Mercredi soir, une trentaine d'enfants réunionnais, appelés les enfants de la Creuse, ont assisté à l'Assemblée nationale lors de l'adoption à l'unanimité d'une proposition de loi visant à réparer les préjudices causés par leur transplantation vers la métropole. Ce vote représente une victoire après des décennies de combat.
« Nous sommes sortis honorés de l'Assemblée », déclare Marie-Germaine Valérie Périgogne, présidente de la Fédération des enfants déracinés des DROM. Elle exprime un profond soulagement : « Cela fait des décennies que nous menons ce combat, il était temps d'arriver au bout. » Mais elle reconnaît que cette reconnaissance ne peut effacer les blessures du passé. « On ne pourra jamais réparer nos souffrances », insiste-t-elle.
Pour Périgogne, ce vote représente une avancée importante. « En 2014, nous avions déjà obtenu la reconnaissance de la responsabilité morale de l'État. Ce retour à l'Assemblée est une belle victoire », dit-elle. Le texte doit encore suivre son parcours législatif. Après le vote, les survivants ont célébré en chantant Ti fleur fané aux côtés de la députée Karine Lebon.
Sur la réparation financière, elle se montre réaliste : « L'argent ne guérira jamais les blessures, peu importe le montant. » Elle voit néanmoins cette réparation comme un moyen d'apaisement. « Nous avons besoin de cette reconnaissance pour que notre souffrance soit enfin entendue. » Certains enfants déracinés vivent dans une précarité extrême, sans savoir lire ni écrire, et cette réparation pourrait leur offrir un peu plus de sérénité.
Les attentes restent élevées. Périgogne rappelle que de nombreux survivants vieillissent et que certains n'ont jamais pu retrouver leurs racines. Bien que le montant de l'allocation ne soit pas encore défini, elle espère qu'il sera raisonnable et veut clore ce combat pour vivre avec dignité.
Marie-Germaine Valérie Périgogne propose un travail collectif autour de la mise en œuvre de la loi. Elle souhaite la création d'un lieu de mémoire et de ressources, notamment dans la Creuse, pour transmettre l'histoire des enfants déracinés. Une « passerelle mémorielle » sera également établie à Saint-Denis de La Réunion pour relier les deux territoires.
Jean-Charles Pitou, président de l'association Génération Brisée, partage des préoccupations similaires. Il suggère de créer un espace dédié dans l'ancienne prison Juliette Dodu. « La souffrance d'un enfant n'a pas de prix », rappelle-t-il. Il espère que les mesures à venir soient à la hauteur de l'expérience vécue par les survivants et propose des gestes comme l'envoi annuel de fruits de La Réunion aux enfants déracinés.
À la tribune, Karine Lebon, rapporteuse du texte, a évoqué les limites et l'ambition de la loi. « Quand une enfance est détruite, la société a le devoir de la réparer », a-t-elle affirmé, tout en précisant que « nous n'avons pas le pouvoir de rendre une enfance ». Elle a appelé à une reconnaissance sincère de cette histoire pour éviter que « l'oubli ne devienne une seconde violence ».
Pour la députée, cette loi constitue un cadre législatif pour garantir une réparation financière, une reconnaissance officielle des préjudices et un travail de mémoire. Ce texte, adopté à l'unanimité en commission des affaires sociales le 20 janvier, résulte de nombreuses auditions avec les survivants, associations, historiens et responsables politiques.


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