L'UPNA a appelé ce mardi à bloquer l'usine de Bois-Rouge dès mercredi matin, à 4 heures. L'annonce a été faite lors d'un rassemblement sur la plateforme de Beaufonds, à Saint-Benoît, avec le soutien de la CGPER et de Jean-François Sababady.
« Demain matin, à 4 heures, on sera devant Bois-Rouge. Mon tracteur est déjà en bas. La force, ce sont les planteurs. Il faut se mobiliser », a déclaré Dominique Clain, président de l'UPNA. Le blocage intervient alors que les syndicats n'ont toujours pas obtenu de Tereos les tableaux d'amortissement de la campagne précédente, pourtant réclamés à plusieurs reprises avant le début de la coupe — notamment au Comité paritaire de la canne et du sucre (CPCS) et lors des différentes Commissions mixtes d'usine.
« Nous sommes dans la troisième semaine. Aucun planteur ne sait ce qu'il doit à l'usine, à partir de quand il doit rembourser et, quand il livre, ce qui va lui être retenu », dénonce Dominique Clain. Cette opacité sur les comptes de la campagne précédente s'ajoute à un début de récolte 2026 jugé « catastrophique » par les planteurs présents à Beaufonds. Des taux de richesse autour de 6 ou 7 ont été évoqués, notamment sur le secteur de Sainte-Rose, loin en deçà de la richesse de référence fixée à 11,75 sur laquelle repose le système d'avances versées par l'usinier.
Dominique Clain illustre la situation avec ses propres chiffres : 150 tonnes de cannes livrées à environ 8 de richesse, payées 10 euros la tonne, soit une dette immédiate de 3 000 euros envers l'usine. Il évalue à environ 7 000 euros ce qu'il resterait devoir à Tereos au titre de la campagne précédente, après déduction des aides de l'État et des dispositifs de l'interprofession, sans compter le remboursement des intrants fournis par l'usinier. « Le modèle n'est plus adapté. Ce système de calcul a plus de 100 ans. Il existait déjà à l'époque des charrettes de cannes et il existe toujours aujourd'hui parce qu'il profite à l'industriel », affirme-t-il.
La question du prix plancher est revenue au centre des débats. Jean-François Sababady, nouveau coprésident du CPCS pour le collège des planteurs, a posé une condition claire pour la prochaine convention canne : « Le point numéro un de la convention 2028 sera le prix plancher. S'il n'y a pas de prix plancher, il n'y aura pas de convention-cadre 2028-2033. » Sans attendre cette échéance, il réclame un fonds spécial dès la campagne 2026-2027 pour garantir au moins un minimum de 30 euros. « On coupe la canne à perte. On va encore devoir de l'argent pour la campagne 2026 sans même savoir le montant que l'on doit déjà. C'est un non-sens », résume-t-il.
Un bureau du CPCS doit se réunir mercredi après-midi. Son président, Jean-Michel Moutama, dit ne pas comprendre le choix de l'usine : « On coupe des cannes qui n'ont pas douze mois, ce n'était pas le bon moment pour lancer la coupe. » Il a appelé les planteurs à livrer au minimum — une consigne qui semblait déjà suivie la semaine dernière, avec des journées à moins de 2 000 tonnes livrées à l'usine du Gol.


5 commentaires
@Mamie Câline, tu dis vrai ma chérie. Mon beau-frère avait ses parcelles du côté de Piton-Hyacinthe, il a tout arrêté il y a quinze ans parce que ça ne rentrait plus. On disait que c'était lui le problème, qu'il savait pas gérer. Aujourd'hui on voit bien que c'était pas lui. Couper à perte et encore devoir de l'argent après, ça, même moi avec ma petite retraite je comprends que c'est pas tenable pour une famille.
Les chiffres donnés par Dominique Clain méritent qu'on s'y arrête. 150 tonnes à 10 euros la tonne, ça fait 1 500 euros encaissés, mais avec une richesse à 8 au lieu de 11,75 de référence, la dette générée dépasse 3 000 euros selon ses calculs, soit une trésorerie nette négative dès la première livraison. Sans tableau d'amortissement pour la campagne précédente, impossible de faire un prévisionnel de trésorerie sérieux. Aucun chef d'entreprise ne peut travailler dans ces conditions-là.
Cent ans que le système existe, cent ans qu'il profite au même côté. Moi j'ai quitté la pêche parce que c'était la même chanson avec les mareyeurs. Certains marchés, i fo croire, sont faits pour que le petit reste petit.
Ce qui est décrit là, l'absence des tableaux d'amortissement avant le début de la campagne, pose une vraie question sur le respect des obligations contractuelles entre les parties. Si ces documents sont expressément prévus dans la convention-cadre actuelle, leur non-communication à bonne date pourrait constituer un manquement susceptible d'engager la responsabilité de Tereos. Ce serait utile que les syndicats vérifient précisément ce que le texte prévoit avant d'aller en blocage.
Mon grand-père coupait la canne, mon père aussi, et maintenant j'entends que les planteurs coupent à perte. C'est triste à dire, mais le péi-la n'a pas récompensé leur courage. Ici à Cilaos on vit de peu, on sait ce que c'est de travailler dur sans compter, mais au moins on sait ce qu'on gagne. Que ces hommes ne sachent même pas ce qu'ils doivent à l'usine, ça me fait de la peine vraiment.