Espace membre :

Suivez-nous

À Saint-Gilles, les touristes sont là mais dépensent moins

Partager sur :
À Saint-Gilles, les touristes sont là mais dépensent moins

Saint-Gilles : malgré l'affluence des vacances, les commerces peinent à remplir leurs caisses - Crédit Zinfos974 - Économie


Les plages sont pleines, les trottoirs animés, les parkings saturés. Pourtant, les commerçants et restaurateurs de Saint-Gilles peinent à transformer cette fréquentation estivale en chiffre d'affaires. Derrière la carte postale de la station balnéaire en pleine saison, la réalité des caisses est plus nuancée.

Le constat revient de façon quasi unanime sur le terrain : les visiteurs sont là, mais ils dépensent moins. Williams Doki-Thonon, gérant du restaurant Ô ti'marché, observe un changement de comportement net. « Les jours de marché, vous voyez, on ne prend pratiquement pas de clients, notre terrasse est vide. Les clients habituels, ils viennent encore juste prendre un café ou quelque chose comme ça, mais ils ne prennent plus de dessert. On remarque également que les plats haut de gamme, souvent avec de la viande rouge, ont du mal à partir. Les gens font des choix. » Le panier moyen s'est contracté. Les arbitrages budgétaires des ménages se lisent directement dans les commandes.

À cela s'ajoute un recul du tourisme métropolitain. « On voit moins de touristes aussi », poursuit le restaurateur. « Ils préfèrent... le billet d'avion est cher, donc ils préfèrent investir leur argent ailleurs. Normalement, c'est censé être une période faste les vacances scolaires, mais on a du mal à s'en sortir. Désormais, les gens qui venaient au resto une fois par mois, ils vont une fois tous les deux ou trois mois maintenant. »

La qualité de l'espace public nourrit aussi les frustrations. Une commerçante du centre-ville, présente depuis un quart de siècle, pointe des problèmes concrets qui freinent, selon elle, l'envie de flâner et d'acheter. « Qu'on commence déjà par nous faire une ville correcte. Les gens galèrent à se garer. On a des trous dans les trottoirs. Si vous passez près de La Poste, mettez un masque pour vous cacher des odeurs de poubelles. Vous avez une poussette, eh bien c'est dommage. » Elle nuance toutefois sur la fréquentation de son propre commerce : « Est-ce que, particulièrement dans mon commerce, les gens dépensent moins ? On n'en sait rien en fait, c'est compliqué à dire. Une fréquentation en hausse ne veut pas forcément dire des ventes en plus, et moi je n'ai pas l'impression que la fréquentation ait baissé. »

Certains s'en sortent mieux. Luciana, patronne du restaurant Les saveurs du monde, du côté du port, affiche entre 20 et 25 couverts et s'en satisfait. Elle l'attribue à un travail quotidien exigeant : « Je cuisine tout maison, je commence dès 7h le matin ! » Son principal sujet de préoccupation n'est pas la clientèle, mais le recrutement. « La seule chose dont je peux me plaindre c'est de trouver du bon personnel. » Elle confirme néanmoins une baisse d'animation nocturne dans le secteur : « Le soir notamment, moi je trouve qu'il y a moins de passages. Beaucoup de commerces ferment. »

Patrick Serveaux, président de l'UMIH Réunion, pointe une cause structurelle à ce manque de vie le soir et le week-end : la place croissante des établissements administratifs dans le centre-ville. « Beaucoup de banques, de cabinets d'assurance, de cabinets médicaux créent de l'activité la journée et offrent des services, mais pendant le week-end ou le soir, ces commerces sont fermés et n'amènent pas d'animation, ils ne donnent pas de raison aux gens de venir à Saint-Gilles. » Sa prescription est directe : les commerçants qui veulent développer leur activité doivent adapter leurs horaires aux rythmes des visiteurs, y compris le dimanche. Il cite en référence les stations du sud de la France, Cannes et Saint-Tropez, où les boutiques restent ouvertes les dimanches et certains jours fériés.

Source

6 commentaires

Écrivez votre commentaire...
K
Kelly 01/08/2026 à 12:57

Ce qui m'interpelle dans l'article c'est Luciana qui dit que son vrai problème c'est de trouver du bon personnel. On entend ça partout dans la restauration, et je comprends la difficulté, mais il faut aussi se demander ce qu'on propose comme conditions en échange. Des horaires à 7h du matin, des weekends, des soirs, c'est un métier exigeant et les candidats le savent. Dans ma boîte on a mis du temps à comprendre que recruter et fidéliser c'est pas la même chose.

D
David 01/08/2026 à 12:34

Les touristes sont là mais dépensent moins, c'est exactement ce que je vis à Saint-Leu. Le lagon est plein, les gens font des photos, ils profitent du soleil, et puis ils repartent avec un sandwich sorti du sac à dos. Moi j'ai une terrasse avec vue directe sur la mer, et cet été j'ai eu des tablées qui ont partagé une bouteille d'eau et une entrée pour deux. Une entrée ! On est pas à Paris ici, mes prix sont raisonnables, mais même ça c'est de trop pour certains. Serveaux a raison sur les horaires du dimanche, mais ça résout pas le problème de fond, les gens n'ont plus le même budget vacances qu'avant.

N
Nadine Saint-Louis 01/08/2026 à 11:16

La commerçante qui parle des trottoirs défoncés et des odeurs près de La Poste, je la comprends à cent pour cent. Moi c'est pas Saint-Gilles mais Saint-Louis et c'est pareil, les gens passent devant la vitrine, ils regardent, et ils repartent parce que garer la voiture c'est une galère. On perd des clients avant même qu'ils aient poussé la porte. Le loyer lui il attend pas, alors quand la fréquentation monte mais que la caisse reste plate, c'est dur de rester motivée.

P
PépéBassin 01/08/2026 à 11:14

Les saisons ont changé, pas seulement pour la pêche.

L
Lulu 01/08/2026 à 11:07

Luciana elle a raison sur le soir, Saint-Gilles ça se vide trop vite dès 20h, moi qui bouge souvent du côté du port je le vois. Mais bon, 7h du matin pour commencer à cuisiner, je connais ça, lé pa fasil hein, surtout quand le soleil tape déjà fort. Ce qui me fait sourire c'est le coup du « bon personnel » parce que là on est toutes dans le même bateau.

M
Maéva 01/08/2026 à 11:04

Ce que décrit Williams sur le panier moyen qui se contracte, c'est exactement pour ça que moi j'ai basculé une grosse partie de mon activité en ligne. Le client physique arbitre, il reporte, il rentre chez lui les mains vides. Le client en ligne, lui, il commande à 23h quand il a décidé. Les commerçants de Saint-Gilles devraient sérieusement réfléchir à un canal digital en complément, même une simple page bien tenue peut changer les chiffres en fin de mois.