Le classement 2026 des 500 plus grandes fortunes professionnelles de France, publié par Challenges, ne recense aucun entrepreneur réunionnais. Le seuil d'entrée est fixé à 250 millions d'euros. Seuls deux Martiniquais y figurent : Thierry Déau et Bernard Hayot.
Thierry Déau occupe la 236e place avec un patrimoine professionnel estimé à 625 millions d'euros, contre 600 millions en 2025. Il était classé 233e l'année précédente. Fondateur et dirigeant du fonds d'infrastructures Meridiam, dont il reste actionnaire majoritaire, il gère selon Challenges des actifs de 2,4 milliards d'euros.
La progression la plus nette est celle de la famille Hayot. Bernard Hayot et sa famille gagnent 71 places en un an, passant de la 410e à la 339e position. Leur fortune professionnelle est évaluée à 400 millions d'euros, contre 325 millions en 2025, soit une hausse de 75 millions d'euros, environ 23 %. La famille contrôle le Groupe Bernard Hayot (GBH), actif dans la distribution, les concessions automobiles et le rhum, avec un chiffre d'affaires que Challenges chiffre à 5 milliards d'euros. Le magazine qualifie le groupe de « financièrement très solide ». GBH occupe une place importante dans l'économie réunionnaise, notamment dans la grande distribution et le secteur automobile.
L'absence de fortune réunionnaise dans le Top 500 ne signifie pas que l'île est totalement absente du classement par ricochet. Christian Burrus et sa famille, classés 55e avec 2,2 milliards d'euros de patrimoine professionnel, détiennent près de la moitié du courtier en assurances Diot-Siaci. Ce groupe a annoncé en mars dernier être entré en négociations exclusives pour prendre une participation majoritaire dans SAAR-Intersud, cabinet de courtage basé à La Réunion, via sa filiale Diot-Siaci Outre-Mer. La famille Ballande, classée 381e avec 360 millions d'euros, contrôle pour sa part un groupe minier implanté en Nouvelle-Calédonie.
Au total, les 500 fortunes du classement cumulent 1 076 milliards d'euros de patrimoine professionnel. Deux entrepreneurs originaires des territoires ultramarins y figurent, tous deux martiniquais, tandis que plusieurs groupes détenus par des familles hexagonales exercent des activités dans ces mêmes territoires.


8 commentaires
@David, out frère tu prêches pour moi aussi ! Mon food truck sur le front de mer à Saint-Pierre, je me lève à 4h du mat pour préparer mes rougails, je rentre à 20h, et à la fin du mois c'est serré. 5 milliards de chiffre d'affaires pour GBH, bon d'accord, mais c'est qui qui fait vivre les domoun au jour le jour ? C'est nous les petits, pas eux.
@Nadine Saint-Louis, tu as raison sur le fond, mais j'ajouterais que l'invisibilité des entrepreneurs locaux dans ces classements concerne aussi tous ceux qui travaillent dans le tourisme et l'environnement ici. Moi je fais tourner un club de plongée à Saint-Gilles depuis douze ans, je paie des salaires, je forme des moniteurs, je sensibilise des centaines de touristes aux récifs chaque saison, et ça n'apparaît nulle part. Ce qui apparaît en revanche, c'est Diot-Siaci qui rachète un cabinet de courtage local depuis Paris, et ça on en parle dans Challenges. L'économie réunionnaise existe, elle est juste captée par des groupes extérieurs qui en tirent les bénéfices.
Ce qui me frappe dans ces chiffres, c'est que GBH pèse 5 milliards de chiffre d'affaires en grande distribution et en automobile, soit des activités qui génèrent une pression foncière et commerciale énorme sur nos territoires. On le voit dans les zones d'activité qui s'étendent sans cohérence à La Réunion, des grandes surfaces posées là comme des boîtes à chaussures géantes avec des parkings à l'infini. Le groupe est financièrement solide, d'accord, mais est-ce que quelqu'un pose la question de l'impact de ce modèle sur la ville ordinaire, sur le commerce de proximité, sur la qualité des entrées de ville ?
Ce classement illustre quelque chose que Fernand Braudel décrivait déjà dans ses travaux sur le capitalisme : la richesse se concentre là où les réseaux de distribution et les monopoles de fait s'installent durablement. GBH progresse de 71 places en un an, et pourtant aucune fortune réunionnaise n'atteint le seuil des 250 millions. Ce n'est pas un hasard, c'est la logique d'économies insulaires structurellement dépendantes de quelques grands groupes qui captent l'essentiel de la valeur ajoutée locale. La vraie question n'est pas qui figure dans ce palmarès, mais pourquoi si peu de capitaux réunionnais s'y accumulent.
Aucun entrepreneur réunionnais dans le Top 500, ça résume bien comment on est vus. Ma boutique à Saint-Louis ne pèse pas lourd face à tout ça, c'est sûr, mais il y a des gens d'ici qui travaillent dur depuis des années sans jamais apparaître dans aucun classement.
400 millions de patrimoine professionnel, lé pa mal. Moi sur mon chantier à Saint-Paul je jongle avec 80 000 euros de trésorerie et je dors pas toutes les nuits. Ce que j'aurais voulu lire c'est comment des groupes comme GBH gèrent leurs sous-traitants locaux, si les délais de paiement sont corrects ou pas. Ça me parlerait plus que les classements.
Le chiffre à retenir c'est +23% de valorisation en un an pour GBH, c'est une progression solide. Ce qui m'intéresserait c'est de savoir quelle part de cette hausse vient d'une revalorisation des actifs et quelle part reflète une vraie croissance opérationnelle. Ce n'est pas la même chose sur un bilan.
Respect pour la famille Hayot, mais je remarque qu'on parle jamais des petits restaurateurs comme moi qui font tourner l'économie réelle au quotidien. Eux font 5 milliards de chiffre d'affaires, et moi je galère à rentabiliser ma terrasse face au lagon avec les charges qui explosent. C'est deux mondes différents, et le classement Challenges ne dira jamais rien là-dessus.