La Réunion ne le sait pas encore, mais elle lui doit beaucoup.
Quand les robinets se sont taris en 2020 la pire sécheresse depuis 1972, c'est Cyrille Melchior qui a fait forer à Dos d'Âne, entre 660 et 880 mètres d'altitude, pour que les agriculteurs de l'Ouest puissent continuer à irriguer. Quand le COVID a mis le BTP à genoux, c'est lui qui a débloqué 20 millions d'euros pour que les chantiers reprennent. Quand le Maïdo a brûlé en novembre 2020, c'est encore lui qui était debout, à coordonner la réponse du Département.

Trois crises. Une seule année. Un seul homme aux commandes.
Et pourtant, si vous demandez aux Réunionnais de citer le président du Conseil départemental, beaucoup hésiteront. C'est peut-être le plus beau compliment qu'on puisse lui faire : Cyrille Melchior ne cherche pas la lumière. Il cherche des solutions.
Avant la présidence : 17 ans dans les tranchées
L'histoire commence en 2000, dans le 2e canton de Saint-Paul. Cyrille Melchior est élu conseiller général. Pas de famille politique dynastique, pas de coup d'éclat médiatique. Juste un homme du terrain Savannah, Sans-Souci, Bois-de-Nèfles, Ravine Laforge qui arpente son canton comme un médecin de campagne fait ses visites.

En 2006, Nassimah Dindar le nomme premier vice-président du Conseil général. Le poste le moins glamour de la politique locale : les finances. Les budgets, les lignes de crédit, la compensation de l'État pour le RMI. Pendant que d'autres paradent, Melchior compte. Vérifie. Redresse.
Et c'est précisément ce travail invisible qui va sauver le Département.
Car quand il prend les rênes en 2006, la collectivité sort d'années difficiles. Les finances sont tendues.
Melchior lance un plan pluriannuel d'investissement, négocie avec les banquiers, et annonce dès 2007 que la capacité d'investissement est rétablie, personne n'en fait la une, mais les collèges Jules Solesse et Jean-Albany sont rénovés.
La RD4 à Savannah 17 000 véhicules par jour, un projet qui traîne depuis 2002 avance enfin et six cent cinquante hectares d'espaces naturels sensibles sont acquis à Dos d'Âne.

En mars 2008, les électeurs de son canton parlent : 62,84 % des voix dès le premier tour. Le score d'un homme en qui on a confiance pas parce qu'il promet, mais parce qu'il fait.
Le désert et la patience
Ce qui rend le parcours de Melchior remarquable, c'est qu'il aurait pu abandonner. Plusieurs fois.
2008 : il se présente à la présidence du Département. Il obtient le plus de voix au premier tour du vote interne. Dindar l'emporte quand même. Il reste vice-président. Continue à travailler.
2012 : il vise les législatives en 2e circonscription. Sandra Sinimalé lui prend l'investiture UMP. Il se retire sans fracas "pour se concentrer sur la campagne de Sarkozy". Classe.
2014 : il tente les municipales à Saint-Paul contre Huguette Bello. Battu.
Entre 2008 et 2014, le JIR note que "l'opposition municipale se résume au seul Cyrille Melchior". Seul. Face à une majorité entière. Il continue d'aller au conseil municipal, de poser les questions qui gênent sur la station compost de Grand-Pourpier, les logements sociaux en retard, la crise requin à Saint-Gilles.
Les défaites ne comptent pas. Ce qui compte, c'est d'être prêt le jour où le moment arrive.
20 mars 2017 : le moment
Le moment arrive. Le 20 mars 2017, Cyrille Melchior est élu président du Conseil départemental de La Réunion. La droite et le centre s'unissent derrière lui. Nassimah Dindar, treize ans à la présidence, passe la main.
Pas de discours grandiloquent. Pas de promesses de lune. Des priorités concrètes : routes, collèges, insertion, protection de l'enfance. Un budget de plus d'un milliard d'euros. Et une obsession : que chaque euro soit bien dépensé.
C'est cette obsession qui va le distinguer. Melchior lance la certification des comptes du Département par la Cour des Comptes une expérimentation nationale. Pierre Moscovici se déplace à La Réunion. Le Département fait figure de référence en matière de bonne gestion publique.
Combien de collectivités en France peuvent en dire autant ?
Le bouclier social

Derrière les chiffres, il y a des vies. Et c'est là que le bilan Melchior prend toute sa dimension.
Protection de l'enfance. En 2020, il crée l'Observatoire départemental de la protection de l'enfance un outil pour comprendre, mesurer, et agir. Pas un gadget. Un système.
Insertion. Les contrats R+ objectif 5 000 bénéficiaires en 10 mois pour sortir des Réunionnais du RSA non pas en les sanctionnant, mais en les accompagnant. En mai 2024, quand Paris impose un nouveau régime de sanctions RSA inadapté à l'Outre-mer, Melchior dit non : "Nous n'avons pas été entendus." Il défend ses administrés face à l'État. Pas par démagogie par conviction.
Handicap. En 2023, il arrache 70 millions d'euros sur trois ans en partenariat avec l'État dont 10 millions du Département pour le handicap à La Réunion. Il siège au comité national Romain Jacob. Un président de département d'outre-mer qui pèse dans les décisions nationales sur le handicap : c'est du jamais vu.

Grand-âge. Représentant de l'Association des Départements de France sur l'APA et la PCH, il porte la voix des territoires ultramarins à Paris. En 2024, il obtient de la ministre Catherine Vautrin la promesse d'un dispositif de financement spécifique pour 2025.
Ce n'est pas spectaculaire. Ce n'est pas instagrammable. Mais c'est ça qui change la vie des gens.
Le gardien du statut
Il y a un combat que Cyrille Melchior mène avec une intensité particulière. Un combat qui engage l'avenir de La Réunion tout entière : la défense du statut départemental.
Face à la montée des discours autonomistes portés par la Région et le PLR, Melchior est le rempart. En juillet 2023, il publie un texte défendant "la stabilité institutionnelle". En avril 2024, il cosigne avec des maires et sénateurs une tribune sans ambiguïté :
"Nous rejetons catégoriquement l'aventure autonomiste souhaitée par les dirigeants des assemblées régionales."
Pourquoi ce combat est-il si important ? Parce que le statut de département, c'est l'égalité des droits. C'est le RSA au même taux qu'en métropole. C'est la sécurité sociale, les allocations familiales, la continuité territoriale.

Melchior le sait mieux que personne lui qui gère au quotidien un budget social de centaines de millions d'euros.
"La réussite de cette trajectoire nécessite un cadre institutionnel stabilisé qui nous offre des possibilités d'adaptation et d'expérimentation."
Traduction : on peut innover sans tout casser. On peut s'adapter sans renoncer à l'égalité.
En novembre 2020, en dévoilant une plaque rue Charles de Gaulle à Saint-Paul, il avait résumé sa philosophie en une phrase :
"Je revendique mon âme gaulliste."
Le gaullisme, dans sa version Melchior, c'est ça : l'État fort, la République une et indivisible, et La Réunion pleinement française.
Bâtir pour demain
Les réalisations récentes dessinent les contours d'une vision à long terme.

Énergie. En août 2023, il pose la première pierre d'une micro-centrale hydroélectrique à Saint-Joseph. La Réunion produit sa propre énergie renouvelable le Département y contribue concrètement.
Patrimoine. Le projet de musée de l'esclavage à l'habitation Panon-Desbassayns avance. Melchior inscrit le Département dans le devoir de mémoire pas en paroles, en béton et en financements.
Eau. La station de pompage Petite-Île/Tampon, inaugurée en mai 2024, sécurise l'alimentation en eau du Sud. Le projet d'irrigation des terres de l'Est, inscrit dans le contrat de convergence avec l'État, prépare l'agriculture réunionnaise aux défis climatiques.
Sport. La flamme olympique est passée par La Réunion en 2024 une première historique pour l'Outre-mer. C'est Melchior qui avait reçu Tony Estanguet, président du comité d'organisation, dès 2021 pour lui proposer l'idée.
L'homme derrière la fonction
Cyrille Melchior ne tweete pas ses états d'âme. Il ne fait pas de lives Instagram depuis son bureau. Il n'a pas de "communication de crise" il gère les crises.
En 24 ans de mandat, il a forgé un style reconnaissable entre mille : la constance. Les mêmes valeurs en 2006 et en 2024. La même rigueur. Le même ancrage territorial. Le même refus du spectacle.
Ses alliés Stéphane Fouassin, les maires LR du Sud et de l'Ouest le savent : quand Melchior s'engage, il tient. Ses adversaires le savent aussi : l'homme ne lâche rien. Battu trois fois, il s'est relevé trois fois. Et la troisième fois, il est devenu président.
En juillet 2024, après un revers aux législatives, il a lancé un appel à construire "une droite rénovée et élargie pour 2030". Encore une fois, là où d'autres auraient ruminé la défaite, Melchior regarde devant.

Ce que La Réunion lui doit
On ne construit pas de statues pour les hommes qui équilibrent des budgets. On n'écrit pas de chansons pour ceux qui forent des puits à 800 mètres d'altitude quand l'eau manque. On ne fait pas la une pour celui qui arrache 70 millions à Paris pour le handicap outre-mer.
Et pourtant.
900 000 Réunionnais vivent dans un département qui fonctionne. Dont les comptes sont certifiés. Dont les collèges sont rénovés. Dont les routes avancent. Dont le statut et les droits qui vont avec est défendu pied à pied.
Cyrille Melchior n'est pas l'homme politique le plus médiatique de La Réunion. Il est peut-être le plus utile.
Et dans une île où tout le monde parle, c'est peut-être celui qui agit en silence qui mérite qu'on raconte enfin son histoire.


15 commentaires
Ce qui me plaît c'est sa position claire sur le statut départemental. Un maire de Saint-Paul qui défend l'égalité des droits à Paris, c'est ce qu'il nous faut.
Les routes qui avancent, les collèges rénovés, 70 millions pour le handicap. Maintenant imaginez tout ça concentré sur Saint-Paul. Ça fait rêver.
li koné Saint-Paul par kèr. Savannah, Sans-Souci, Bois-de-Nèfles, li la arpenté tout sa pendant 17 ans. cé pa in parashité, cé in zom du terrain
Ancienne fonctionnaire territoriale. Ce que les gens ne voient pas c'est le travail sur la certification des comptes. Un homme qui gère un budget d'un milliard, il saura gérer Saint-Paul.
Ce passage sur les défaites est fort. Battu aux municipales en 2014 et il a continué. Il revient en 2026 avec un bilan départemental que personne peut contester.
moin lé saint-paulois é moin rapèl kan li té tout seul dann lopozision municipale. tout seul kontre tout le monde é li la jamé laché. sa sé in bonhomme
Enfin un portrait honnête. Melchior il crie pas, il bosse. Imaginez ce qu'il peut faire pour Saint-Paul avec la même méthode.
62% au premier tour dans son canton à Saint-Paul. Les gens du terrain savent déjà depuis longtemps.
J'ai bossé 2 ans au cabinet sur les dossiers insertion. Patron exigeant mais droit. Il lit tout, il connaît tout. Saint-Paul a besoin de cette rigueur.
mi travay dann BTP é kan le covid la blok tout, le Département la déblok 20 millions pou ke les chantier i repart. sa moin loublira jamé. si li fé parèy pou Saint-Paul nou lé bon
Bon courage pour les municipales Monsieur Melchior. Saint-Paul mérite un maire qui construit au lieu de parler.
moin la voté pou li o canton é moin la pa été désu. si li sé présanté pou la mèri mi signe tout de suite. Saint-Paul la bezoin shanzé
Le passage où il fait opposition tout seul au conseil municipal de Saint-Paul pendant des années. Il connaît les dossiers de la commune mieux que certains qui sont dedans depuis 10 ans.
Bel article. Melchior c'est le genre d'élu qu'on remarque pas mais quand il est plus là on va le sentir passer. Saint-Paul aurait bien besoin de quelqu'un comme ça à la mairie.
j'habite le guillaume et les problèmes d'eau on connaît. Melchior a fait forer à Dos d'Âne quand tout le monde attendait. c'est ça qu'on veut comme maire, quelqu'un qui agit