officiel ou tout passe par les réseaux et les réunions de quartier ? Parce que si le signal numérique ne se transforme pas en signal administratif, ça tourne en rond.
Honnêtement on dirait que tout le monde s'en fiche du quotidien des gens ! Moi je suis à Saint-Leu mais si c'était ici, impossible de servir en terrasse avec des grosses mouches vertes qui tournent autour des assiettes. Le touriste il repart et il met un commentaire sur TripAdvisor, voilà ce qui attend Sainte-Suzanne si on règle pas ça rapidement.
Ce qui me frappe c'est que le centre d'enfouissement doit fermer à l'horizon 2028, donc dans moins de trois ans. On peut se demander si des investissements de maintenance lourde ont encore été budgétés sur cette période, ou si on gère en mode dégradé en attendant la fermeture. Ce n'est pas une accusation, mais ce genre de site en fin de vie c'est souvent là que les arbitrages comptables se voient le plus concrètement.
Camions non bâchés qui dispersent des déchets sur site, ça c'est un classique qu'on voit aussi sur les quais quand le fret est mal arrimé. Sauf que là on parle de déchets en zone habitée, pas d'une cale de cargo.
Je pense aux agents qui travaillent sur le site aussi. Si y'a un défaut de confinement visible depuis l'extérieur, dans quelles conditions les salariés bossent au quotidien ? SUEZ c'est une grosse structure, normalement le document unique d'évaluation des risques devrait couvrir ce type de situation, mais entre ce qui est écrit et ce qui est appliqué sur le terrain, on sait tous ce qu'il en est parfois.
C'est frappant comme problématique, on avait eu quelque chose de similaire autour d'un site de Veolia près de Nantes il y a quelques années, les riverains avaient mis deux ans à obtenir une réponse claire. Ce qui m'interroge ici c'est le délai entre le signalement et la mise en demeure préfectorale — l'arrêté du 24 avril ça fait combien de mois après les premiers témoignages ? La différence avec ce que j'ai vu en métropole c'est que les DREAL semblent réagir plus vite quand il y a déjà un collectif structuré. Le fait qu'une quarantaine de riverains se soient organisés, c'est peut-être ce qui a accéléré les choses péi.