Peu avant midi, la nouvelle est tombée dans les rangs des salariés du port de Longoni : le Département-Région de Mayotte venait de voter la création d'un établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC), appelé à prendre la suite de la délégation de service public assurée par Mayotte Channel Gateway. La réaction a été immédiate, dans une ambiance musicale, avec des sourires partout.
Quelques heures plus tôt, ces mêmes salariés avaient positionné des engins de manutention entre les quais pour bloquer toutes les entrées et sorties de marchandises. Ce blocage s'inscrivait dans un préavis de grève de 24 heures, reconductible, déposé par le Syndicat général des travailleurs des ports de Mayotte, affilié à la CGT Mayotte, pour faire pression sur les élus. Le vote acquis, le mouvement a pris fin.
« C'est une victoire ! On a gagné ! Nous allons débloquer le port, la grève est terminée ! », a lancé un salarié de la société Smart, spécialisée dans la manutention et la logistique portuaire. « On a le sentiment de retrouver notre port. »
À leur retour de l'hémicycle Younoussa Bamana, représentants syndicaux et salariés ont été accueillis sous le préau du siège de l'entreprise. Certains sont venus en voiture depuis le port, d'autres en scooter — tous tenaient à ne pas manquer ce moment qu'ils qualifient d'historique.
Si l'ordre du jour portait sur la création de l'EPIC et non sur le sort de Mayotte Channel Gateway, beaucoup de salariés y ont vu la fin actée de la gestion par la société et sa directrice Ida Nel. Une lecture qui reste incertaine : MCG a fait appel de la décision. « C'est une grande décision pour nous qui avons vu au fil des années les manquements au port de Mayotte », a déclaré Madi Malidi, secrétaire du CSE Terminal Mayotte, représentant les salariés de la zone de manutention et d'exploitation du port. Un autre salarié a estimé qu'« Ida Nel fixait les prix » et que les agents n'avaient pas accès à certains équipements depuis des années.
Les salariés alertent aussi sur l'état des infrastructures. « Tous les biens de retour sont caducs. Elle a fait en sorte que, dès que la délégation de service public se termine, le port soit ingérable », a affirmé Madi Malidi, citant des engins en panne et des grues endommagées. « Actuellement, le port n'est pas en état, il faut insister là-dessus. Rien n'est aux normes », a renchéri un salarié, évoquant des zones de stockage mal utilisées et des aménagements récents réalisés sans explications claires.
Sur le plan social, les représentants du personnel pointent l'absence de négociations annuelles sur les salaires et les conditions de travail. « Les collègues n'ont jamais eu de discussions annuelles sur ces sujets », a rappelé Madi Malidi. Malgré ce constat, les salariés affichent leur volonté d'accompagner la transition. « L'EPIC va reprendre le port avec des difficultés, mais nous, Mahorais présents, sommes prêts à relever le défi. Un grand port maritime, c'est un avenir serein pour Mayotte. »
Syndicats et salariés ont aussi exprimé leur déception face à la posture des Femmes Leaders, opposées au projet de grand port maritime. « Avant l'arrivée d'Ida Nel, elles étaient à nos côtés pour que les Mahorais gardent la main sur le port », a dit un syndicaliste. Les Femmes Leaders défendent une gouvernance locale renforcée et dénoncent une reprise progressive de l'infrastructure par l'État, qu'elles estiment contraire aux intérêts mahorais. Certains salariés ont rétorqué que la période de gestion de Mayotte Channel Gateway s'est accompagnée d'un recours important à une main-d'œuvre extérieure, notamment comorienne, plutôt qu'à l'emploi local.
Une mobilisation distincte se profile en interne sur les questions salariales. Les salariés évoquent la remise en cause d'une prime dite « Macron », ou prime de partage de la valeur, habituellement versée autour de 1 500 euros. Un salarié a précisé que cette mobilisation « n'aura pas d'impact sur le fonctionnement du port ».


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