Olivier Fontaine ne cache pas son inquiétude. De retour de Bruxelles, où il s'était rendu cette semaine avec une délégation des chambres d'agriculture de France, le président de la Chambre d'agriculture de La Réunion dit rester « inquiet pour le POSEI » malgré des signaux qu'il qualifie d'« encourageants » du Parlement européen. Ce programme d'aides agricoles aux régions ultrapériphériques est vital pour les filières canne, animales et végétales de l'île.
Samedi, lors de l'inauguration de la Foire agricole, il a détaillé les échanges menés à Bruxelles avec la représentation permanente de la France auprès de l'Union européenne, plusieurs eurodéputés et commissaires. Le Parlement européen s'est prononcé en faveur du maintien d'un budget spécifique pour les outre-mer. « Le Parlement est plutôt dans une posture d'avoir un budget dédié pour le POSEI et les outre-mer, avec quasiment un doublement de l'enveloppe », a-t-il expliqué. L'enveloppe pourrait atteindre près de 7 milliards d'euros, contre environ 4,5 milliards actuellement, à l'issue d'un vote qu'il décrit comme « quasi unanime ».
Les arbitrages définitifs appartiennent toutefois au Conseil européen et aux chefs d'État. « C'est là que ça va se négocier », rappelle Olivier Fontaine, qui presse l'État français de clarifier rapidement sa position sur les fonds européens agricoles.
L'inquiétude principale vise la Commission européenne. Celle-ci souhaite fondre le POSEI dans « un règlement transversal », sans garantie d'une enveloppe clairement identifiée pour les territoires ultramarins. « Le POSEI, c'est plus de 30 ans de politique agricole construite pour nos filières », rappelle-t-il. « C'est ça que la Commission européenne propose de faire disparaître. Enfin… elle le dilue. » Les outre-mer risqueraient alors d'être « noyés dans une enveloppe commune où personne ne pourra plus dire combien va vraiment à l'agriculture et aux DOM ».
La délégation a défendu plusieurs demandes précises : le maintien d'un règlement POSEI autonome, une ligne budgétaire dédiée et un renforcement des moyens pour les filières de diversification végétale et animale, « sans oublier la canne à sucre ». Au cours de ces deux jours, les représentants agricoles ont rencontré des eurodéputés de différents groupes politiques ainsi que les commissaires européens à l'Agriculture, Christophe Hansen, et à la Santé, Olivér Várhelyi.
Pour Olivier Fontaine, le calendrier ne laisse pas de marge. « Les textes s'écrivent maintenant. Dans six mois, il sera trop tard », a-t-il prévenu samedi. « Même si le Parlement européen a donné un signal fort, il nous reste encore à convaincre le Conseil et surtout la Commission qui reste figée sur ses positions. Il faut qu'on se batte très fort collectivement sur ce sujet. »


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