Ce mardi 27 janvier, plus de 130 agriculteurs se sont rassemblés devant la préfecture, à l'appel de la Chambre d'agriculture, de la FDSEA et des Jeunes Agriculteurs. Sans tracteurs ni blocages, cette mobilisation a transmis un message net : si rien ne bouge concrètement, le monde agricole redescendra dans la rue.
Stéphane Sarnon, président de la FDSEA, a exposé les griefs lors des discours : « C'est un moment très important pour nous. Nous faisons face à de nombreuses difficultés dues à l'accumulation de normes administratives qui compliquent notre travail. Les importations posent également problème en période de surproduction. Notre agriculture est dynamique, mais nous avons besoin d'outils et de moyens pour prospérer. »
Laurent Tamon, vice-président des Jeunes Agriculteurs, a pointé les défis du Mercosur, le poids des démarches administratives et l'urgence d'adapter les lois à la réalité insulaire pour protéger les revenus de toutes les filières.
Canniers, horticulteurs, éleveurs : toutes les productions étaient représentées, avec notamment Philippe Labro, président du syndicat du sucre, et des membres de la filière rhum. Pour Olivier Fontaine, président de la Chambre d'agriculture, cette diversité révèle l'ampleur du malaise : « Tout le monde agricole est ici, ce qui montre un ras-le-bol. Nous faisons entendre notre voix à l'État et aux collectivités, car vivre de notre métier devient difficile, mais notre envie de travailler reste intacte. »
Olivier Chamand, éleveur de volailles et vice-président du syndicat « Défense des éleveurs avicoles », a visé une mesure précise : la contrainte de réduction de 5 % imposée à la production avicole. « Cette mesure entrave toute installation et la construction de nouveaux bâtiments. Nous voulons produire pour nourrir la population. C'est une première manifestation, mais nous reviendrons tant que cette contrainte ne sera pas levée, » a-t-il prévenu.
Cette demande figure parmi les 30 revendications remises au préfet. Elles incluent des propositions pour assouplir cette contrainte et permettre la transmission des quotas, même en dehors du cadre familial. Malgré les discussions, aucun progrès n'a été réalisé, ce qui alimente la colère des éleveurs.
Une délégation de toutes les filières a rencontré le préfet Patrice Latron, accompagné de Huguette Bello, présidente de la Région Réunion. La préfecture qualifie l'échange de « constructif » et rappelle sa volonté de dialogue avec le monde agricole. Le préfet a mis en avant l'aide financière de l'État, notamment après le cyclone Garance, avec près de 24 millions d'euros versés aux agriculteurs via des fonds de secours et des aides exceptionnelles.
Pour la filière canne, le préfet a rappelé la participation de près de 500 personnes aux États généraux de la canne et annoncé qu'une réunion de suivi serait organisée pour poursuivre le plan d'action engagé.
À la sortie de la réunion, Olivier Fontaine a fait état de premiers engagements : paiement rapide de l'aide à la production et des reliquats de la campagne sucrière, déblocage des aides pour les planteurs de canne touchés par la calamité agricole liée au cyclone Garance.
Sur les blocages administratifs, un suivi sera effectué avec les services de l'État, notamment la DAAF, pour un traitement annoncé « au cas par cas ». Le préfet s'est engagé à saisir les ministères compétents sur les questions phytosanitaires et à mieux prendre en compte les spécificités tropicales des cultures.
Olivier Fontaine a aussi exprimé ses inquiétudes sur les importations et réclamé la création d'une brigade supplémentaire pour renforcer les contrôles aux frontières. « Nous sommes opposés à la concurrence déloyale. Les produits qui ne respectent pas les mêmes règles que nous ne doivent pas entrer sur notre marché », a-t-il martelé.
Huguette Bello a plaidé pour une concertation européenne sur les accords de libre-échange, notamment avec le Mercosur. Elle pointe l'incohérence entre l'objectif de souveraineté alimentaire et la poursuite des importations.
Les représentants agricoles restent sur leurs gardes. Olivier Fontaine a conclu : « Nous resterons présents et mobilisés. Beaucoup de sujets doivent encore avancer. Cette mobilisation nous permettra d'accélérer le processus. Si nécessaire, nous reviendrons pour défendre notre agriculture, car c'est notre métier et notre rôle. »


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