L'exercice clos au 31 mars 2026 signe le retour aux bénéfices d'Air Austral. La compagnie réunionnaise affiche un résultat net positif de 1,5 million d'euros, contre une perte de 11 millions un an plus tôt. Le résultat d'exploitation atteint 9,3 millions d'euros (contre 2 millions l'exercice précédent) et l'EBITDA bondit de 8 à 20,9 millions d'euros.
« Cette année est l'année du retour à la rentabilité, mais surtout d'un retour à une rentabilité totale », a résumé Hugues Marchessaux, président du directoire. Le chiffre d'affaires s'établit à 464 millions d'euros, en hausse de 5 %, avec plus de 1,226 million de passagers transportés, 16 729 tonnes de fret (+ 15 %) et un taux de remplissage moyen de 92 %. Des chiffres obtenus malgré l'immobilisation prolongée d'un Boeing 787 et des difficultés techniques sur certains Airbus A220.
La progression du trafic repose sur le réseau régional — Réunion-Mayotte, Réunion-Maurice, Madagascar — et sur la ligne Bangkok, devenue un axe structurant du développement international. Air Austral revendique 40 % du trafic passagers à La Réunion et 58 % du marché mahorais. La direction cite la baisse du coût du carburant au cours de l'exercice, une parité euro-dollar favorable et les efforts sur la qualité de service parmi les facteurs de cette amélioration.
La feuille de route 2027-2030 prévoit de consolider les lignes Réunion-Paris et Mayotte-Paris, de poursuivre le développement vers l'Asie via Bangkok et de renforcer les activités cargo et d'évacuation sanitaire. Un désendettement complet est visé pour 2030, sur une dette chiffrée à 150 millions d'euros.
Côté flotte, les trois Airbus A220-300 seront remplacés par deux Airbus A320neo, dont le premier doit arriver fin mars 2027 et le second en mai 2027. Ces appareils offriront près de 40 % de capacité supplémentaire, soit 180 places contre 132. La cession des A220 contribuera à réduire l'endettement. La compagnie réfléchit par ailleurs au renouvellement de sa flotte long-courrier, avec l'objectif de disposer d'avions moins gourmands en carburant.
Sur le plan commercial, Air Austral privilégie les partenariats plutôt que la multiplication des ouvertures de lignes. Le partenariat avec Air India est renouvelé pour élargir l'accès aux grandes villes indiennes. Celui avec la SNCF s'étend aux dessertes OUIGO, en complément des liaisons INOUI déjà intégrées. Une ouverture vers Le Cap, en Afrique du Sud, est envisagée dès l'année prochaine, en complément de Johannesburg. Des réflexions sont en cours autour des Seychelles, sans projet arrêté à ce stade.
L'expérience client fait aussi l'objet d'investissements : refonte du programme de fidélité MyCapricorne, création d'un espace personnel en ligne, installation de bornes libre-service à La Réunion et à Paris-Charles-de-Gaulle, refonte du site internet prévue à la rentrée et déploiement futur d'un assistant basé sur l'intelligence artificielle.
L'exercice en cours s'annonce plus difficile. La crise au Moyen-Orient a provoqué une envolée du jet crack — l'écart entre le prix du kérosène et celui du pétrole brut —, passé d'environ 99 dollars à plus de 200 dollars en quelques semaines, avant de redescendre à 138 dollars au 12 juin. « Évidemment que cet exercice va être beaucoup plus compliqué », reconnaît Hugues Marchessaux. La compagnie dispose d'une politique de couverture carburant, mais reste exposée aux marchés énergétiques. La direction ne constate pas de ralentissement de la demande sur la ligne vers La Réunion et maintient un objectif de croissance de 6 % du chiffre d'affaires pour l'exercice en cours.
Hugues Marchessaux a également pointé le poids des taxes dans le prix des billets : entre 35 % et 40 % du tarif payé par le passager sur un vol moyen-courrier. Il a cité la taxe de solidarité sur les billets d'avion, dite « taxe Chirac », créée en 2006, représentant selon lui « 75 euros pour une famille de cinq enfants ». Le plan de performance collective s'est terminé en mai. Air Austral emploie plus de 900 salariés, ce qui en fait l'un des plus importants employeurs de l'île.


4 commentaires
Ce qui mérite attention dans cet article, c'est la mention des taxes qui représentent entre 35 et 40 % du billet. La taxe de solidarité sur les billets d'avion a été pensée pour financer l'accès aux médicaments dans les pays en développement, c'est un mécanisme qui a du sens à l'échelle mondiale. Mais pour une région ultrapériphérique comme La Réunion, où l'avion n'est pas un luxe mais une nécessité de continuité territoriale, cette charge pèse différemment sur les familles. Ce débat aurait mérité d'être développé davantage dans l'article.
L'assistant IA qu'ils veulent déployer sur le site, j'espère que ça sera pas juste un chatbot basique comme partout. Si c'est du LLM bien intégré avec l'inventaire de vols en temps réel ça peut être cool, sinon c'est juste du greenwashing tech pour faire genre. La refonte du site c'est le minimum, l'actuel c'est une catastrophe UX.
Le partenariat avec Air India renouvelé, ça c'est une bonne nouvelle pour les évacuations sanitaires vers l'Inde aussi, ou c'est uniquement commercial ? Je pose la question parce que sur les EVASAN, les délais et les connexions disponibles ça compte vraiment. Je prenais régulièrement la ligne Saint-Denis depuis que je suis ici, et le taux de remplissage à 92 % on le sent dans les tarifs, lé pa fasil de trouver un billet correct en dernière minute.
1,5 million de bénéfices et 150 millions de dettes, y'a de quoi rester prudent. Ce qui m'intéresse c'est pas le ratio EBITDA, c'est ce que ça donne concrètement pour les 900 salariés. Le plan de performance collective qui se termine en mai, ça veut dire quoi exactement pour ceux qui ont serré la ceinture pendant des années ? On aimerait entendre parler d'une redistribution, pas seulement de désendettement et de nouveaux appareils.