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Sainte-Suzanne : 12 millions de déficit, audit lancé

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Sainte-Suzanne : 12 millions de déficit, audit lancé

12 millions de déficit : Sainte-Suzanne lance l’heure des comptes


Audit, économies, réorganisation… La nouvelle majorité de Sainte-Suzanne est passée aux choses sérieuses. Lors d'un conseil municipal sans accrocs, les élus ont posé les bases d'un redressement attendu, sous l'œil attentif de l'opposition.

Deux semaines après l'installation de la nouvelle équipe municipale, le conseil s'est réuni dans un climat courtois, malgré des enjeux financiers particulièrement lourds. Au cœur des débats : les orientations budgétaires 2026 et l'adoption d'une motion actant le lancement d'un audit financier global.

Redressement financier de la commune : un objectif fixé à quatre ans

Dès l'ouverture de séance, la majorité a adopté cette motion, signalant sa volonté de disposer d'un état des lieux précis avant d'engager son action. Le rapport d'orientations budgétaires a ensuite confirmé les difficultés déjà évoquées ces dernières semaines. La commune fait face à un déficit estimé à 12 millions d'euros, dans un contexte de baisse de l'épargne, de hausse des charges de personnel et de délais de paiement dépassant les 170 jours.

Lire aussi : Déficit de 12 millions d'euros, primes, épargne en chute libre… A Sainte-Suzanne, le lourd héritage financier de Maurice Gironcel

Le maire, Alexandre Laï-Kane-Cheong, a replacé cette situation dans une perspective de long terme. « Nous héritons de plus de trente ans de mandature quasi unique. La question aujourd'hui est de savoir comment continuer à garantir un service public de qualité », a-t-il dit. La nouvelle majorité vise un retour à l'équilibre en quatre ans, en s'appuyant sur un plan de redressement et sur le Contrat de redressement Outre-mer, qui pourrait mobiliser entre 2 et 3 millions d'euros sur la période 2026-2029.

Les élus d'opposition ont formulé plusieurs demandes de précisions, dans un esprit constructif. Daniel Alamélou a voulu savoir de quoi se composait exactement le déficit — dettes envers les entreprises ou autres engagements financiers. Il a aussi soulevé des inquiétudes sur les conséquences des ajustements envisagés : contrats à durée déterminée, départs à la retraite, subventions aux associations, moyens du CCAS. Ingrid Barège, de son côté, a demandé davantage de visibilité sur plusieurs projets en cours, notamment dans les secteurs de Bagatelle et de Desprez.

En réponse, le maire a détaillé la décomposition du déficit : 5,4 millions d'euros de charges sociales non réglées, 4,4 millions d'euros de dettes envers les entreprises, 2,2 millions d'euros de subventions aux associations et 1,4 million d'euros de retard pour le CCAS. Il a confirmé que l'audit porterait à la fois sur la mairie et le CCAS, pour une vision complète de la situation.

Effectifs municipaux, CDD, retraites : une réorganisation en réflexion

La question des ressources humaines a occupé une bonne partie des échanges. La commune compte 564 agents, un effectif supérieur aux standards pour une collectivité comparable. « Il ne s'agit pas d'éliminer ou d'envoyer de côté ces CDD », a indiqué le maire, évoquant une analyse approfondie des 136 contrats en cours pour évaluer leur adéquation aux besoins réels.

Sur les départs à la retraite, estimés à plus de 120 sur la mandature, la municipalité entend adapter sa stratégie. « Il ne s'agit pas de procéder à des remplacements automatiquement », a précisé Alexandre Laï-Kane-Cheong.

Concernant les associations, la municipalité annonce un travail de recensement et d'évaluation avant toute décision sur les subventions. Les projets déjà engagés seront maintenus. « Il ne s'agit nullement de les annuler », a assuré le maire, indiquant qu'ils seraient consolidés pour préserver les financements obtenus.

Indemnités des élus à Sainte-Suzanne : une hausse assumée malgré le contexte

Autre point examiné lors du conseil : la majoration de 15 % des indemnités des élus. Une décision questionnée, mais débattue sans éclats. « Pourquoi faire le choix de cette majoration au vu du contexte ? », a demandé Julie Blainville, rappelant que d'autres communes « comme Saint-Paul ou Le Tampon n'ont pas appliqué cette hausse ». Daniel Alamélou, lui, a interrogé la mise en place d'un mécanisme de contrôle de l'assiduité des élus.

Le maire a justifié la hausse en l'ancrant dans une logique institutionnelle liée au statut de la commune. « Un principe de notre action : inscrire Sainte-Suzanne comme chef-lieu de canton permet de renouer le dialogue institutionnel, dialogue rompu avec les services déconcentrés », a expliqué Alexandre Laï-Kane-Cheong. Ce statut implique, selon lui, des responsabilités accrues en matière de coordination intercommunale, de représentation et d'organisation administrative, tout en permettant de rétablir un « canal officiel » et une « confiance » avec les partenaires institutionnels.

Lire aussi : Sainte-Suzanne : majoration de 15% des indemnités… Alek assume et s'explique

Il estime par ailleurs que cette reconnaissance pourrait générer des dotations supplémentaires supérieures au coût de la revalorisation. Sur le fonctionnement interne, il a rappelé l'engagement des adjoints depuis leur prise de fonction et le fait que leurs indemnités ne compensent pas toujours les pertes de revenus liées à leur mandat.

La municipalité annonce également la mise en place de tableaux publics d'absentéisme, avec un suivi mensuel de la présence en conseil municipal et en commissions sectorielles. Un dispositif qui prévoit une modulation des indemnités selon l'assiduité. « Première absence non justifiée au conseil municipal ou en commission sectorielle : moins 10 %, deux absences : moins 30 %, troisième absence : moins 40 % », a précisé Alexandre Laï-Kane-Cheong. La réduction globale ne pourra toutefois pas dépasser 50 % des indemnités des élus concernés. Ce suivi sera vérifié chaque mois.

Budget primitif 2026 : un équilibre encore incertain à ce stade

Sur le budget primitif, attendu d'ici la fin du mois d'avril, la municipalité reste prudente. Alexandre Laï-Kane-Cheong a indiqué que le travail d'analyse engagé avec les services municipaux et les experts se poursuivait, afin d'identifier les marges de manœuvre et de fixer les priorités.

Le conseil s'est terminé par un temps d'échange avec le public, invité à prendre la parole. « La parole n'est pas juste le fait des élus », a conclu Alexandre Laï-Kane-Cheong, affirmant sa volonté d'associer davantage les habitants aux affaires de la commune.

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