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Accord UE-Mercosur : 180 000 tonnes de sucre sud-américain inquiètent La Réunion

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Accord UE-Mercosur : 180 000 tonnes de sucre sud-américain inquiètent La Réunion

Mercosur : l’arrivée de 180 000 tonnes de sucre sud-américain sans droits de douane inquiète la filière réunionnaise


La signature prévue demain au Paraguay de l'accord de libre-échange entre l'Union européenne et le Mercosur inquiète la filière sucrière réunionnaise. Plus de 180 000 tonnes de sucre brut sud-américain pourraient désormais entrer chaque année dans l'UE sans droits de douane. Ce volume paraît modeste à l'échelle européenne, mais il représente presque le double de la production attendue de sucre de canne à La Réunion en 2025.

Les négociations ont permis à la filière canne-sucre d'éviter le pire, mais l'accord reste préoccupant. Les pays du Mercosur – Argentine, Brésil, Uruguay, Paraguay et Bolivie – bénéficieront d'un quota de sucre brut raffinable qui concurrencera directement le sucre de canne réunionnais.

« Ce n'est clairement pas une bonne nouvelle, une de plus j'aurais tendance à dire », commente Sylvie Le Maire, déléguée générale du Syndicat du sucre de La Réunion. Pour la filière, l'équation est simple : aucun débouché supplémentaire n'est prévu en contrepartie. « Il n'y a rien à gagner car on n'exportera pas de sucre vers le Brésil. Il y a donc forcément plus à perdre qu'à gagner », résume-t-elle.

Le marché européen du sucre traverse déjà une période difficile. Depuis la suppression des quotas, la capacité de production des sucreries européennes dépasse les besoins, estimés à 15 millions de tonnes, alors que la capacité frôle les 20 millions de tonnes. D'autres accords commerciaux, notamment avec l'Ukraine, renforcent cette concurrence.

L'arrivée de sucre brut à bas prix risque d'aggraver la situation. « On ne parle pas encore de surproduction, mais le marché est clairement sous tension. Tout sucre entrant à des prix bas vient concurrencer directement le sucre européen », explique Sylvie Le Maire.

Le problème devient plus aigu quand on regarde les pratiques brésiliennes. Premier exportateur mondial de sucre, le Brésil propose des prix très inférieurs à ceux pratiqués en Europe. Son sucre est produit selon des normes sanitaires et environnementales moins strictes, ce qui pose des questions éthiques et environnementales.

Jusqu'ici, l'entrée de sucre brut en Europe était taxée à hauteur de 98 euros par tonne. La suppression de ces droits de douane rendra les exportateurs sud-américains encore plus compétitifs.

Les volumes restent modestes par rapport au marché européen dans son ensemble, mais la filière réunionnaise redoute des effets cumulatifs et une nouvelle chute des prix. Les cours mondiaux du sucre ont atteint des niveaux historiquement bas, avec une baisse de 30 % depuis le début de l'année 2025.

La filière des sucres de spécialités, qui représente environ la moitié de la production réunionnaise, bénéficie de protections tarifaires élevées. L'accord ne prévoit cependant aucun débouché supplémentaire pour ces produits, et l'objectif reste de préserver les protections existantes.

La filière réunionnaise traverse une crise profonde, avec des rendements qui s'effondrent. La production de sucre pourrait même passer sous la barre des 100 000 tonnes pour la première fois, alors qu'elle approchait le double il y a 15 ans. En cause : la qualité de la canne dégradée par les cyclones.

Les organisations agricoles, comme la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs, s'alarment des conséquences de cet accord. Une manifestation est prévue le 20 janvier devant le Parlement européen, où les eurodéputés devront se prononcer sur l'accord.

La Commission européenne met en avant des mécanismes de protection intégrés à l'accord, mais ces garanties ne convainquent pas la profession agricole. Elle craint que l'accord ne fragilise davantage une filière déjà en difficulté.

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